JO : le sport échoue, le pouvoir marque

La participation algérienne aux JO de Londres s’est achevée par l’abandon, à mi-course, du marathonien national. Il clôt ainsi une succession d’échecs retentissants : la plupart de nos représentants n’ont pas opposé le minimum de résistance à leurs adversaires ou fait montre de la moindre endurance dans les épreuves.

La participation algérienne aux JO de Londres s’est achevée par l’abandon, à mi-course, du marathonien national. Il clôt ainsi une succession d’échecs retentissants : la plupart de nos représentants n’ont pas opposé le minimum de résistance à leurs adversaires ou fait montre de la moindre endurance dans les épreuves.

Dans ce vide sportif, un athlète s’est distingué en arrachant, de fort belle manière, la médaille d’or des 1 500 mètres. Mais ce remarquable exploit aura lui-même été entaché d’une polémique, fruit d’une gestion approximative et finassée qui obligea notre coureur à abandonner dans une course avant de se surpasser dans la suivante, le lendemain.

La plupart des trente-neuf athlètes emprunteront donc des voies discrètes pour rentrer, n’ayant pas rapporté les arguments qu’on attendait d’eux pour célébrer l’ingéniosité d’une politique sportive qui n’existe pas.

Mais qu’à cela ne tienne ! Pour la gloire, une seule médaille d’or qui, plus est, suffira. Comme en 2010, quand un but avait suffi pour justifier un accueil théâtralement triomphal à une équipe qui n’en marquait presque jamais et qui sera classée, quelques semaines plus tard, avant-dernière attaque du Mondial. C’est tout un programme protocolaire et festif qui a été apprêté pour l’arrivée de Makhloufi. Et même pour le lendemain de l’arrivée. D’ailleurs, la foule, avide de motifs de fierté, sera là, spontanément soulevée par ce succès, maigre mais succès quand même.

Qui pourra contester le geste de fêter le retour de notre héros de Londres ? Une fois toute éventuelle objection révoquée par cette tacite mise en demeure, place à l’accueil ministériel, au périple sur bus à impériale, aux bains de foule et de réceptions officielles, le tout retransmis en direct par l’Unique qui sait mettre les grands dans ce genre d’opérations propagande. Elle nous montrera la célébration d’un triomphe qu’elle n’a pas pu nous montrer.
De toute manière, Makhloufi lui-même, et si l’on en croit son manager, est entré presque en intrus dans l’élite sportive officielle. Ce ne sont pas les sportifs prometteurs qui intéressent le pouvoir mais les sportifs utiles. Si c’était le cas, on le verrait à l’école : tous les enfants sont des sportifs potentiels. On le verrait dans les quartiers et les cités : pas un équipement digne de ce nom. Même la capitale ne dispose pas d’infrastructures sportives de standard international.

S’il n’existe pas de politique nationale du sport, la politique nationale a besoin du sport. En plus de donner, à l’occasion, prétexte à exalter la politique générale du régime, il entretient des milliers de carrières florissantes de dirigeants et constitue un des terrains de jonction entre les affaires et la politique. Mais, maintenant qu’on en est arrivé à acheter des espaces publicitaires dans des journaux d’audience internationale pour vanter les “réalisations” du régime, il n’y a plus de doute : la propagande est une activité officielle prioritaire. Gageons qu’à partir d’aujourd’hui, le pouvoir, depuis plus d’un mois en léthargie estivale, se réveillera pour la circonstance et que beaucoup de responsables qui n’ont pas vu ce qui s’est passé à Londres viendront disputer leur part de caméra des grands jours.

Le sport ça sert aussi à ça.


Mustapha Hammouche In Liberté du 13.08.2012

musthammouche@yahoo.fr

Leave a Reply

Your email address will not be published.