Sur la route qui méne aux urnes, dans une république qui ne tient pas la route, la seule façon d’avancer c’est de reculer

Quand nous étions au lycée, il était un exercice de routine quasi quotidien de se réunir avec les amis du quartier, une heure ou 2 avant le dîner. On passait d’agréables moments à se raconter des tas de  choses. Un ami, de nature imprévisible, nous lança un jour à l’improviste :  « Mes amis je vous dis bonne nuit, je rentre à la maison, ce n’est pas votre compagnie qui me déplait, mais c’est vos figures qui me dégoutent, je vous ai assez vus pour aujourd’hui, à demain, à demain qui vient toujours un peu trop vite aux adieux qui quelques fois se passent un peu trop bien »,  reprenant Joe Dassin. Puis, disparait nous laissant morts de rires.

Ce que ne veulent pas comprendre tous les dictateurs du monde, c’est qu’à force de trop les voir ou les entendre, on ne peut plus les voir ou les entendre davantage. Nos cerveaux les vomissent, ils sont saturés de leur présence. En France, à titre d’exemple, ceux qui n’aiment pas Sarkozy l’ont supporté pour 5 ans et c’est au tour des sarkozistes de supporter Hollande pour 5 ans ou 10 ans, au plus. Mais chez nous si vous n’aimez pas Boutef, Betchine ou Ouyahya c’est pour la vie. Imaginez un peu, avoir à faire à une personne qui, pendant 40 ans vous rabâche toujours la même chose, les mêmes paroles, les mêmes menaces, les mêmes promesses non tenues, les mêmes visions des choses qui sont opposées aux vôtres avec les mêmes gestes, la même voix qui se dégrade avec l’âge, incapable de voir les choses autrement et qui multiplie ses menaces à mesure qu’il se rend compte de ses échecs et, plus il devient insupportable plus il vous force à le supporter.

 Le résultat c’est la nausée, puis viennent les vomissements qui se traduisent sur le terrain par le coup d’état ou la guerre civile. Et moins de nausées il donne à la société en quittant la scène, et plus de bons souvenirs il laisse à l’histoire. Mais les souvenirs, le dictateur s’en moque, il veut le présent et l’avenir. 20 ans, 30 ans, 40 ans, 50 ans à parler au peuple, quel genre de résultats ça donne, quel genre de sensation ça procure. Même, nos parents qui nous ont mis au monde, élevés et éduqués, et parfois tout donné, il arrive un moment où on doit se séparer d’eux et ne les visiter qu’occasionnellement. Se donner l’espace les uns aux autres libère les initiatives et permet aux bonnes relations de se compléter en se dotant de leur composante intime. L’absence est un remède à la haine, dit-on. Même dans les mariages causés par des relations les plus charnellement partagées, il est statistiquement démontré dans les sociétés où les gens s’expriment sans tabous autour de la question, qu’au de-là d’une certaine durée, la lassitude gagne le couple qui ne fait durer le mariage que sous l’effet de la contrainte matérielle ou morale qui  pousse les  conjoints à jouer le jeu de la société. Les couples éternels unis dans l’amour éternel font beaucoup plus  partie de l’exception que de la règle.
Même dans les films, nos acteurs préférés, dès qu’ils commencent, d’un film à un autre, à faire les mêmes gestes et les mêmes scenarios  qui font prévoir la fin de l’histoire, on  finit par s’en lasser. Idem pour nos chanteurs préférés. Heureusement, que  contrairement à nos dirigeants, les artistes ne nous forcent pas à les voir ou à les écouter chanter.

Nous avons des septuagénaires  et plus, au pouvoir, ainsi que beaucoup d’autres qui vivotent au de-là de l’espérance de vie nationale, ils viennent d’une époque statique où les évènements se déroulaient douga douga, doucement le matin, pas trop vite le soir. Il n’y avait pas de fax, il n’y avait pas d’internet, il n’ y avait pas de parabole, il y avait  des mères poules et des  pères paternalistes  qui commandaient jusqu’à leur mort en laissant des consignes à leurs fils de ne jamais  marier leur descendance avec celle de telle ou telle famille. Ils sont nés et ont grandi dans un contexte socio-culturel différent de celui des générations actuelles, même le standard des valeurs a changé. Ils oublient que chaque génération doit commettre ses propres folies et rêver ses propres rêves.

Aujourd’hui, nous vivons dans une époque dynamique où tout change tellement  vite qu’on est condamné à se renouveler continuellement et se mettre à jour en permanence par souci de ne pas se retrouver dépassé par les évènements. Avec nos septuagénaires  qui ne savent rien faire sans le pétrole on se retrouve, aujourd’hui, dans le domaine de l’Internet, 6 fois moins avancés que le Liban, un pays pourtant déchiré par toutes sortes de guerre, et sans le pétrole.

N est-il pas dupe de continuer à faire confiance à un président qui n’a pas hésité, pour satisfaire sa soif du pouvoir, à souiller à main levée une constitution réécrite par le sang de 200 000 morts et une décennie de souffrances en tout genre,  ce président de ce pays du  Tiers Monde, qui est le nôtre, qui impose une austérité au peuple alors qu’il fait dans l’extravagance  en se permettant un avion personnel à 300 millions de dollars alors qu’ à titre de comparaison, celui de Sarkozy, le président de la cinquième puissance économique du monde n’ en valait que 180. Comment continuer à faire confiance à  un groupe d’individus qui a géré le pays pendant 50 ans de la même façon sans jamais avoir réussi à réaliser une exportation hors hydrocarbures supérieure à 2%. Ces gens qui nous gouvernent ou qui nous ont toujours gouvernés, ont l’audace de croire jusqu’à émouvoir que sans eux l’Algérie est foutue. Pensent-ils, réellement, qu’il y’a quelqu’un parmi les citoyens éligibles de notre pays, qui pourrait faire pire qu’eux ?

 Imaginons, un instant avant de prendre notre décision  d’aller ou non voter, une société dont l’économie est dirigée par des hommes qui ont eu 2 points sur 100 à leur examen d’économie. Et si, malgré leurs successions de résultats décevants, ils nous promettent à chaque fois de faire mieux dans les quatre ans qui viennent et cela d’un quadriennat à un autre depuis 50 ans, serait-il légitime pour nous de continuer à les croire ? La question ne vaut même pas une réponse. Les croire c’est les subir c’est  cautionner avec eux. C’est mettre la tête aux ordres de la queue et espérer aveuglement se lancer pour une respectable place dans le défi mondial et se demander pourquoi les résultats ne viennent pas. Prendre leurs appels au vote au sérieux c’est se présenter à l’histoire comme de vrais dindons de la farce. Ils veulent qu’on vote avec eux pour se donner bonne conscience en sollicitant notre complicité dans la décadence du pays afin  de nous associer au  payement de la  note salée que leur présentera l’histoire. Voter avec eux c’est leur permettre de prendre le peuple comme témoin de leur légitimité vis-à-vis de la communauté internationale. Et pas plus. Ce sont les mêmes personnes, aujourd’hui  sous la farce des élections libres et du multipartisme qui nous proposaient dans les années 80 de voter « oui » pour l’unique candidat Chadli Bendjedid pour un mandat éternel subdivisé en petits mandats de 5 ans, et, comble du sérieux, si on ne votait pas, on  nous rejetait la demande d’autorisation de sortie. Ceci, tout juste un rappel pour voir de quoi ils ont toujours été capables, ces gens-là.

 La sagesse universelle nous a toujours recommandé le silence comme ultime réponse aux gens qui nous prennent pour des imbéciles. Nous devons considérer ce silence comme notre ultime  réponse à leur appel au vote. Partez d’abord, laissez-nous croire que l’Algérie n’est pas votre propriété privée et on ira voter à nos risques et périls.  Votre égoïsme et votre manque de nationalisme vous font  haïr l’algérien et le sous-estimer  au point de ne pas croire en son génie, que dans vos têtes il  n’ y a pas  d’algériens meilleurs que vous ou à la limite aussi bons  ou, plutot, moins mauvais que vous.

Par effet de lassitude nous vous haïssons à notre tour et nous ne pouvons plus supporter vos discours qui nous saoulent au point où le seul fait  de vous écouter met nos cerveaux en position off. Ce n’est pas garanti  que ceux qui viendront par notre choix  après  vous seront meilleurs que vous mais nous sommes sûrs de les subir moins longtemps qu’on vous a subis. On évitera à nos dirigeants choisis, comme le conçoivent les sociétés qui se respectent, l’effet de l’usure du pouvoir ou comme nous le formule le poète Kabyle Si Mohand Ou M’hand, de les laisser partir avant de déplaire.

Vous, les gens-à-vie-au-pouvoir, on ne votera ni pour vous ni contre vous, on vous demande tout simplement de partir, sans rancunes, gentiment et poliment, on ne vous a que trop vus, trop entendus, on ne peut vous supporter davantage. On veut tout simplement que vous partez et laisser place à d’autres portraits à d’autres visages. Les générations présentes ne peuvent supporter vos images venues de l’époque du burlesque et du noir et blanc venir s’imposer dans leurs portables et leurs lap tops. Vous avez fait l’héroïsme de votre génération, si ce n’est pas encore,    trop tard, ne le ternissez pas davantage, laissez l’occasion aux autres  générations de faire le leur. Si vous pensez que vous avez libéré le pays pour vous c’est que vous nous tenez en otage après nous avoir  trompés par le slogan rhétorique de « par le peuple et pour le peuple ».

Enfin, pour moi, le seul vote qui m’intéresserait et auquel je prendrais part, serait celui qui me donnerait une chance tangible de faire partir le système qu’on peut  présenter, aujourd’hui, sous l’appellation de l’Oncle  BOB (Boutef, Ouyahia, Betchine). Sinon voter tel qu’on nous le propose aujourd’hui c’est voter pour  designer l’orchestre du pouvoir pour lui assurer une bonne résonnance à sa  musique afin d’atteindre à partir de ses urnes de Polichinelle les récepteurs d’outre-mer. Enfin, boycotter c’est mettre à nu un état qui refuse de cesser d’abimer notre patrie,  c’est rendre hommage aux 200 000 victimes du terrorisme qui ont donné leurs vies pour que vive la démocratie, aujourd’hui, détournée à leur propre compte et à la barbe du peuple par ces pirates au pouvoir.

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