Lettre de l'Université de Pise, en réponse à notre article: un arabe nous écrit,…

Par Dahmen At  Ali,  Docteur dans la Recherche (Ph.D.) en Génie Nucléaire, Option : Sûreté Nucléaire et Industrielle
Organisme : Université de Pise – Pise, Italie

Submitted on 2012/06/05 at 8:07 am

Magnifique de lire cet épanchement généreux de rationnalisme. A propos de la dichotomie arabe/Amazigh (berbère), je vous livre ici même quelques éléments fondamentaux qui pourraient vous aider à l’apréhender et comprendre les origines et les causes de cette problématique identitaire dont souffre non seulement le peuple kabyle auquel j’appartiens, mais aussi tous les peuples sans exception de ce vaste territoire qu’est TAMAZGHA, ou l’Afrique du Nord. Il est volontairement fondé sur une base rigoureusement rationelle, expurgée de tout substrat idéologique inconvenant, pour venir en aide aux cerveaux peu enclins à admettre la liberté de pensée…aux autres.

1.Nord Africains = Arabes ?

En fait, l’opinion commune qui, plus ou moins inconsciemment, accompagne implicitement l’ incertitude sur le statut réel des Nord-Africains, est qu’ils sont «Arabes». Un avis d’autant plus conforté par le fait que de nos jours les langues les plus parlées en Afrique du Nord sont en effet des dialectes arabes. Et le terme consacré avec lequel il est de coutume d’appeler cette partie du monde, “Maghreb” est un mot arabe qui signifie “l’ouest” et indique l’extrémité ouest d’un monde qui a son centre ailleurs. Il en résulte ainsi l’expression ambiguë «arabo-berbère», qui est improprement utilisée dans de nombreux manuels et encyclopédies pour définir “ethniquement” la population de ces pays. Alors, à l’adresse de celui qui fait observer que les Nord-Africains sont d’abord des Africains, on lui objecte qu’étant «arabo-berbères”, ils doivent etre par conséquent considérés comme une population allogène et donc, elle ne s’est établie dans ces régions qu’à des époques plus ou moins récentes. Cela relève en fin de compte d’un court-circuit mental qui ne prend en considération qu’une composante fortement minoritaire (les Arabes n’ont en effet jamais peuplé massivement l’Afrique du Nord), mais qui permet dès lors de continuer à employer l’adjectif “africain” comme un substitut commode pour éviter des termes appropriés, plus directs, pour nommer les Noirs.
Qu’est-ce qu’un «arabe»? De toute évidence, c’est un habitant des régions de l’Arabie et ses contrées voisines. Ainsi par exemple, un «Asiatique» (même de l’Asie occidentale), ne saurait certainement pas etre un Africain ! La civilisation de l’Egypte ancienne n’était évidemment pas arabe, et n’étaient Arabes ni Massinissa et Jugurtha, ou saint Augustin ou Apulée et beaucoup d’autres Nord-africains qui furent connus depuis l’antiquité. A l’époque où le roi d’Afrique du Nord – Plus exactement maurétanienne, i.e. marocaine – Juba II était un modèle de culture raffinée, les habitants du désert d’Arabie vivaient comme des sauvages, à la marge de la civilisation du monde antique.

2.Un vide épistémologique
Cette sorte de nébuleuse qui entoure l’Afrique du Nord, que peu de gens arrivent à saisir comme un monde à part anthropologiquement et culturellement, constitue un véritable «trou» épistémologique, d’autant plus préjudiciable que nous n’y voyons que ce que nous sommes volontairement disposés à « voir ». C’est-à-dire ce que nous sommes capables de classer dans nos propres catégories. Et si daventure une catégorie « Afrique du Nord » n’existe pas dans notre perception, pour traiter des populations de cette partie du monde, nous sommes amenés à en référer, usant des raccourcis tortueux et biais tordus, qui déforment irrémédiablement la perception de la réalité, à d’autres catégories tout à fait inappropriées qui, il s’en suit, rendent la compréhension rigoureuse de l’objet de notre étude vraiment hypothétique sinon carrément inacessisble.
Ainsi, en parlant de l’Afrique du Nord/Maghreb, on ne peut s’empecher de penser aux Arabes, y compris tous les «Arabophones». Mais les Nord-africains ne sont certainement pas arabes, ceux qui parlent encore le berbère, demeurent pour ainsi dire un objet mystérieux, suscepibles des représentations les plus fantésistes. Ce qui fait que d’une part ces Berbères constituent une attraction de prédilection pour l’industrie du tourisme. Ainsi, les Berbères ne sont perçus au mieux que comme une marque d’exotisme: « Par ici touristes, nous vous emmenerons dans des endroits vraiment sauvages: pensez que dans ces contrées là il existe encore des Berères… ». Ne parlons pas encore des plus exploités parmi eux, du fait qu’ils suscitent bien d’images mythiques et héroïques: Les Touaregs, dont l’évocation du nom ou de leur culture constitue également une source inépuisable d’approvisionnement en marques d’automobile et de moto …
D’un autre côté cependant, les Berbères sont les «mauvaise conscience» des Arabes (et Arabisés): leur survie jusqu’à aujourd’hui est à meme de raviver la réalité d’une invasion et d’une conquête, et l’existence d’une civilisation bien plus ancienne que celle arabo-islamique que l’establishment des divers pays cherche à imposer comme la seule véritablement nationale. D’où les réactions de rejet allant de la negation pure est simple jusqu’à l’éradication de l’existence meme des Berbères (comme en Tunisie, où peu de gens savent qu’ils ont des compatriotes locuteurs natifs d’une langue différente de l’arabe) et à la vraie persécution (ainsi durant longtemps, en Algérie et au Maroc, le berbère et les Berbères souffrent encore de beaucoup de discriminations).

3.Causes
Il n’est pas facile à expliquer comment est-on arrivé à cette situation, ceci dépend d’un certain nombre de facteurs dont les racines remontent à très loin. Il suffit de penser que dans les temps anciens, les rois de la Numidie déjà flanquaient à leur langue le punique et ne dédaignaient nullement à apprendre et à utiliser le latin et le grec. Parmi les cas les plus récents, nous devons rappeler d’une part les pressions de la politique d’arabisation menée par la puissance coloniale française, qui disseminait des “bureaux arabes” y compris dans des territoires où la berbérophonie est demurée très compacte (on sait que Napoléon III rêvait de devenir le chef d’un royaume « arabe » s’étendant de l’Afrique du Nord jusqu’aux confins de la Syrie), et d’autre part, le panarabisme de Nasser, qui s’identifiait comme un modèle de réussite dans tout le monde arabo-islamique à l’époque où les pays d’Afrique du Nord accédaient à l’indépendance. A cela s’ajoute le statut spécial que l’Islam donne à la langue arabe, la «langue de la révélation” (et théologiquement, comme étant la vraie et effective « langue de Dieu »). En conséquence, aujourd’hui les Nord-Africains qui ont adopté la langue arabe sont considérés logiquement appartenir au peuple arabe. Il s’agit en réalité d’un vrai phénomène d’assimilation linguistique et culturelle qui a duré pendant des siècles. Déjà au XIVe siècle Ibn Khaldoun rappelait:
« Les Beni-Ifren et les Houwara sont soumis à ces Arabes et les accompagnent dans leurs courses nomades; ils ont meme oublié la langue berbère au profit de celle de leurs maitres, desquels ils ont aussi adopté tous les caractères extérieurs.» (Histoire des Berbères, t. I, p.197).
Asummer une autre langue est un phénomène qui peut se produire dans l’histoire d’un peuple, mais faire coincider ce changement avec une abrogation pure et simple de sa propre identité d’origine est quelque chose de profond et d’inquiétant, voire troublant. Ainsi, par exemple, meme en Irlande d’aujourd’hui, il y a très peu de locuteurs qui utilisent encore l’ancienne langue indigène (l’irlandais), et la majorité écrasante parle anglais. Mais ceci n’a jamais entrainé les Irlandais d’etre tentés un jour de s’identifier aux Anglais! Je me souviens une fois en parlant avec un ami irlandais, je me suis laissé par inadvertance à prononcer l’expression «Archipel britannique» pour signifier brièvement l’Angleterre et l’Irlande: Il s’en fallut de peu, que mon ami me refusat meme le salut !
Il s’agit par conséquent d’un problème épineux qui est lié à cette vision déformée de soi et la question linguistique. Depuis l’indépendance de ces pays, plusieurs campagnes d’ « arabisation » furent en effet menées à la hussarde afin de substituer l’arabe à la langue laissée par la puissance coloniale. Un demi siècle après, ces campagnes d’arabisation ne sont pas pretes de terminer. Apparemment, la population n’est pas suffisamment “arabisée”. Il semble tout de meme étrange qu’un peuple ne parvienne pas en un demi siècle à « ré-apprendre » sa propre langue en disposant de tous les moyens logistiques de « son » Etat, si celle-ci était vraiment “sa” langue. Le fait est que la langue parlée dans les pays d’Afrique du Nord d’aujourd’hui est très différente de la variété formelle utilisée comme un modèle par les institutions. Ainsi, dans les constitutions de ces pays d’Afrique du Nord, vous ne trouverez pas des articles du type « La langue officielle de l’Algérie est l’algérien» ou «La langue officielle du Maroc est le marocain ». On y lit seulement en revanche : « La langue officielle est l’arabe», c’est à dire la langue d’un autre peuple vivant dans un autre continent ! Peu de gens ont été clairvoyants pour remarquer ce problème. Un grand intellectuel algérien Kateb Yacine, a résumé la question ainsi: «Si nous sommes déjà arabes, pourquoi nous arabiser? Et si nous ne sommes pas arabes, pourquoi nous arabiser? ».

4.La quête identitaire
Une certaine responsabilité de cet état de faits est à imputer aux Européens. Volontairement ou non, c’est de nous que les pays d’Afrique du Nord puisent de nombreux concepts et les catégories d’interprétation de la réalité contemporaine. Et l’absence, dans la culture européenne, d’un cadre conceptuel autonome spécifiquement dédié à cette partie du monde indépendant, ne leur facilite guère leur recherche identitaire, quand celui-ci ne la rend pas encore bien plus laborieuse.
Le thème de l’identité est en fait très récurrent dans les pays d’Afrique du Nord. Nous les regardons, nous ne les “voyons” pas pour ce qu’ils sont, mais seulement comme une émanation d’un autre monde. Lorsque les Marocains, dont le pays est appelé Al-Maghreb al-Aqsa (soit littéralement “l’Extrème Occident” : en fait il est en Afrique du Nord et à l’ouest par rapport à l’Italie), se voient pourtant répertoriés comme «Orientaux», il n’est pas surprenant qu’ils puissent se poser la question « Mais qui sommes-nous? ». Un risque qui a été rapporté par beaucoup est que, en l’absence de réponses sur leur origine ethnique et leur langue, parce qu’ils ne peuvent pas objectivement se définir comme «arabes» et personne ne sait ce que signifie «Nord Africains », ils finissent par trouver une identité-refuge dans la composante religieuse: « Si en tant qu’Arabes, nous ne sommes pas crédibles, en revanche nous sommes des musulmans, ça c’est certain !» Et le zèle religieux qui émerge souvent dans le but de souligner cette appartenance, s’il est malintentionné, il peut, de nos jours, s’en saisir pour l’exploiter et la mettre au profit des extrémistes ou pire encore.
Il ne serait pas hasardeux de parler d’une aliénation effective induite: Tels que nous les voyons nous, ainsi qu’ils ont tendance à se regarder eux-memes. La référence aux réalités externes (car telle n’est pas seulement une culture européenne, mais aussi nord aricaine) est un sérieux handicap pour le développement de ces pays, car cela conduit à avoir des modèles exogènes, d’ailleurs largement mythifiés, puis reproduits sans esprit critique et d’une manière stéréotypée. Deux exemples parmi tant d’autres: d’une part, toujours la religion. La religion islamique est en effet de plus en plus imitée et suivie selon une interprétation “Saoudienne”, un caractère beaucoup plus rigide et intolérant des pratiques religieuses traditionnelles de l’Afrique du Nord, avec l’abandon et parfois une condamnation zélée de plusieurs comportements et pratiques indigènes ; et d’autre part, l’écrit: pendant des siècles en Afrique du Nord la langue arabe a été écrite selon une tradition scripturale propre : ce style est connu comme “Maghribi”, qui, aujourd’hui, n’est plus utilisé ou enseigné dans les écoles, à tel point que les nombreux documents importants pour l’histoire de ces régions ne sont hélas accessibles qu’aux spécialistes.

Par V. BRUGNATELLI (Milan, le 1er Octobre 2009)
Texte traduit de l’italien par Dahmen At Ali.

Ce texte a été écrit il y a 3 ans de cela par Prof. Vermondo Brugnatelli,(Université de Milan) dans la langue italienne. Vu sa qualité de synthèse, je me suis permis de le translater dans la langue française, pour contribuer un tant soi peu à aider les lecteurs francophones qui souffrent encore de ce bolocaqge d’origine idéologique sans s’en appercevoir.

J’espère seulement qu’il (ce texte) puisse servir nos concitoyens d’Algérie et Nord-Africains, qui se disent encore (en 2012) “Arabes” par étourderie….mais sans le moindre zéle!

Dahmen At Ali.
Pise, Italie.
05 Juin 2012.

7 comments for “Lettre de l'Université de Pise, en réponse à notre article: un arabe nous écrit,…

  1. ranawaki
    June 10, 2012 at 22:59

    Un Kabyle , qui ne veut nullement etre Arabe par etourderie, mais qui revendiquerait avec force le fait d’etre Italien…

  2. Mazigh
    June 13, 2012 at 12:51

    Quand on à rien dire d’intelligent…. et que l’on VEUT 0 TOUT PRIX parler ou écrire, forcément on ne peut dire que des sottises..

    c’est peut être la lumière de ce fils de kabylie qui vous éblouit pour trouver une crotte si petite à déposer pour salir l’endroit où vous vous incrustez..

    Vous avez une façon de déduire digne de votre réputation…

    Venant de vous ,rien ne nous étonne.

    • ranawaki
      June 14, 2012 at 06:08

      A l’attention de Mazigh…

      Un fou qui dit par hasard le vrai n’a pas la vérité.

      il a toujours etait dit qu’il n’y a que la verite qui peut blesser…

      point final…sans autre commentaire…le cas contraire verserait dans l’impolitesse qui

      vous est si chere

      sans rancunes….

  3. Mazigh
    June 14, 2012 at 09:40

    SURTOUT VENANT D’UN PETIT,

    RIEN NE ME BLESSE,MÊME LES PIRES VEXATIONS TELLEMENT MON ANTIDOTE EST SURPUISSANT.

    Jaurais juste aimé que vous apportiez une contradiction à l’article au lieu de vous suffir d’une entourloupe inconvenante.D’où réaction.

    FAUDRAIT-IL SIMPLEMENT EN ETRE CAPABLE?

    Concernant l’impolitesse ,je vous laisse relire votre phrase incongrue.

    Un Kabyle , qui ne veut nullement etre Arabe par etourderie ,VOUS CONNAISSEZ UN ARABE QUI VAUT ÊTRE KABYLE? CELA NE VOUS SIFFIT PAS TOUS LES AMAZIGHS ARABISES?,
    mais qui revendiquerait avec force le fait d’etre Italien.
    là,Vous devenez MADAME SOLEIL malgré vous.

    ET alors… il aurait bien le droit de revendiquer ce qu’il voudrait,non?

    Vous avez du mal a accépter le choix des autres .
    Il faudra bien vous y faire à l’avenir.

    C’est toujours à l’autre de se plier à vos désideratas même chez lui.

    fin…

  4. KAKAOUA
    June 21, 2012 at 10:07

    C’est avec ses énergumènes sans cervelle, ni esprit que le monde arabokhorti est en déclin, je parle de ces arabo-barbus khoroto, là, ou vous passez vous ne laissez que mort, ruines et vous n’assumez même vos conneries et c’est toujours la faute aux autres (hizb frança, tata patata, ) vos manières sont puériles , Vous cultivez la haine, le racisme jusqu’à”a vous entretuer entre vous, vous ne faites nullement avancer ce monde dont vous en étes absents et qui vous à chasser et vous ne figurez que sur le guiness des faits divers ou plutôt des mort-vivants; vous faites honte à la planète entière. Avec vous la culture, la science, la technologie etc; reculent;

  5. AQlouach
    June 8, 2013 at 16:27

    @ranawak
    «i arabi fora (les arabes dehors) ou terra corsa a i corsi ! (la terre corse aux corses !).»
    et moi je dit :
    «i arav verra ,thamourth ni mazighane ( toi l’arabe dehors ,le pays est pour la Amazighs»
    Et quand je parle de l’arabe, ce n’est pas l’arabophone celui qui parle l’arabe, mais l’aliéné par l’arabisme, celui qui se sent arabe et qui en réalité ne l’est pas.
    Il est plus dangereux que le vrai arabe lui même. C’est le vers qui va pourrir le fruit, si ce n’est déjà fait par les millions de vers en Afrique du nord qui se sentent plus royaliste que le roi
    C’est quoi le rapport de la Corse avec l’Afrique du nord?
    En réalité il y en a plusieurs.
    je cite deux, le premier c’est que on le mot «FORRA» c’est le même mot que celui du kabyle «VERRA» qui dire veut «DEHORS».aux envahisseurs.
    Le second le bassin méditerranéen appartient à la même culture Nord africaine
    Elle complètement différente de celle du moyen orient qui appartient plus à la culture asiatique.
    D’ailleurs l’arabe est entrain de salir la planète avec son mode de vie et ses croyance, c’est une race qui s’accapare le bien des autres par la ruse, le mensonge, et la prophétie.
    Les arabes sont incapables de produire quelque chose, d’organiser des choses, de planifier que la mort et la désolation
    Les arabes ne font qu’interpréter les découvrent dans leur religion en ajoutant une étiquette :soubhanallah
    Vos Douk tours es Khori accèdent aux nombreuses universités du monde arabo-khorti par la triche.
    D’ailleurs ces jours ci, c’est le grand souk du BACC en Ane-algerie
    Vous êtes juste capable par votre culture Arabo-islamistes de produire des terroristes mercenaires (envahisseurs) payés par des Houris (je pense 72 chacun) dans l’au delà par votre Godot.
    Vous êtes la honte et le cancer de l’humanité. Taisez-vous.

  6. Anonymous
    May 19, 2014 at 12:57

    Sans commentaire! vous dites des sottises. Pour quoi vous mélangez entre les langues et les religions? La langue doit renvoyer à l’origine, mais la religion peut être embrassée à tout moment!

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