Qui est le salaf du salafiste ?

Quand on regarde les salafistes qui surgissent actuellement en Tunisie, à la suite des islamistes voleurs de printemps «arabe», on comprend qu’il s’agit d’une question de sexualité et d’esthétique : affreux, laids, criards, méchants et promenant une sorte de religion du thanatos et du refus de vivre et de laisser vivre les autres. Ce n’est pas un courant politique mais une maladie, une infection. 

par Kamel Daoud

Question de fond : les salafistes descendent-ils du Salaf (ancêtre) ? Qui est le père du salafiste ? Son pays ou une idée ou une chevelure ? Car les salafistes sont de grands nostalgiques, armés de gourdin et de sabres : ils croient que le passé de la région leur ressemble : hargneux, sans musique, sans femmes, violent, colérique et hirsute et mal habillé avec des pantalons courts et de la langue longue. C’est faux bien sûr, sinon, comme l’a dit un ami à un ami, l’Islam aurait fini en une Daïra à la Mecque et pas en un empire. Du coup, la question, autrement : si les salafistes ne viennent pas du passé mais essayent de monter sur son dos, ni du futur qu’ils évitent, d’où viennent-ils ? Du présent. Ils sont fabriqués ici, hand made, par les régimes, les wahabites, les dictatures et les écoles et les livres. Des produits locaux dérivés du manque de tendresse, de contact avec les femmes et les arts, d’élégances, d’éducation humaine et de liberté d’aller au cinéma en couple ou en groupe. Ce sont des humanités frustrées converties en idées violentes et en barbes piquantes. Quand on regarde les salafistes qui surgissent actuellement en Tunisie, à la suite des islamistes voleurs de printemps «arabe», on comprend qu’il s’agit d’une question de sexualité et d’esthétique : affreux, laids, criards, méchants et promenant une sorte de religion du thanatos et du refus de vivre et de laisser vivre les autres. Ce n’est pas un courant politique mais une maladie, une infection.

Un salafiste rêve du désert, du vide, de l’asexué public, de la non-mixité même entre les fruits, et de croyances imposées par les cheveux et pas par le cerveau. Un salafiste frappe, s’emporte, a un drapeau noir et veut tuer ce qui n’est pas lui tout en étant l’ombre d’un être qui n’a jamais existé : le salaf. L’ancêtre. Pourquoi cette maladie ? Cela arrive quand on doute son passé et qu’on n’a pas de présent et qu’on a de la terreur devant l’avenir. C’est alors que l’on bascule vers les origines présumées : le moment zéro arabe, l’instant pur, l’exact point où l’histoire n’était pas encore une dégradation et une faiblesse humaine. Donc, ce ne sont pas des êtres humains mais des morts-vivants.

Peut-on convaincre un salafiste ? Non, il s’agit de le guérir. Comme a dit un ami, il faut lui caresser les cheveux avec une main de femme belle, lui dire des mots tendres et le frapper pour le réveiller. «On est ici, en 2012, pas en 2012 avant JC». Car un salafiste a peur et tue à cause de ça. Il veut revenir à avant le temps mais dans une voiture inventée par le temps : voyez son discours : il appelle au djihad contre la modernité dans un haut-parleur fabriqué en Allemagne. Il utilise internet, le téléphone portable, la photocopieuse, l’avion et le savon. Mais refuse ce qui va avec : la liberté, le corps, la femme, la tolérance, l’Occident et l’équation et le LCD. Donc c’est un être piégé entre son vœu de ne pas exister et sa condition d’existant. Dans le langage de Heidegger, on dira que c’est un «Etant» pas un être. Question pratique : que faire d’un salafiste quand il veut faire de vous un salafiste ou un tabassé ? Pas de solution collective : frapper le premier, le dernier ou entre les deux. Le salaf du salafiste n’est pas le Prophète ni la Médine, mais le dictateur qui l’a fabriqué dans les écoles du conservatisme, les universités des débiles et la télévision de la fatwa et la rue du refus de l’autre. Le véritable salaf du salafiste, c’est le dictateur «arabe» et le wahabite de l’Arabie. Pas l’Islam.

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