Nous sommes des hommes libres!

Nos politicards, ces chamarrés bardés de plates certitudes, ces pseudo-hommes pour qui le bonheur des autres est vanité, pour qui le peuple est un troupeau d’ouailles que l’on effarouche seulement à coups de baguettes d’osier, de fouets aux lanières cinglantes, de cravaches qui pirouettent dans l’air guettant les badauds sans neurones, le peuple-plèbe, la populace inculte qui n’a le droit à la joie que lorsqu’elle lui est dictée par le tyran rêveur de funérailles télévisées en direct de par delà le pays, ovationné par des larmes abondantes fussent-elles feintes et crocodilesques…

        Ils nous ont dit votez et tout ira pour le mieux. Des pseudo-artistes, des pseudo-humoristes, des pseudo-acteurs, des pseudo-sportifs, des pseudo-chanteurs, des pseudo-politiciens dans un pseudo-pays qui offre un espace pseudo-citoyen pour pseudo-vivre, se contenter du regard offert par les œillères, croire qu’il n’ait plus d’horizon hors d’un tapis de prière, qu’il n’ait plus de patrie qui en soit une sans des minarets qui épinent le paysage de mille et une épines plantées à l’épicentre de son cœur comme des guérites desquelles on épie  la cadence des diastoles et systoles de nos cœurs pour en réguler le débit de tel sorte à ce que l’idéologue, le gouverneur de pacotille, le politicard sans fierté, nous dicte la ration d’oxygène idoine à nous maintenir entre la vie et la mort, dans un espace agonique, où même les corbeaux n’ont pas assez d’enthousiasme pour y résider, pour que l’on ne sache jamais si l’on est morts, vivants ou les deux à la fois.

         Votez pour votre biffure, pour notre effacement progressif et sûr, pour le bêlement unitaire qu’il nous quémande toute honte bue! Votez pour détourner jusqu’aux galets des fleuves, car depuis le temps des fleuves asséchés et dérivés, il n’y a plus de points d’eau, encore moins de fleuves à détourner…

         Sommes-nous gouvernés? Non. Par qui sommes-nous non gouvernés alors? Par les ennemis du pays, par ces énergumènes qui ne croient au printemps que lorsqu’ils l’aperçoivent dans un calendrier comme dit le poète pour qui les fleurs aux quais ne répondent plus[1].

         Est-ce notre destin cependant que de végéter ainsi dans les pâturages de la négation et de l’inculture? Y a-t-il des destins comme des costumes taillés sur mesure eu égard aux personnes qui l’arborent? Avons-nous le droit de rêver comme n’importe qui, comme les autres, comme ceux-là qui ont compris depuis longtemps que la différence cimente, enrichit, fortifie?

        Nos politicards, ces chamarrés bardés de plates certitudes, ces pseudo-hommes pour qui le bonheur des autres est vanité, pour qui le peuple est un troupeau d’ouailles que l’on effarouche seulement à coups de baguettes d’osier, de fouets aux lanières cinglantes, de cravaches qui pirouettent dans l’air guettant les badauds sans neurones, le peuple-plèbe, la populace inculte qui n’a le droit à la joie que lorsqu’elle lui est dictée par le tyran rêveur de funérailles télévisées en direct de par delà le pays, ovationné par des larmes abondantes fussent-elles feintes et crocodilesques, pourvu qu’ils partent la conscience, conscience de semi-hommes qui pensent que leur ventre vaut le coup d’affamer l’humanité, du devoir accompli. Puisque, n’est-ce pas, le comble de l’ignorance est qu’elle est sûre de tout! Boutef et ces milliers d’escadrons vendus pour des cacahouètes dans la venelle commerçante des hommes pour qui la vertu, le principe, le droit est un privilège de nantis, d’influents, de corrompus…

        Suis-je algérien pour autant? Plus que jamais. Parce que pour moi l’Algérie outrepasse sa condition, l’Algérie est un paysage qui fomente en moi la chanson, paysage mélodique en symbiose éternelle avec moi; mon Moi taillé, sculpté, fignolé dans une histoire plusieurs fois millénaire; je suis, vous êtes les coureurs du vent, les hommes et femmes qui, des millénaires durant, se sont gaussés de l’aliénation, de l’acculturation, en lui opposant le poème, en lui opposant une berceuse aux tonalités singulières que maman, toutes vos mamans, marmotte pour vite plonger son cher bambin dans les bras de la déesse Morphée. Nous sommes et serons sempiternellement à la barbe de ce bonheur tracé au cordeau, à la barbe de cette joie distribuée par degrés de servitudes…

            Warda –que dieu ait son âme par ailleurs- est fêtée comme une héroïne, comme la déesse du goût qui a élevé dans nos tréfonds de hautes stèles d’humanités, qui nous a hissés de nos espaces aphones vers les cimes du silence. Pauvre pays qui refuse de célébrer Matoub, d’enterrer Arkoun, de rendre hommage à ses Djaout et à ses Feraoun!

       Quand tu renies Mammeri, quand tu refuses à Jean Amrouche son Algérianité, que tu penses qu’un feuilleton égyptien nous est un feu de veillée, quand tu penses qu’Ibn Badis est un immense penseur, qu’Al Bachir El Ibrahimi a propulsé la nation dans l’universalité, quand tu penses que Boutef, Ouyahia et acolytes sont capables d’intelligence, quand tu penses que le peuple a juste besoin de semoule et de huile de table… C’est que tu es sorti de l’histoire, c’est que tu es pour le temps le trou noir qui engloutit voracement, fièrement, crânement, la lumière.

        Pourtant, je sais, de la Kabyle viendra le sursaut. Comme toujours, comme naguère, comme pour tes devenirs, nous te réfléchirons dans la lumière du jour, longtemps quand nous aurons éteint ta nuit d’un jour assourdissant, un jour qui parcourra pour les laper tes ténèbres, tes Aboujerra et consorts, ces pseudo-politiciens qui nous usinent des œillères, tes FLNistes (!) qui nous prêchent que l’horizon c’est la mémoire, que l’avenir est dans notre passé… les traitres, les vendus, les flagorneurs, les sbires, les voleurs, les criminels…

        Je sais, je sais que la nuit a beau être opaque, elle annoncera immanquablement le jour. Je sais que le pays n’est pas un sérail, tant s’en faut, il n’est pas la manufacture du consentement, il n’est le poème qui louange le dictateur, il n’est pas la douane, il n’est pas ces politicards qui pensent un pays comme pense le frondeur la pierre de sa fronde…

Le pays, le mien en tout cas, le vôtre j’en suis sûr, est une discussion nocturne autour d’un feu de rameaux d’oliviers, à tâtons, dans la chaleur qui sied aux méditerranéens, aux africains, aux berbères; ma patrie taille son espace dans les meilleures vallées de nos âmes. Le sourire du fou du village, la chanson que fredonne le musicien inconnu qui gratouille dans les fils pour extraire de moi, de nous, de vous, la quintessence; le paysage qui forge dans votre regard un œil singulier, une poussière d’écume qui écrit sur la vague un poème blanc, le vent en houhou derrière le mur de la chaumière, le soleil ardent, la méridienne où cranent les cigales de leur rideau sonore, l’ami, l’amitié, les feux dans l’eau des yeux, l’homme, l’enfant, la femme; le pays qui vous appartient, qui nous appartient, qui appartient à ceux qui l’aiment, tous et toutes, y compris des hommes et des femmes d’autres pays, d’autres confessions, d’autres regards… Aucun homme, aucun stratagème, encore moins une fraude électorale propre aux hommes de sales besognes, ne peut extraire mon pays de mon cœur, de ma mémoire, de mon moi… Je suis, vous êtes, ce que l’on n’atteindra jamais!

     Nous sommes les Amazighs, les hommes libres. Les hommes qui n’ont jamais cessé de marcher, en traversant une interminable nuit, vers la lumière. Ne perdez pas espoir, nous sommes à la lisière du jour…

 

H. Lounès



[1]– Malek Haddad.

1 comment for “Nous sommes des hommes libres!

  1. kabyledetam
    May 25, 2012 at 00:45

    de la Kabylie viendra la lumière… quand Allah aura rendu son dernier souffle.

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