Bouteflika vs Boudiaf

Ce en quoi Boudiaf est différent

Bouteflika a fait l’erreur fatidique de s’offrir et de nous imposer, par viol des consciences et de la constitution un 3ème mandat.

 

par Kamel Daoud
Boudiaf, héros du net algérien, des enfants facebook. Curieusement, le Président assassiné a eu des arrière- petit-fils qui voient en lui un héros, un homme propre dans un pays sale, un mort qui donne de l’espoir et qui continue d’agir, alors que ces jeunes n’étaient même pas nés, quand il a été ramené, emballé, tué et livré à la terre nationale et au ciel de personne. La raison ? Plusieurs dont la première et l’essentielle : Boudiaf est un anti-Bouteflika, un contraire, un portrait inversé.

A noter donc en premier, que les deux sont venus par avion (moyen d’élection premier en Algérie), mais l’un d’eux est mieux vu que l’autre. Curieusement, par partage de générations : Bouteflika est apprécié par les anciens, les vieilles et vieux, la génération obéissante de Boumediene, les nostalgiques. Boudiaf c’est le héros des plus jeunes, la génération Tarek Mameri, les internautes libres, les gens jeunes qui veulent prendre le Pouvoir, le pays par le torse, la route et l’avenir. Boudiaf a eu un rideau derrière le dos, Bouteflika l’a en face, entre lui et son peuple. Le premier parlait beaucoup aux Algériens, le second à peine et presque plus. Boudiaf a été le fondateur du FLN, Bouteflika est son propriétaire. D’où le malaise. Boudiaf a été tué, Bouteflika tue le temps. Boudiaf parlait en algérien aux Algériens, Bouteflika parle en arabe à ses propres souvenirs.

Autre chose ? Oui. Les six mois de Boudiaf lui ont donné cette brièveté des stars qui meurent jeunes et au sommet de la gloire, en fabriquant leur mythe. Bouteflika a fait l’erreur fatidique de s’offrir et de nous imposer, par viol des consciences et de la constitution un 3ème mandat. Boudiaf semblait sincère. Bouteflika semble surtout en colère contre quelque chose qui s’est passée en 1979 et qu’il nous fait payer et dont il nous accuse, sans cesse. Boudiaf aimait les jeunes. Bouteflika les redoute ou les méprise. Boudiaf tournait le dos à ses meurtriers là où Bouteflika nous tourne le dos à nous. L’un est mort depuis vingt ans, l’autre l’a été pendant vingt ans, mais aux Emirats. Les jeunes générations voient en lui un Père alors qu’on les accuse de vouloir tuer le père. Boudiaf est un homme, un seul, un Algérien, le patron d’une briqueterie. En Bouteflika, ils voient un système, une caste, une famille, une région, un clan. Du coup, la confiance n’est pas la même. La preuve de l’honnêteté de Boudiaf c’est qu’il a été tué. Dans le pays des martyrs, la mort par mort et par assassinat est une déclaration de patrimoine, acceptée par tous. C’est la preuve que l’on mérite la vie.

Boudiaf est le Président que l’on rêve : sincère, parlant algérien, ouvert, aimant son pays pour sa terre et pas pour son pétrole, fier de sa nationalité, la nôtre, entier et avec une vision d’avenir qui veut rajeunir le pays et pas le faire vieillir. Cet homme ne nous a pas tiré dans le dos, ni en face. Il a pris la balle à la place de nous autres, même ceux qui sont nés après. Les Algériens jeunes le devinent d’instinct.

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