L’Autonomie de la Kabylie, ou la Réponse d’un Peuple Touché dans son Amour Propre (3)

 

À l’obsession baathiste à nous faire disparaître doit correspondre, à l’autre bout du spectre, une obsession berbériste à nous faire exister et s’épanouir en tant que nous-mêmes. C’est ça le rôle de Ferhat Mehenni duquel on ne doit pas s’attendre qu’il soit forcément un gars à notre goût ou à nous faire sortir de la crise économique. C’est une force qui va et qui pousse au milieu de tous les périls le chariot de toutes ses forces vers notre destination finale, et c’est ça le plus important.

Dans de pareilles situations, c’est le fond qui compte le plus, l’art et la manière sont un luxe qu’on peut occulter. Les nationalistes qui nous ont ramené l’indépendance n’étaient pas de parfaits gars, non plus, les Algériens les ont suivis par rapport à la noblesse de leur cause et la sincérité de leur combat. On les a pris pour les héros de la cause algérienne et ils l’étaient à forte raison, abstraction faite sur toutes les considérations liées à leurs attitudes ou autres traits de caractère. Pourtant, vus de près,
beaucoup d’entre eux se sont avérés, dans leur gestion de l’Algérie libre être d’abominables opportunistes, voire de véritables lèche-bottes incapables de prendre une décision ferme devant l’évidence d’une dérive à tel point qu’on a du mal aujourd’hui à les imaginer avoir, un jour, dans leur vie, été susceptibles d’un quelconque héroïsme. Et, pourtant, héros, ils l’ont été.

 Ferhat Mehenni se présente, aujourd’hui, comme un héros de la cause berbère, il revient à tout Kabyle qui se respecte comme tel, de l’aider ou du moins de le soutenir dans ses efforts à nous faire sortir de l’ombre. Sans cette sincérité et cette rage d’exister qui lui collent aux veines, il aurait été, à l’instar de Khalida Messaoudi qui s’était bien foutue de nous dans sa version Toumi, tributaire d’une villa au bon air des hauteurs d’Alger avec un fils, Ameziane, sur les hauteurs du pouvoir plutôt qu’au fond de la tombe. Aux yeux d’un tel pouvoir, le meilleur des Kabyles est un Kabyle corrompu, masochiste, qui travaille pour l’effacement de sa race. Ferhat Mehenni a vraiment donné à la cause berbère au point de mériter, à nos yeux, le titre de figure charismatique. Il faut à tout prix lui excuser ses dérives car, avec un relief aussi accidenté et aussi miné par les autorités baathistes, le chemin vers la dignité berbère est tellement escarpé qu’il est impossible de se le frayer suivant une ligne droite.

Dans de telles situations, tous les égarements sont permis et pardonnés, le plus important c’est de ne pas perdre de vue « The Final Destination ». Après tout, quelqu’un qui pense être en mesure de dénigrer Ferhat Mehenni, qu’il me donne le nom de son modèle révolutionnaire, je lui garantis, moyennant quelque documentation, de lui fournir la liste de ses défauts, égarements et dérives. Karl Marx, lui-même, anticapitaliste et juif errant qu’il était, était pris en charge, lui et sa famille en Angleterre par la petite industrie du Père de son ami Frederik Engels. Et parait-il il avait même trahi sa femme quand celle-ci   était contrainte de rentrer en Allemagne pour ramener de chez ses parents quelques deniers pour subsister.

 Marx est mort sans un sou dans la poche et seulement 11 personnes avaient assisté à son enterrement. Il a utilisé l’argent d’un capitaliste pour réaliser son rêve communiste comme selon la formule musulmane : la guerre c’est la ruse ou, machiavélique, la fin justifie les moyens. L’histoire ne l’aura pas jugé sur les moyens mais sur la fin. Pour parvenir à son Manifest Destiny façon kabyle, notre révolutionnaire ne dispose que de son verbe, de sa guitare et de sa plume  alors que, partout dans le monde, les peuples dans la même situation que nous utilisent des moyens plus musclés pour se faire entendre. Abu Nidal lui-même disait que la cause palestinienne a besoin de publicité, positive ou négative, peu importe. Pour les occidentaux, il était l’un des plus grands terroristes de tous les temps et pour les régimes obsédés du panarabisme, parmi lesquels le nôtre qui nous opprime culturellement, il était un héros.

Nous, aussi, le nationalisme arabe doit nous inspirer à bien des égards. En Amérique, on dit souvent que si votre fils résiste à la dissolution dans l’Américanité, il y’a de très fortes chances que  votre petit-fils n’y échappe pas. Cependant il est admis que ceux qui tiennent le plus à leur race et à leur culture sont les juifs, les italiens et les arabes. Regardons comment ils soutiennent Omar El Bachir… inconditionnellement. À regarder tous ces professeurs tlemcéniens qui savent bien ce que le mot Constitution veut dire, dans les universités américaines ou ailleurs se mobiliser pour soutenir leur candidat de tous les coups d’état pour un troisième mandat inconstitutionnel, de première évidence, on se rend compte que, nous les Kabyles, on demande trop à nos meneurs, on a une vision trop idéaliste de la définition d’un combattant, c’est pour cette raison, sans doute, qu’on a toujours eu du mal à s’autogouverner. On est comme à la recherche d’un messie ou d’un prophète, on manque de foi en nos hommes, et, comme nul n’est prophète en son pays, il faut bien qu’il nous soit venu d’ailleurs.

Notre salut est dans notre soutien inconditionnel aux forces avant-gardistes de notre mouvement. Tout effort doit s’ajouter en valeur absolue à la résultante de toutes les forces de notre mouvement. Coup de pouce ou coup de pied peu importe. Nous vivons dans un monde sans précédent en matière de conflits d’intérêts, dans lequel on n’est jamais mieux représenté que par soi-même. La naïveté à confier la défense de ses intérêts à quelqu’un d’autre et l’incapacité à ne pas savoir les défendre soi-même mènent à l’effacement dans tous les états de figure.

Comme faisait remarquer un Algérois, autrefois on disait “apparais au bon dieu nu, il te vêtira, aujourd’hui, si tu lui sors nu, tu vas mourir de froid”. Nous n’avons de haine pour personne mais peut-être de la colère contre ces gens aux commandes qui continuent à nous renier le droit d’exister dans les caractéristiques que Dieu nous a assignées. Une Algérie unie et indivisible où seront reconnus les
droits de tous et de chacun selon le principe “unir sans confondre, distinguer sans opposer” n’est possible qu’avec à sa tête un président qui aimera tous les peuples d’Algérie, chacun dans ce qui le caractérise, mais surtout pas un président qui promet du grabuge à 10 millions de Kabyles pour avoir insisté à revendiquer leur culture et qu’au même temps supplie une poignée de quelques centaines de terroristes de cesser de nous terroriser et de venir partager les gains providentiels avec nous.

Voyons à quel point notre président est décidé de cohabiter avec “le diable” plutôt que de donner à toute une région ce qui lui a toujours tenu tant à cœur. Quand je discute avec les gens du Darfour ou de L’Érythrée, ils ne comprennent pas notre mollesse par rapport à la revendication de nos droits. L’Érythrée, me disait mon ami Boutros, diplômé de l’université de l’Ohio, est un pays de 4 millions d’habitants qui a obtenu son indépendance en 1993 après trente ans de lutte contre l’empire mythique éthiopien qui compte 70 millions d’habitants. L’amharique, la langue sacrée des éthiopiens, n’est plus
notre langue. Et depuis 1994, l’Ethiopie s’est remise à l’évidence d’abandonner le principe de la langue officielle, et toutes les langues nationales, environ 80, sont reconnues par l’état. On y a opté, m’a-t-il dit, pour les langues nationales qui sont vraiment les nôtres, et qui s’appellent l’oromo, le somali,
le tigrinya, l’afar… La télévision nationale diffuse des programmes dans nos langues et dans plusieurs chaînes. Un peuple ne peut prétendre à la dignité sans se réapproprier sa langue et son histoire. Aujourd’hui, nous ne sommes, certes, pas plus riches qu’avant, mais nous nous sentons plus dignes et plus fiers de nous voir gérés par nous-mêmes. On se sent débarrassé de ce sentiment de lâcheté de se laisser injustement diriger par les autres dans ce qui ne regarde en premier lieu que nous-mêmes. On a rejoint, a-t-il conclu, l’idée d’un certain philosophe qui disait, à peu près ceci : “Mes idées ne sont pas meilleures que les vôtres mais, de grâce, laissez-moi commettre mes erreurs tout seul“.

Rachid C

Fin

Part I, Part II

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