C’est quoi le Journalisme Jaune (The Yellow Journalism)?

Après la guerre de sécession

Après 4 ans de guerre civile (1861-65), l’Amérique ne connaitra pas, comme diraient les amateurs des cascades automobiles, un démarrage américain. Au contraire, les frustrations sudistes qui n’avaient pas dit leur dernier mot lui infligeront un démarrage sur les chapeaux de roue. Après l’assassinat du président républicain, Abraham Lincoln, son successeur, le démocrate Andrew Johnson, rentrera tristement dans l’histoire comme l’unique président  à être démis de ses fonctions par le sénat. Son successeur, le républicain Ulysse Grant, le héros nordiste de la guerre de sécession, qui donna la victoire aux abolitionnistes des forces de l’Union contre le redoutable général sudiste Robert E Lee, fera connaitre à l’Amérique,  comme l’écrivait le Monde Diplomatique, la gestion la plus catastrophique de son l’histoire. Un message à tous les bons maquisards du monde qu’on ne gère pas les affaires de paix de la même façon qu’on avait gèré les affaires de guerre. L’Amérique devait se remettre sur rail au sens propre comme au sens figuré. La ligne de chemin de fer qui reliait l’est à l’ouest, et l’invention du télégraphe devaient aider « le monstre qui se réveille » à se mouvoir sur un vaste territoire.    Les espoirs de Karl Marx de voir, avec l’élection de l’autodidacte Lincoln dont il avait vanté les qualités prolétariennes, s’établir le communisme en Amérique, s’effondrera  avec l’arrivée des barons-voleurs comme Morgan et Rockefeller qui entraineront l’Amérique dans le système des monopoles, qui fera d’elle le porte-drapeau du capitalisme mondial aux antipodes de la révolution bolchévique que Lénine avait démarrée en Russie. Et, pourtant, ironie de la misère, Lincoln qui était né dans une cabine en bois n’était pas plus misérable que celui qui deviendra, du fin fond de sa misère, le monopoliste Andrew Carnegie. Chassé par la famine qui  sevissait dans son Ecosse natale dans les années 1840,son pére a dû emprunter de l’argent pour émigrer avec sa famille en Pennsylvanie où le jeune Carnegie se fera  embaucher à l’ âge de 13 ans comme ouvrier dans  une fabrique de bobines pour aider son pére à subvenir aux besoins vitaux de la famille.

Doctrine de Monroe

Avec une économie forte et une armée bien portante, l’Amérique aborda le 20eme  siècle avec une ambition impériale. Il était temps alors de dépoussiérer et de ramener sur la table le projet dormant de la fameuse doctrine de Monroe. Celle-ci était au fait un message destiné depuis les années 1820 aux puissances coloniales européennes par le 5eme président des Etats-Unis, James Monroe. Elle consistait à les inviter à se retirer du Nouveau Monde et de s’occuper de leur vieille Europe ; de leur côté, les américains feront de même vis-à-vis des affaires européennes. Les différentes révolutions menées par les libertadors  sud-américains  parmi lesquels le vénézuélien Simon Bolivar et l’argentin Jose de Saint Martin pour libérer l’Amérique latine des conquistadors espagnols avaient, à bien des égards, inspiré Monroe dans l’énoncé de sa doctrine qui avait pour objectif d’aligner l’Amérique sur les motivations indépendantistes du continent américain dans lequel elle émergera, ensuite, comme l’unique puissance continentale. Haïti sera le 2eme pays du continent après les Etats-Unis à obtenir son indépendance de l’occupant français. Les européens avaient toujours fait la sourde oreille et les américains n’auront pas, dans l’immédiat, suffisamment de force pour pousser les puissances coloniales au respect de la doctrine de leur président. Ils traverseront des crises de croissance locales qui les condamneront à s’occuper de leurs ognons domestiques.

Dès la fin du 19eme siècle, l’influent Theodore Roosevelt avait affirmé que l’Amérique a besoin d’une guerre pour tester l’Etat de l’Union. Comment, par exemple, en cas d’agression, l’Amérique réagirait, compte tenu de l’inertie que lui impose son gigantisme géographique. Il fallait donc se débrouiller une guerre, mais avec qui ? Au nord, on a un Canada anglo-saxon et pacifique à émouvoir ; au  Sud, un Mexique faible  qu’on a déjà spolié d’une bonne moitié de ses terres en l’occurrence tous  ses ex territoires du sud-ouest américain. Cette guerre si nécessaire pour l’Amérique, c’est en grande partie, le Yellow Journalism qui se chargera de la lui débrouiller.

The Yellow Journalism (le Journalisme Jaune)

The Yellow Kid

Dans la ville de New York, il y’avait 2 journaux qui détenaient le quasi-monopole de la presse new yorkaise, et qui se livraient entre eux à une impitoyable compétition. Il s’agissait du New York World détenu par Joseph Pulitzer, et du New York Journal appartenant à William Randolph Hearst. Les 2 journaux usaient de tous les moyens et stratagèmes inimaginables pour vendre le plus de journaux possible à tel point que  la qualité de l’information, très souvent en pâtissait au profit de la recherche du sensationnel. Joseph Pulitzer eut, le premier, l’idée d’introduire dans son journal quelques pages de couleurs jaunes qu’il réserva à la bande dessinée dont le caractère comique  était un enfant habillé en jaune et nommé, comme sa couleur l’indique, Yellow Kid. Ce travail fut confié à un cartoonist de talent du non de Richard Outcault. Le Yellow Kid  devint une véritable star et propulsa inexorablement la vente du journal de Pulitzer. N’ayant pas d’autre idée à se proposer pour se maintenir dans la compétition, Hearst n’avait pas trouvé mieux que de voler  le cartoonist de Pulitzer en allant  le recruter dans son propre journal. Pulitzer, furieux, recruta un autre cartoonist pour continuer dans la même procédure. Et c’est ainsi que de cette bataille autour du yellow kid qu’était né le Yellow Journalism, un terme  qui se dégradera de plus en plus jusqu’à finir par désigner, plus tard, tout type de journalisme qui utilise des méthodes journalistiques très peu orthodoxes   qui mettaient en relief le sensationnel au détriment de la qualité de l’information. Ce type de journalisme  était plus orienté sur les faits à scandale, racontant de fausses histoires et publiant des interviews qui n’ont jamais eu lieu, dans un but exclusivement lucratif.

Le Yellow Journalism et la Guerre contre l’Espagne

En 1895 dans l’ile de Cuba, la révolte des indigènes contre l’occupant espagnol se mit à se faire entendre. Dans les rues de l’Amérique, la rumeur en cours avançait le nombre de plus de 200 000 manifestants cubains détenus par le colon dans les camps de concentration. Les 2 journaux qui n’étaient pourtant pas spécialisés dans les reportages  sautèrent sur l’occasion et se mirent à commenter les évènements de Cuba de la façon la plus spectaculaire qui soit. Ils virent en l’Espagne  un parfait candidat à cette guerre dont avait tant  besoin l’Amérique : Ni assez faible pour se comporter en victime, ni assez fort pour causer des problèmes à l’Amérique ; de plus, son éviction du continent américain allait aider à satisfaire à la Doctrine de Monroe, et moralement parlant, l’Espagne était coupable de par sa position de colon. Il n’était donc pas mal aisé d’agresser l’agresseur.

William Hearst dépêcha 2 de ses journalistes les mieux payés dans l’ile pour envoyer des images de la persécution espagnole. Après un séjour d’un mois, les 2 journalistes à l’affut du moindre évènement insurrectionnel, n’eurent rien observé de reportable. Ils envoyèrent un message télégraphique à Hearst lui faisant part de leur ennui dans ce désert évènementiel et qu’ils allèrent rentrer sur New York du fait qu’il n’y eut  rien à signaler. C’est alors que Hearst après leur avoir demandé de patienter un peu plus, leur lança une phrase que l’histoire retiendra comme typique au yellow journalism : You furnish the pictures, I’ll furnish the war «Vous fournissez les images, je fournirai la guerre.»

En effet Hearst voulut à tout pris cette guerre pour propulser la vente de ses journaux. Il mit à plein régime sa machine propagandiste pour diaboliser les espagnols auprès de l’opinion publique américaine afin de faire pression sur le président Mc Kinley à obtenir du sénat le feu vert de rentrer en guerre contre l’Espagne, et délivrer Cuba de la répression coloniale. Une grande pression s’abattît sur le président, Mc Kinley qui s’entêta à refuser de rentrer en guerre contre l’Espagne. Pas pour longtemps, car un évènement de taille viendra au début de l’année 1898 affaiblir l’attitude ‘’pompier’’ de Mc Kinley et rallumer le brasier ‘’pyromane’’ de Hearst et de Pulitzer.

En Effet, en plein milieu de cette propagande, une bombe explosa dans le port de la Havane détruisant le navire de guerre américain, the Maine, qui s’y trouva accosté. Les autorités espagnoles présentèrent leurs excuses aux américains, leur expliquant que c’était accidentel, mais leurs excuses s avèreront inutiles devant l’appel à la vengeance du yellow journalism sous le Slogan bien rimé « Remember the Maine, to hell with Spain » (se rappeler le Maine, aux enfers l’Espagne). Au mois de février de la même année, l’Amérique donna à l’Espagne un ultimatum jusqu’au mois d’avril de quitter l’ile, mais l’Espagne le rejeta. Les 2 nations entrèrent en guerre au mois de Mai. L’Amérique domina la guerre et un cessez- le-feu fut convenu au mois d’Aout. Au mois de décembre, par le traité de Paris, l’Espagne déclaré vaincu, devait quitter l’île de Cuba ainsi que les îles de Guam et de Porto Rico et céda les Philippines aux Etats-Unis pour une somme de 20 millions de dollars. Se servant du prétexte de la guerre, l’Amérique aiguisa ses appétits de conquête  et fit prendre la décision par le sénat d’annexer en 1898 l’archipel hawaiien qui deviendra le 50eme et dernier état de l’Union en 1959. Avec un pied- à- terre à Hawaii et un autre aux Philippines, l’Amérique eut désormais un œil sur le continent jaune, façon de dire aux asiatiques qu’Uncle Sam is watching you. L’ouverture du Canal de Panama, achevé en 1914, et qui relie les 2 océans atlantique et pacifique à travers la mer des Caraïbes offrit à l’Uncle Sam un bien meilleur contrôle sur tout le continent américain.

Plus tard, une enquête menée conjointement par les américains, les cubains et les espagnols révèlera que l’explosion qui a détruit le Maine n’était effectivement que le résultat d’un accident.

William Randolph Hearst

William Randolph Hearst (1863-1951)

William Hearst, durant ses études à Harvard, son père s’empara du journal San Francisco Examiner qu’il  gagna au poker  à titre de dette que dut lui payer le patron du journal. Ce fut ainsi que le père qui fit son beurre dans les industries minières,  ne se sentant pas du métier, le confia à son ambitieux fils unique, William Hearst, qui le géra avec beaucoup de succès, réussissant à recruter de légendaires  plumes comme Jack London et Mark Twain. 2 ans plus tard il racheta à Albert Pulitzer, le frère de Joseph, le New York Journal dans la ville de New York City. En espace de 10 ans, il réussît à fonder un empire médiatique composé d’une trentaine de journaux. Il fut dit qu’un américain sur 4 piquait ses informations des journaux de Hearst. Il rentra en politique et devint sénateur dans la chambre des représentants de New York. Mais en 1906 il échoua comme maire puis comme gouverneur de la même ville. Son insuccès politique le renvoya à se consacrer de nouveau au business des medias, de la publication, de la communication et du cinéma où il réussit à produire  une centaine de films.

Bataille féroce entre William Hearst et Orson Welles autour de Citizen Kane

En 1941, Orson Welles eut le malheureux génie  de réaliser son fameux film  Citizen Kane où il donna un sombre portait de Hearst. Furieux, Hearst mit en œuvre tous ses moyens financiers et humains au niveau de Hollywood pour empêcher le film de sortir, mais en vain. Orson Welles et le producteur RKO résistèrent à la pression et le film sortit. Mais les efforts de Hearst étaient loin d’être vains. Usant de son influence au niveau des cercles publicitaires hollywoodiens, il réussit à limiter considérablement l’audience au niveau des salles de théâtre, infligeant au film un  dramatique échec financier qui finira par endommager la carrière d’Orson Welles qui eut l’imprudence d’ attaquer sans avoir au préalable évalué la riposte.  60 ans plus tard, prenant sa revanche sur le sort, Citizen Kane figurera dans la liste de l’American Film Institute  des 100 meilleurs films de tous les temps.

Hearst mourut en 1951 laissant derrière lui de nombreuses propriétés parmi lesquelles un fabuleux château appelé de son nom, Hearst Castle,  construit sur une propriété de 97 hectares  à San Simeon dans le comté de San Luis Obispo, à mi-chemin entre San Francisco et Los Angeles. Dans le film, Spartacus, tourné en 1960, il fut utilisé comme la propriété immobilière de l’empereur romain Marcus Crassus, défini comme étant  l’homme le plus riche de tous les temps. John et Jacqueline Kennedy y séjournèrent pour une partie de leur lune de miel.

Son château en forme de H à Beverly Hills, bien connu sous le nom de Beverly House fut considéré comme l’une des résidences privées les plus chères des Etats-Unis.  Y furent filmées des séquences du film Le Parrain.  Ce château fut mis en vente en 2010 pour une somme de 95 millions de dollars.

 Joseph Pulitzer

Joseph Pulitzer (1847-1911)

Joseph Pulitzer, quant à lui, était le fils d’un riche marchand juif de Budapest. Après la mort de son père, le commerce fit faillite,  et sa famille prit la décision d’émigrer aux Etats-Unis. En 1864, ils débarquèrent à Boston, dans le Massachussetts, en pleine guerre civile. Joseph avait 17 ans. Il s’engagea dans l’armée, mais au bout de quelques mois il déserta pour rejoindre New York où il s’engagea dans le régiment de la Lincoln Cavalry. Il parlait l’allemand, le français et le hongrois mais très peu d’anglais. Après la guerre civile et une vie très difficile qui le traina d’un petit boulot à un autre, il décida  de quitter l’East Coast  vers le Mid West pour  rejoindre la ville de Saint Louis dans l’état de Missouri où l’on parlait majoritairement allemand, comme à Munich. Pris au dépourvu, il vendit l’unique chose en sa possession, en l’occurrence, sa valise, pour une dérisoire somme de 75 cents. D’un tempérament fier, du type à ne pas trop accepter les ordres, et peu enclin aux travaux physiques, il a eu du mal à trouver stabilité dans un quelconque boulot. Cela dura jusqu’au jour où il attira l’attention d’un journal local par une histoire qu’il avait rédigée à titre d’article à propos d’une aventure qu’il avait vécue dans un bateau  de fortune qui devait probablement l’emmener en Louisiane. Le journal  le recruta à titre occasionnel, c’est alors qu’il commença ses débuts journalistiques qui l’extrairont aux basses besognes pour le propulser au bout de quelques années au firmament du succès et de la réussite.

En 1869 il s’inscrit dans le parti républicain où il réussira à l’âge de 22 ans à se faire élire aux législatives de l’état du Missouri alors que l’âge minimum requis par la constitution pour un tel poste était de 25 ans. En 1872, il rejoignit le parti démocrate après qu’une crise  liée à la corruption éclatât  au sein du parti républicain. En 1879, ses économies lui permirent d’acheter les 2 journaux de la ville du Missouri qu’il fusionna pour créer le St Louis Dispatch.

En 1883, Pulitzer devenu suffisamment riche, se rendit  à New York City où il acheta pour une somme de 346 000 dollars le moribond journal New York World qui enregistrait un déficit de l’ordre de 40 000 dollars par an. En 1884 il  fut élu comme sénateur à la chambre des représentants mais démissionna en 1886 pour se consacrer à son business médiatique.
En 1895 il introduisit dans son journal,  le caractère comique, Yellow Kid, qui connaitra une immense popularité. Le tirage passa de 16 000 à 600 000 exemplaires faisant de New York Word le journal le plus vendu dans le pays.

En 1895, William Randolph Hearst, en s’emparant du  New York Journal, rentrera avec Joseph Pulitzer dans  une impitoyable compétition  qui finira par associer, définitivement leurs noms à  l’histoire peu reluisante du Yellow Journalism.

En 1907 les problèmes de santé liés à la dépression et à la cécité condamnèrent Joseph Pulitzer à la retraite ; il conféra à son fils les responsabilités administratives du journal. En 1911 il mourut laissant derrière lui une épigramme devenue célèbre dans le monde journalistique : A un professeur qui le questionna sur le fait qu’il parlait tout le temps gentiment des reporters et tout le temps sévèrement des rédacteurs, il répondît  «  parce que chaque reporter est un espoir et que chaque rédacteur est une déception. »

Le Prix Pulitzer

En 1892, Joseph Pulitzer fit don à l’université de Columbia de New York d’une somme de 2 millions de dollars pour créer la première école de journalisme dans le monde. Mais le président de l’université rejeta l’offre probablement à cause du comportement, selon lui, bizarre, de Pulitzer. En 1902, l’université de Columbia eut un nouveau président qui, séduit par le projet de Pulitzer, accepta l’offre. Mais ce ne fut qu’en 1912, une année après sa mort que Pulitzer verra, à partir de l’autre monde, son rêve se réaliser. Le prix Pulitzer sera cependant décerné pour la première fois en 1917.

Aujourd’hui les écoles de journalisme de Columbia à New York et celle du Missouri sont classées  parmi les plus prestigieuses dans le monde.
De nos jours, le prix Pulitzer est décerné  par l’administration de l’université de Columbia pour les meilleures réalisations journalistiques, œuvres littéraires et  compositions musicales. Il consiste en une somme de 10 000 dollars à remettre  à 20 lauréats désignés  chaque année au mois d’avril, dans 21 catégories. Le gagnant dans la  compétition  ‘’catégorie  services publics’’ reçois à titre non individuel une médaille. Un seul président,  John F Kennedy, avait eu l’honneur de se voir décerner le prix Pulitzer en 1957 pour son livre Profiles on courage.

Pour certains, Hearst et Pulitzer sont les enfants terribles du journalisme américain, et seront considérés comme les pères du journalisme moderne. En introduisant de nouvelles techniques de publications et de diffusion dans les medias ainsi que  de  la publicité comme nouvelle source de revenus, ils sont parvenus par le seul billet de leur enthousiasme, de détermination et d’esprit d’entreprise  à prospérer et a établir leur indépendance financière qui les mit à l’abri d’une quelconque subvention gouvernementale, faisant de la presse américaine la presse la plus indépendante au monde vis-à-vis du gouvernement. Un fait très significatif pour les américains qui croient fermement qu’un gouvernement qui vous donne est un gouvernement à qui vous devez quelque chose en contrepartie.

 Une autre frange d’américains réfute l’autorité morale de Joseph Pulitzer, et s’indigne sur le fait que la plus haute distinction journalistique américaine soit fondée par quelqu’un dont le nom est directement relié au sinistre yellow Journalism, et nommée après lui. Pulitzer lui-même s’est enrichi de ses mensonges qui ont poussé à précipiter la guerre de Cuba. Au lendemain de l’explosion qui a détruit le Maine dans le port de la Havane, son journal le New York World  s’est vendu à 5 millions d’exemplaires. Du milieu proche de Pulitzer il est dit que cette guerre de Cuba, indigne selon lui-même de bonne conscience, le stigmatisa pour le reste de sa vie. Ironie de l’histoire, le fils de Hearst l’autre mogol du yellow journalism, William Randolph Hearst, Jr, l’héritier de l’empire médiatique de son père, s’est vu, lui aussi, décerner le prix Pulitzer à travers l’interview qu’il avait donnée en 1955 au président soviétique  Nikita Khroutchev

La liberté de la presse face à la dictature du sponsor

Mais dans la réalité des choses, cette indépendance vis-à-vis du gouvernement, si chère au conservatisme américain, peut, dans presque tous les états de figure, se traduire par une dépendance vis-à-vis du sponsor. Dans un cas comme dans l’autre le capital fait la loi et le nécessiteux la subit. Seulement chez le capitaliste, l’individu vaut ce qu’il rapporte à l’organisation en termes de capital, chez l’idéologue ou le dictateur, la place de l’individu dans la hiérarchie peut être déterminée par le favoritisme du chef indépendamment de la valeur réelle du citoyen. Mais il arrive que l’idéologie n’épargne personne y compris le sponsor.

L’exemple de Bill Maher est un exemple frappant de la dictature idéologique  du sponsor. Au lendemain du 11 septembre 2001, toute la presse américaine se mit à verser son fiel sur les terroristes. Bill Maher qui animait le show intitulé Politically Incorrect dans la chaine ABC avait reçu, en la triste occasion, des invités qui se livraient dans leur colère extrême à traiter les terroristes de tous les noms d’oiseau. Quelqu’un parmi les invités prit la parole et se mit  à traiter les terroristes de lâches. C’est alors que Bill Maher fit objection pour argumenter que le terme ‘’lâche’’ n’était pas approprié pour qualifier l’attitude plutôt martyre  des terroristes du World Trade Center, avançant fermement que ces terroristes qui ont donné leurs vies pour une cause à laquelle ils croyaient, aussi sauvage soit-elle, peuvent être traités de tous les qualificatifs les plus abjects  du monde sauf de lâches. Cette réflexion qui était aussi celle  de beaucoup d’américains nationalistes et populaires joua un tour à Bill Maher qui se retrouva  sur la touche au nom du leurre tendu par la liberté d’expression qui lui fera apprendre à ses dépens à quel point celle-ci peut être  placée sous le joug du capital. En effet,  le géant de la chaine des magasins Sears qui était  le principal sponsor de l’émission de Bill Maher, pas content du commentaire de ce dernier, prit la ferme décision de retirer ses panneaux publicitaires de l’émission Politically Incorrect. Celle-ci, n’ayant plus de ressources financières pour fonctionner, annonça le lendemain, par la voix de Bill Maher lui-même, qu’elle cessera d’émettre dans les  2 mois qui viennent. Bill Maher, techniquement mis au chômage sera recruté in extremis par la chaine HBO pour un autre show intitulé Real Time qu’il anime avec succès à ce jour. Et l’exemple de Bill Maher est loin d’être un cas isolé.

Les américains nationalistes démocratiques et populaires  indignés par la décision antidémocratique de la  firme Sears ont appelé au nom de la liberté d’expression au boycott  de ses magasins. L’empire Sears dont la puissance est symbolisée par la tour Sears Tower de Chicago, le plus haut building des Etats-Unis, était présenté dès le début du siècle comme le symbole de la fierté et du réalisme juifs, il avait régné pendant plus de 50 ans en maître absolu dans son domaine commercial, aujourd’hui il se  retrouve relégué à l’arrière-plan loin derrière Wall Mart et Target, fermant ses magasins l’un après l’autre et menacé d’effondrement. L’avantage de la dictature capitaliste par rapport à la dictature prolétarienne, c’est que dans le premier, la décision finale revient toujours au consommateur. C’est lui qui désigne son président et c’est lui qui sanctionne le capitaliste en boycottant ses produits.

Le Yellow Journalism, aujourd’hui

De nos jours, le yelow journalism semble, aux yeux de beaucoup, planer sur les moeurs médiatiques américaines. Dans les années 60 le président L.B. Johnson avait rapporté qu’un bateau américain avait été attaqué par les viets dans le détroit de Tonkin, ce qui s’avérerait, plus tard, n’ être qu’ un pur mensonge du président, inventé dans le but de justifier de rentrer de plein pied dans la guerre du Vietnam pour en finir, selon lui, une fois pour toutes avec les communistes du nord. Plus récemment encore, le prétexte de George Bush de la détention  par l’Irak des armes de destruction massive s’est avéré n’être qu’une possible manoeuvre de l’administration américaine conjointement avec le lobby sioniste  pour, à la fois, avoir  une mainmise sur le pétrole de la région et donner plus de protection et d’assurance à l’ état d’Israel. Et beaucoup de cas similaires peuvent être recensés et à chaque fois certains  médias n’hesitent pas à afficher  leur  couleur jaunâtre de pyromane.

Rachid C

1 comment for “C’est quoi le Journalisme Jaune (The Yellow Journalism)?

  1. June 5, 2012 at 02:42

    Pour commencer compliments pour cette présentation, à la fois limpides et posées. Sans critiquer, quelques points auraient mérité plus d’explications, en particulier dans la conclusion. Simplement une manière de souligner que je suis empressé de lire le prochain billet. Mon site de mutuelle santé assurancesanté.org

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