Ait Menguellet, nos stars et le pouvoir: like The Rolling Stones?

En admettant, pertinemment, que le festival de la chanson arabe n’a rien de culturel, mais tout idéologique, né de cette manie du pouvoir baathiste à avoir tendance à nous faire  négocier, en bons orphelins de notre héritage nord-africain, et  à n’importe  quel prix ,  notre   appartenance au monde arabe,

Si vous êtes berbère et fier de l’être, et que votre chanteur préféré qui vous a probablement  initié à la berbérité  se fait inviter par Khalida Toumi, version Anti-Messaoudi , pour chanter à un prix fort- disons 50 000 dollars- au festival de la chanson arabe, que souhaiteriez-vous qu’il fasse ?

1) Refuser carrément l’invitation quel que soit le prix à gagner

2) Aller chanter en berbère, encaisser l’argent, et se retirer sans rien changer à ses principes et son combat de toujours.

3) Chanter et sortir  avec un message à transmettre que la  “généreuse” Khalida veut délivrer à travers lui, en contrepartie du montant qui lui était tendu, et espérer ainsi gagner d’autres marchés à l’avenir.

Sans sondage à l’appui, on assume qu’une bonne partie de berbères  qui se respectent soutiendra la première option tout en tolérant la deuxième. La troisième, étant, en toute évidence, exclusivemement résérvée aux KDS.

Cet article a été publié pour la premiere fois en 2009, une année où la Kabylie a connu, en plus d’un “suffocant”  troisieme mandat présidentiel,  un nombre record  de  feux de forêt.

Difficile de défendre ce qui prend une allure apparemment indéfendable.

Mick Jagger

Auprès de notre lecteur, je prends le risque de resquiller en lui écrivant comme l’écrivait Jean de La Fontaine à une certaine duchesse : « Je t’écris ce récit qui risque de me nuire ». Les conflits d’intérêts, la force de l’argent qui s’impose dans un milieu qui se veut misérablement propre, les humeurs des uns et des autres qui s’agitent au grès du thermomètre entretenu par ces feux de forêts dans une Kabylie tout feu tout flamme, le tout orchestré par ce boute-feu de Boutef qui fait feu de tout bois. Tenter au prix de quelques arguments de réconcilier les Kabyles autour de leurs artistes est un pari du moindre sou mais qui prend, vu la noblesse de la chose, la peine d’essayer.

Si Ait Menguellet était mort (ce qu’on ne lui souhaite vraiment pas) à la dernière seconde qui avait précédé ses applaudissements à l’égard de Boutef, il aurait été probablement, aujourd’hui, élevé au rang de prophète par le peuple kabyle. Mais puisque Dieu lui a prêté vie, puisse la Kabylie lui prêter une seconde chance ou peut-être un autre état d’esprit pour renaitre à partir des débris de son image monumentale construite en 30 ans d’un parcours sans faute et détruite en l’espace de quelques petites secondes par l’explosion surprenante de la bombe ap…applaudissements. On a tous été choqués de voir pareille chose se produire. La Kabylie se trouve de nouveau divisée dans sa nouvelle façon de considérer son idole. Pour l’image d’Ait Menguellet, quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, les choses ne seront plus les mêmes. Lui qui n’a presque jamais eu de conflits avec son public, avait du mal à s’expliquer de façon convaincante. En essayant dans une de ses chansons de répondre à ses détracteurs il n’avait fait, en quelque sorte, que s’enfoncer davantage. La ligne de démarcation était consommée entre ceux qui lui seront fidèles et ceux qui lui tourneront le dos. La ligne de clivage entre lui et ses fans sera entretenue, d’autre part, par ces envieux qui l’attendaient au tournant et auxquels il avait fait de l’ombre pendant 30 ans. Pour les fidèles et les enfants de cœur qui n’arrivent pas à dissocier l’Étoile Filante (thin ighaven am ithri) de leurs amours de fenêtres, Lounis restera cette référence sans laquelle leur présent ne reconnaîtrait plus leur passé. Pour les amateurs des bouleversements de situations, il est temps que la société se fabrique un autre type de héros. Des héros qui gagnent.

La logique veut qu’aujourd’hui on ne peut se permettre de perdre de tels colosses de notre histoire, tout démolir et recommencer à zéro. Il est temps pour nous de se rendre compte qu’il y a comme une force malicieuse qui nous est antagoniste et qui tire de son coté nos idoles qui ont forgé notre conscience berbère. Après Ait Menguellet qui applaudit et qui chante c’est Idir et Zidane qui voyagent dans l’avion présidentiel, pour ne citer que ceux-là. C’est la première fois qu’on assiste à une telle entreprise en Algérie : Des politiques qui vont aller chasser en plein milieu de l’indomptable terrain de la pop culture. L’intelligence ne serait pas de perdre nos idoles à un président qui fait tout pour nous les confisquer, et réagir de la façon souhaitée par le pouvoir, mais de détourner cela en notre faveur et celle de nos artistes. Essayons de montrer à ce président qui a usé de la nappe pétrolière et de ses ruses implacables pour nous retourner contre nos artistes qu’on est moins dupe que ça et qu’il nous arrive, quelle que soit notre naïveté, de survoler les objectifs de la tromperie. Essayons de nous donner, à notre tour, de bonnes raisons de le faire. De pareilles situations se sont produites ailleurs sous des cieux moins opaques, essayons un peu de nous y inspirer.

Le jour où Mick Jagger, le King incontesté du Rock and Roll a accepté de devenir Sir Mick Jagger en se faisant décorer du titre de knight (chevalier) par la reine d’Angleterre, son soliste et meilleur ami Keith Richards avait crié au scandale de voir le leader du groupe, symbole mondial de la contestation, se faire décorer par Elisabeth II, cette reine d’un establishment qui leur a causé tant de problèmes tout au long de leur carrière. Ils ont failli même être jetés en prison pour une bonne période pour leurs chansons très controversées parmi lesquelles, la plus controversée de toutes, “Sympathy for the devil”. Ces mêmes Rolling Stones avaient déferlé la chronique en déclinant, auparavant, une invitation de la Maison Blanche lors de leur tournée américaine de 1994. La confrontation entre les 2 hommes a eté si violente qu’on avait cru, à un moment donné, provoquer la fin des Stones. Comment, en effet, le roi de la pop culture oserait-il accepter les honneurs de l’establishement. “It’s fucking paltry honor” (c’est un mesquin putain d’honneur) dira Keth Richards à Uncut Magazine. Mick Jagger repliqua que son ami et bandmate Keth, avait tout simplement pris un coup de jaloux (sour grapes). Serait-il la fin du Rock and Roll ? Les fans étaient aussi divisés entre la position de Keith Richards et celle de Mick Jagger. Keith Richards avait traité, dans Sixty Minutes de CBS, son ami Mick Jagger de bon gars qui a toujours eu ce défaut de prendre du plaisir à se retrouver, dans une piscine, entouré d’une bande de ass kissers (lèche-culs). Finalement, c’était sans rancunes de part et d’autre. Les Rolling Stones et leurs fans ont su voler au dessus de la tempête en continuant à chanter comme d’habitude pour les mêmes causes, en continuant à battre leurs propres records d’audience. La reine a fait son travail et nous continuons à faire le notre. Ils la remercieront pour ce geste tout en la renvoyant probablement à cette chanson qui n’arrête pas de faire son temps : “you can’t always get what you want”. Quant a notre vie, “it’s only Rock and Roll but, we like it”.

Puissent nos chanteurs, à l’image des Rolling Stones, accepter les honneurs de Boutef tout en continuant à chanter et à promouvoir notre langue et notre culture partout où il leur sera donné l’occasion de le faire. Ne serait-il pas malin pour Ait Menguellet d’aller chanter à Riyad, pour une bonne poignée de pétrodollars “ekker-mt a thiqvayliyin awimtiyid thacita… seg Mecca” ou de voir Idir s’enrichir davantage en chantant à la gloire du parti bâth de Damas “muqlegh thamurth u’mazigh Yugurthen walagh udhem-ik” ?

La chanson la plus controversée d’Ait Menguellet et, qui marque, dans l’histoire de notre mouvement revendicatif, le trop-plein – y compris chez nos hommes qui se contiennent le mieux – dù à des situations difficiles à contenir comme celle qui a consisté chez le pouvoir de l’époque, invariablement bâthiste, à envoyer des CRS, au mépris de tout respect du règlement international qui protège l’Université, à aller casser du Kabyle dans l’université de Tizi-Ouzou est, sans doute, la chanson Al Musiw où il (Lounis) devait fustiger ce type d’arabe sous sa forme arogante de croyant type qui veut imposer sa fraternite de supremaciste comme fardeau sur le berbere(el moumene dhagma an bessif yar ad agadir felli). Notre faiblesse a, de tout temps, résidé dans l’aptitude des forces extérieures à nous diriger les uns contre les autres, essayons de réussir la Réconciliation Kabyle à la barbe d’un président qui a raté sa Réconciliation Nationale.

Le Bon la Brute et le Truand

Dans l’ultime but de sauver l’Union entre nous et nos artistes, essayons d’envisager une issue de sortie en tenant à peu-près ce langage. Façon de donner un non-sens à nos frustrations réelles. Et puisque nous vivons une époque ou le châtiment corporel est banni , il est temps de remplacer l’expression qui “aime bien, châtie bien” par l’expression “qui aime bien agit bien”. C’est pas facile mais c’est révolutionnaire.

Dans le film « Le Bon la Brute et le Truand », Lee Van Cleef (le truand), dans son rôle de chasseur de prime clandestin, a été payé par une personne A pour aller tuer une personne B. Entre-temps, il entend que la personne B le cherche pour le même motif : Tuer la personne A. Après avoir reçu sur le champ l’argent de la personne B, il retire son revolver et le pointe sur elle lui disant : « cette personne, aussi m’avait chargé de te tuer et, moi, comme tu dois le savoir, j’ai toujours fait le travail pour lequel on me paye ». Il lui mit 2 balles dans la tète et s’en alla accomplir sa mission réciproque : Tuer la Personne A.

Comme l’argent n’a pas d’odeur, un billet de 10 dollars a toujours la même valeur, qu’il vienne de la reine d’Angleterre ou d’un petit soulard du coin, d’un frère musulman ou d’un communiste, qu’il soit vieux ou flambant neuf sa valeur est la même. Comme on ne peut pas condamner un architecte de se faire embaucher par une prostituée pour la conception du plan de sa villa ou de reprocher à un mécanicien de réparer la mercedes d’un trafiquant de drogue, on ne peut empêcher un chanteur de chanter ce qu’il ressent pour un groupe ou une institution qui le paye. Pourvu que son sentiment ne soit pas altéré par une considération matérielle ou morale. La morale de l’artiste ne consiste pas à vérifier la source de l’argent reçu mais se limite a faire honnêtement le travail pour lequel on le paye. Le réalisme juif a toujours séparé le business des autres considérations idéologiques.

Un tycoon américain, questionné sur son secret de la réussite dans les affaires, avait répondu qu’il ne faut jamais les mêler aux amis et à la famille. On voit bien des juifs fabriquer et vendre de très jolis Corans aux musulmans que ce soit au Caire ou a New York. Un Coran qui répond aux insultes talmudiques par des insultes et demie en plaçant les Juifs dans la lignée des cochons et des singes. Comme la conception de dieu est la projection de soi à l’infini, un dieu conçu par un méchant incarne la méchanceté infinie. Bref. Avec cet argent provenant des livres de coran et burkas qu’il a vendus aux musulmans, le juif envoie à chaque fin de mois un chèque pour aider l’état d’Israël à se battre pour son existence contre ces mêmes musulmans. Le congrès juif, de son coté, considère l’argent reçu comme venant d’un citoyen accompli. Business is business diront les businessmen qui ont besoin de pognon pour faire aboutir leurs projets. Dans des sociétés ouvertes au business, on ne parle plus de riches et de pauvres mais de gagnants et de perdants. Ait Menguellet et les autres chanteurs, en se rendant dans le concert qui n’a strictement rien de culturel, savent apparemment bien ce qu’ils font, du moins, on l’espère. Ce président qui manque d’imagination aussi bien qu’il déborde de perfidie, avait reçu une somme providentielle de la hausse soudaine et inespérée du prix du baril de pétrole qu’il ne sait plus quoi en faire. Il s’est retrouvé, notre président, dans les mêmes conditions qu’un clochard qui a gagné au loto. Que va -t-il faire avec une somme pareille ? Il va faire, notre clochard, un peu comme notre président. Satisfaire sa propre faim et sa propre soif et peut-être sa libido, construire la plus grande mosquée du monde dans les limites qui lui permettent de ne pas défier la Mecque, construire et distribuer des logements aux gens, organiser des galas internationaux, inviter les stars, leur donner leur avion personnel pour faire le tour d’Algérie, faire beaucoup de bruit pour être vu, lui l’assoiffé qui a une revanche à prendre sur le désert qu’on lui avait fait traverser contre le gout de l’aventure au moment où il s’était vu bien placé pour la fonction suprême comme successeur à son propre boss.

La sotte folie des grandeurs de Khalida Toumi

Notre président a de l’argent à dépenser, à jeter par les fenêtres. Faute de convaincre les hommes politiques des différents partis qui représentent réellement la voix du peuple, il s’est rabattu sur les artistes, timides et non préparés aux attitudes et jeux politiciens. Il a invité des artistes du monde arabe à chanter dans une ville berbéro-romaine qui n’a strictement rien d’arabe. Il les paie fort. Il a invité nos chanteurs et pas des moindres pour chanter et participer à la fête. Si nos gars refusent de participer, Khalida Toumi invitera toute une gamme de chanteurs de haute renommée à la place, sans pour autant rien diminuer de l’effet propagandiste du pouvoir. Monsieur Ait Menguellet et compagnie, sans être tout à fait épargnés de l’effet allégeance qu’on essaie de vous coller y compris parmi vos fans les plus acquis, vous avez peut-être et, on l’espère, bien compris la sotte folie des grandeurs de Khalida Toumi et de son allégeance rampante aux bâthistes distributeurs de privilèges. Vous vous êtes probablement inspirés du réalisme juif. Si c’est le cas comme on le souhaite fort bien, faites le travail pour lequel ces vantards et sots de bâthistes vous payent. Avec cet argent, vous irez dans vos villes et villages aider les organisations culturelles à se donner les moyens de faire du bon boulot, à aider les meilleurs éléments de votre lycée à accéder aux meilleures universités du monde. Aux yeux d’un Kabyle traditionnel, un kabyle honnête est un kabyle fauché qui n’a que la poitrine à exposer à l’ennemi. Nous vivons dans un monde de la plus-value où sans argent pour le marketing et la publicité, on ne peut faire les choses à la vitesse exigée par les évènements. “Enrichissez-vous” comme disait le film des gogo years “Wall Street” aux Américains. Comme disait une vieille chanson Kabyle “Win isân idhrimen am win isân afriwen (avoir de l’argent c’est avoir des ailes). Y a-t-il plus intelligent que de s’enrichir d’un bâthiste qui veut notre disparition, pour le combattre ? Go go Ait Menguellet and Cie, be rich, help youlself and help us. Le pétrole yekfina u yekfihum (le pétrole nous suffit et leur suffit).

Les journaux et les sites qui ne vivent que du bénévolat et qui n’arrivent même pas à se nourrir de ce qu’ils produisent n’ont à vrai dire pas grand chose à donner comme leçon aux Berbères qui ont saisi la force du capital. Ils ne font qu’exprimer, en toute naïveté, un sentiment réel de façon inefficace. Un monument comme Ait Menguellet qui avait débordé dans les années 80 lorsque les CRS avaient massacré les étudiants à l’université de Tizi-Ouzou et qui avait culminé en exprimant sa révolte à l’égard de l’arabiste dans sa chanson “A lmus-iw” est un monument à entretenir du fait qu’à ses briques adhère le ciment de nos réalités, celles qui font qu’aujourd’hui on continue d’exister. En 1992, il avait bravé la menace des intégristes en chantant dans la salle Atlas à Alger. Il avait signé la libération des détenus du printemps noir. Que lui demande-t-on de plus ?

                                                        La dignité et l’intelligence de s’ enrichir sans allégeance

Ait Menguellet et Idir ne sont que des chanteurs qui revendiquent leurs cultures et qui font leur business dans la chanson. Ils ont l’art et la manière de sensibiliser tout un peuple par la qualité de leurs chansons comme le faisait Bob Dylan ou Arlo Guthrie dans les années du mouvement anti-culture américain. Ils nous ont jamais promis quelque chose et leur part de risque et d’engagement, ils l’ont assumée à travers le contenu de leurs chansons. Ils font partie de cette catégorie d’artistes universalistes qui chantent ce qui est juste et salutaire pour l’humanité toute entière, ils aiment l’exprimer à travers la chanson qu’ils aiment partager avec leur public. Qu’ils boivent du whisky ou du soda, qu’ils soient pieux ou athées, qu’ils soient mariés ou célibataires, divorcés ou remariés, on les juge que par la qualité de leurs œuvres et le sentiment qu’elles produisent en nous. S’il y a quelque chose à reprocher à quelqu’un c’est plutôt à nos politiciens qui nous demandent de les suivre, de leur faire confiance, de voter pour eux, de manifester pour eux et une fois au pouvoir, ils rejoignent les rangs et les idées de ceux qu’ils avaient toujours combattus en se servant de nous.

Allons, laissons s’enrichir nos artistes, ce n’est pas malin de vivre pauvre dans un monde de sots qui a de l’argent à jeter par les fenêtres. Pourvu que votre combat continue. Like the Rolling Stones.

Rachid C

http://www.lematindz.net/news/2770-ait-menguellet-bouteflika-et-the-rolling-stones.html

1 comment for “Ait Menguellet, nos stars et le pouvoir: like The Rolling Stones?

  1. Anonymous
    August 2, 2012 at 15:51

    Yella w aya a Da Rachid

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