François Hollande : deuxième président de gauche au pouvoir dans la 5e république !

Laurent Joffrin: directeur du Nouvel Observateur

  

Victoire de François Hollande : Non, on ne rêve pas !

 par Laurent Jauffrin, Directeur du Nouvel Observateur.

Il faut parfois laisser parler son émotion … On a beau savoir qu’il n’y aura pas d’illusion lyrique, de grand soir des réprouvés, d’état de grâce mitterrandien, on a beau se rappeler que les Français ont dit non au passé plus que oui à l’avenir, on a beau se dire qu’on aura le temps des cerises avec celui des noyaux, cela fait tout de même chaud au cœur .

La gauche de nouveau, la gauche enfin, la gauche dans la joie, malgré la crise… Comme un chromo de 36, un souvenir de 81, un rappel de 97, avec un zeste de Commune, un salut à Jaurès, une pensée pour Mendès, une rose pour Mitterrand, tous ces souvenirs sépia qui remontent dans la conscience, sur un air de Marseillaise et quelques notes d’Internationale. Nous sommes dans l’Histoire, la belle histoire du peuple républicain. Derrière ce vote, comme une troupe de légende, on aperçoit, même confusément, même de très loin, les silhouettes de Danton et de Camille Desmoulins, celle de Lamartine et de Victor Hugo, celle de Jaurès et de Blum, celle des soldats de l’an II, des ouvriers de la commune et des militants du Front populaire, le grand héritage du mouvement ouvrier. Pour un soir, pour un jour, laissons parler nos sentiments.

Rien ne sera simple, rien ne sera facile, rien ne sera donné, mais il flotte dans l’air, l’espace d’un moment, un parfum d’espérance et de fraternité. Plus de justice pour les humbles, moins d’arrogance chez les puissants : on a l’exigence modeste, mais qu’on nous laisse cet espoir-là, qui justifie dix ans d’attente. Et puis soyons francs : il y a aussi un soulagement. Le vaincu a droit au respect. Mais on ne se voyait pas tirer encore cinq ans…

Il faut saluer le vainqueur, qui a mérité sa victoire. “Hollande président ? On croit rêver!”, disait Laurent Fabius, condescendant. Non, on ne rêve pas. Ambition souriante et gentillesse d’acier on fait plus que force et que rage d’éléphant, Hollande le courtois a passé en revue tous les jeunes et les vieux ambitieux, taillé sa route sans férir, maîtrisé les épreuves, bien parlé et bien manœuvré, pour conduire la gauche à bon port. Il y a deux ans, il courait seul les rédactions sur son scooter, sa réforme fiscale sous le bras, technique et austère à souhait, tempérant par l’humour la présomption de sa démarche, lui qui ne dépassait pas 3% dans les intentions de vote. Une grande intelligence, une rare ténacité : les rivaux trop sûrs d’eux avaient négligé ces qualités-là, pourtant évidentes à qui le connaissait. Pour l’avoir sous-estimé, ils ont tous mordu la poussière. Sarkozy fut la dernière victime. ..

Enfin, les ennuis commencent, comme disait Blum ? A coup sûr. L’épée de Damoclès de la finance n’a pas disparu avec la droite ; l’économie tourne au ralenti, fabriquant surtout des chômeurs ; un peuple maltraité par la mondialisation est tenté par le repli sur le pré-carré national. Marine Le Pen a battu son record de voix et c’est en brandissant l’idée de frontière contre l’immigration que Nicolas Sarkozy a refait une partie de son retard. On sent la France au bord d’une réaction nationaliste comparable à celle des années 30. La nation si bien analysée par Jean Daniel dans son dernier livre est la meilleure et la pire des choses. Elle peut devenir la pire, si le gouvernement de gauche ne donne pas un sens, une direction, à la France du nouveau siècle.

Comment surmonter ces obstacles ? Par une rupture de style, d’abord. Elle est prévue. Un pouvoir à la fois ferme et proche, à l’opposé de l’agitation clinquante qui occupe la scène depuis cinq ans, un pouvoir sobre qui incarne par sa manière la volonté de mettre fin aux privilèges, de demander à tous de participer à l’effort commun. Il faut reprendre l’appel de John Kennedy et organiser le sursaut civique : ne vous demandez pas ce que la République peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour la République.

Il y faudra ensuite une action immédiate, intense et ordonnée, qui marque la rupture. Quelque chose comme les sept mois de Mendès au pouvoir ou – rêvons un peu – comme un New Deal à la française. Prenant le pouvoir quatre ans après le krach financier, Franklin Roosevelt, politicien aimable et disert, avait mené une guerre-éclair contre la crise, multiplié les réformes et rendu l’espoir à son peuple. On attend à peu près la même chose de François Hollande : un New Deal français. Allons vers le sommet, c’est la seule issue dans une France qui s’enfonce.

François Hollande: la force tranquille!

Il faut tout faire tout de suite, en tout cas le plus possible, la réforme bancaire, la réforme fiscale, la relance du pouvoir d’achat, la réforme de la démocratie et quelques autres. C’est le seul héritage qu’on retiendra de Sarkozy : l’énergie. La lenteur consentie, c’est l’échec assuré. A nous Danton ! De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace !

Il ne faut pas se laisser enfermer dans un programme, aussi raisonnable soit-il. Pour redresser le pays, il faut un pouvoir de salut public, inflexible et pragmatique à la fois. Une relance européenne, une réforme française : tout cela est bel et bon. Mais il ne faut pas reculer devant la confrontation avec les féodalités financières ou les dogmatismes de Bruxelles. Ni devant les mesures douloureuses : il faudra bien rendre l’Etat plus efficace et moins coûteux, sauf à succomber sous le poids de la dette ; il faudra bien encourager l’entreprise, qui crée les emplois ; il faudra bien fluidifier le marché du travail, qui protège les protégés et humilie les exclus de l’emploi. Dans l’urgence, les tabous de la gauche doivent céder autant que les préjugés de la droite. C’est le jour de gloire, c’est le jour de gauche. Mais la patrie est en danger. Salut public !

par Laurent Jauffrin, dans Le Nouvel Observateur.

1 comment for “François Hollande : deuxième président de gauche au pouvoir dans la 5e république !

  1. May 9, 2012 at 03:12

    Roosevelt avait fait passer 15 réformes de très grande ampleur en 3 mois, sur la fiscalité, les banques, le temps de travail, l’indemnisation des chômeurs en fin de droit etc…

    On en est loin avec le projet actuel et “officiel” du PS.

    Il faudrait que F. Hollande s’approprie les 15 mesures préconisées par le collectif ROOSEVELT 2012 pour espérer arriver à la hauteur de l’illustre président américain.

    Pour infos ces 15 mesures permettraient :
    – la création de 2 MILLIONS d’emplois CDI en 5 ans ,essentiellement privés, sans attendre le retour de la croissance et sans ruiner l’état ni les entreprises ni le contribuable
    – la neutralisation de 80% des plans de licenciement en cours en appliquant à la lettre ce que le gvt allemand a mis en place depuis 2008
    – le refinancement à taux 0 des 3/4 de la dette du pays en activant les articles 21 et 23.1 des statuts de la BCE.
    – la résorption de la crise du logement en réorientant le FdRR vers la construction massive de logements comme l’ont mis en place les Pays-Bas depuis 25 ans

    etc…

    43000 citoyens (pour l’instant) soutiennent cette initiative, dont 60 personnalités sont à l’origine (Stéphane Hessel, Curtis Roosevelt – le propre petit fils de Franklin Roosevelt, fondation Danielle Mitterrand, fondation Abbé Pierre, Emmaüs International, Lilian Thuram etc…)

    http://www.roosevelt2012.fr/

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