Curiosity : la piste de la vie sur Mars

Ce 6 août, à 7h31 (heure de Paris), après un voyage interplanétaire de plus de 8 mois, la mission Mars Science Laboratory (MSL) arrivera enfin à destination de Mars. Comme évidemment rien n’est laissé au hasard dans le scénario de l’atterrissage du rover Curiosity, la NASA a déjà illustré l’intégralité de la séquence sur cet impressionnant film en images de synthèse.

 

 

 

Curiosity : la piste de la vie sur Mars

 Qu’il y ait eu de l’eau sur la planète rouge, c’est une certitude depuis la mission européenne Mars Express. Le rover Curiosity va maintenant tenter de détecter du carbone, l’autre élément essentiel à l’émergence de la vie, telle que nous la connaissons sur Terre. De quoi remonter la piste du vivant sur Mars…

Une tempête de poussière sur Mars, au-dessus de la plaine d'Utopia Planitia. NASA/JPL-Caltech/MSSS

Une tempête de poussière sur Mars, au-dessus de la plaine d’Utopia Planitia. NASA/JPL-Caltech/MSSS

La certitude qu’il y a eu de l’eau sur Mars

Curiosity est le héros de la nouvelle mission de la NASA, baptisée Mars Science Laboratory (MSL). Ce rover doit atterrir lundi 6 août à 7h31, heure française, sur la planète rouge. Avec lui, c’est le gigantisme version robotique qui débarque sur Mars. Il faut dire que les scientifiques sont de plus en plus exigeants. « Jusqu’à présent, explique Francis Rocard, l’objectif des robots martiens était de suivre la piste de l’eau. » Depuis le début de l’exploration martienne, en effet, la question était de savoir si oui ou non notre planète voisine avait connu, par le passé, des paysages océaniques. Aujourd’hui, l’essentiel de la communauté des spécialistes n’a plus de doute à ce sujet, grâce essentiellement à l’instrument OMEGA, de la mission européenne Mars Express, qui a mis en évidence des minéraux sédimentaires et des argiles n’ayant pu se former autrement qu’en présence d’eau.

« Oui, il y a eu de l’eau sur Mars, affirme Francis Rocard, et même en quantités considérables. Nous pouvons le constater en termes d’effets mécaniques d’érosion, notamment à l’embouchure de Valles Marineris, dont les reliefs ont été modelés par des trombes d’eau colossales. » Grâce aux données d’OMEGA, l’astrophysicien Jean-Pierre Bibring de l’institut d’astrophysique spatiale à Orsay a ainsi pu reconstituer une échelle géologique qui situe cet épisode du « Déluge martien» dans les tous premiers âges de la planète, à une époque qu’il baptise « le Phyllosien ».

Ainsi, dans ses premières centaines de millions d’années, la Planète rouge devait jouir d’un champ magnétique global qui lui garantissait le maintien d’une atmosphère et d’un effet de serre suffisant pour maintenir l’eau martienne à l’état liquide. Mais ces tombereaux d’eau, qui ont formé des mers et creusé des vallées fluviales, où sont-ils passés ? L’essentiel de cet élément vital s’est sans doute échappé dans l’atmosphère à l’ère suivante (le Theiikien, selon la dénomination de Jean-Pierre Bibring), lorsque le champ magnétique global a disparu. Néanmoins, des quantités importantes d’eau gelée pourraient être encore piégées dans le sous-sol de certaines régions.

Sur la piste du carbone martien

L’imagination s’emballe dès lors : si eau il y eût un jour, peut-être des Martiens en ont-ils profité pour naître ? Avant de se mettre sur la piste de ces fantasmatiques E.T., tempère François Rocard, « il faut d’abord se mettre sur la piste du carbone. » Un autre élément essentiel à l’émergence de la vie, telle que nous la connaissons sur Terre. « L’objectif de Curiosity, précise Francis Rocard, est aujourd’hui de détecter du carbone non oxydé, ce qui reste inédit jusqu’à présent. » Pour cela, le robot va analyser par dizaines des échantillons rocheux. Avec pour première arme, un outil tout droit issu des romans de science-fiction : l’instrument nommé ChemCam, mis au point par une équipe de Toulouse et installé au sommet du mât . L’oeil vidéo et l’oeil laser de Curiosity devraient ainsi lui permettre de repérer de loin les bonnes cibles. Il pourra alors, en quelques tours de roues, s’en approcher et prélever des échantillons grâce à son bras manipulateur ou à sa foreuse.

Où l’on pense déjà à l’après-Curiosity

La suite logique de la mission MSL « serait cette fois de suivre la piste de la vie », note Francis Rocard. Mais là c’est une autre paire de manches. Car c’est une mission qui devra se faire en trois étapes: une première pour ramasser les échantillons choisis soigneusement par des robots encore plus futés que Curiosity, une deuxième pour transporter le coffre de la récolte en orbite et une troisième pour aller le chercher en orbite et le ramener sur Terre. « Soit un projet qui pourrait coûter 10 milliards de dollars, souligne Francis Rocard : de quoi effrayer sérieusement les décideurs américains en ces temps de crise. »

Sylvie Rouat
Sciences et Avenir

http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/espace/20120803.OBS8904/curiosity-la-piste-de-la-vie-sur-mars.html
03/08/12

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