Marche homme libre!

Oeuvre de Hocine Ziani

Marche homme libre!

 

 

Quelle lumière connais-tu?

Peuple affamé par la solitude

Qui parcourt la ville de tes douleurs ataviques

Cesse d’habiter dans les ruines de ta mémoire!

Quelle chanson fredonnes-tu?

Hormis la mélodie mortifère

De mourir avant de vivre

Tu es sorti du temps

Rien ne traverse ton ciel

Même pas les oiseaux migrateurs

Ils auraient lavé tes joues azurées

De quelques larmes

Vois tes poètes et tes peintres

Tes vendeurs de fleurs et de rêve

Tes lèvres aurorales

Qui lavent du baiser

Tes champs séchés par l’oubli de durer

Durer pour écrire l’horizon

Avec les lettres rassasiés d’aube

Le matin de la naissance de la plume

Qui féconde le jour de la nuit

Regarde!

L’eau de tes yeux

Traverse le futur

Pour le laver de son amnésie

Afin qu’y éclosent

Les pétales de ton auguste mémoire

Pour couronner la fleur

Échinée sous les jougs

De la honte du Je

Tu étais grand naguère

Naguère avant l’aliénation

De tes champs de blés

De tes figues et oliviers

Dans la dune au pied de laquelle ton âme a cessé

De mendier des clairières pour tes forêts

De renoncements…

Marche homme libre!

Marche vers toi

Tu t’atteindras un jour

Dans un futur lointain

Car, il est une mémoire

Qui t’ouvrira sur le possible du Moi

Le Moi régénérateur

Au même temps qu’horizon

Marche déjà pour t’atteindre

Un jour dans un futur lointain

Jadis…

Je dormais sur le laurier aliéné

Qui me substitue le rêve

Pour l’incapacité à habiter en moi

Moi l’Amazigh homme libre

Une idéologie a allumé le feu à l’orée de mon Je rebelle

Je m’affranchis enfin du feu

Dieu m’est d’emblée la terre et la prairie

La mer et ses innombrables fééries

L’audace d’aller m’explorer aux fins fonds de moi

Ici, à la marge de mon su

J’ai découvert une prison

Où j’ai allumé une lumière

Pour une fois qu’elle ne soit pas celles des caves où l’on torture

La lumière a enfreint les encoignures

Et en a extrait le Moi rebelle et enterré

Pour le libérer du Nous négateur

Je redeviens Jugurtha

Dans l’aube du Je

Le Je affranchi

Qui court sur l’herbe sèche

En chevauchant la frondaison de sa liberté

Marche homme libre!

Ta marche est ton écriture

Dans l’ardoise du destin

 

 

Le musicien rebelle

(Hommage à Matoub Lounes)

Le sanglot coule

Dans le ruisseau du fil

Huile sur toile de Matoub Lounes du peintre québécois Louis Runemberg

S’écoule le chant

Qui touche le cœur

Dans la plaie de sa mémoire

Le rebelle caresse sa mandoline

La chanson sculpture du silence

Une Venus de mots et de sourdine

De chœur et de mélodie

Il n’a pas peur

Il a peur juste de la peur

Qui fait plier le genou

Fait cesser de durer debout

Le temps a coulé

Feu le temps

Dans le trou noir

De l’absence éternelle

Tu t’accroches toujours pourtant

Révolution du temps

Présence dans l’absence

Un doigt dans l’œil du trou noir

Qui croyait faire taire

Le silence inspirateur

Ton poème nous a remplis d’avenir

 

 

H. Lounes

 

 

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