Le PLQ ne sait pas à quel voile s’accrocher!

    Le moins que nous  puissions   dire de ce  cafouillage est que la position du PLQ sur la question de l’interdiction du port des signes religieux est confuse. Le PLQ  tourne en rond, son dogmatisme l’empêche d’élaborer un discours cohérent; il fait du surplace en donnant l’illusion qu’il bouge comme seul un mime excelle en la chose. C’est dire qu’il est faux de croire qu’il a évolué sur cette question comme certains journalistes le laissent  entendre pour embobiner les masses… 

Par Ali Kaidi

   Certes, le PLQ ne possède pas de réponses claires à cette question, mais sa tergiversation trahit sa conviction que la liberté religieuse prime sur l’égalité homme-femme.  

    Plus le débat sur la charte de la laïcité avance, davantage se dévoile, de manière grotesque, l’incohérence de la position du PLQ. À ce rythme, sa position serait  moins convaincante  qu’elle ne l’a  été avant le débat, car , avant celui-ci,  c’était facile pour le PLQ de développer un discours d’opposition sans arguments, surtout dans une ambiance médiatique favorable. Cependant, aujourd’hui, nous sommes dans une situation permettant aux citoyens et citoyennes de juger  par eux-mêmes de la justesse des arguments des uns et des autres. Le débat n’est plus dans la phase passionnelle  ou les accusations et les insultes sont plus persuasives que les arguments rationnels.

   Par ailleurs, nous ne pouvons ignorer qu’actuellement, le PLQ ne sait pas à quel voi(l)e s’accrocher! Son porte-parole en matière de laïcité, M. Tanguay, n’arrête pas de changer d’avis sur la question du voile, particulièrement le tchador. Tout le monde a remarqué, sans difficulté aucune, le discours d’abord apologique du tchador avant la volte face et la désapprobation du tchador. Il  construit ensuite déconstruit, énonce une position puis son contraire. Il ne sait plus lequel des voiles cache ou ne cache pas…

     Les défenseurs de la charte n’ont pas besoin de critiquer  la  position du PLQ, puisque ce dernier a chargé M. Tanguay d’exécuter cette mission  à leur place, et il le fait si bien, à notre humble avis. Cette instabilité  explicite est  pertinente, et comment elle ne peut pas l’être ? Une critique d’une opinion de l’intérieur est toujours plus efficace et originale que lorsqu’elle  est rejetée en bloc de l’extérieur par une autre opinion opposée. L’incohérence, la contradiction et le paradoxe sont des éléments qui fragilisent l’argumentation. Nous estimons sans exagération que  M.Tanguay ne cesse de prouver  sa compétence dans l’utilisation de ces éléments pour fragiliser sa position; nous ne pouvons pas nous  retenir de dire qu’il est un parfait opposant de la position du PLQ.

     Sur le plan intellectuel, M.Tanguay est un grand nomade; il ne se gêne aucunement de passer de la défense d’une thèse à son contraire avec le même état d’esprit et de conviction : il est  passé de «le Parti libéral accueillerait sans problème parmi ses élus une femme portant le tchador » à  « on considère que la demande d’une enseignante qui voudrait porter le tchador serait déraisonnable et ne serait pas acceptée» pour aboutir in fine à une solution très compliquée : l’ évaluation  «au cas par cas». Et pourtant ce passage s’est produit en traversant une zone de turbulences provoquée par la réaction de Fatima Houda Pepin qui s’est exprimée à ce sujet avec des mots très pesants en disant : «  Quand on connaît la signification du tchador et de sa variante afghane, le tchadri, comment peut-on justifier l’acceptation d’un tel symbole dans ce haut lieu de notre démocratie qu’est l’Assemblée nationale ? »  et aussi par la déclaration de Philipe Couillard, soucieux de l’intérêt de son parti, qui a rappelé à l’ordre ses deux députés pour éviter une crise politique certaine  en affirmant que «ce type de vêtement est incompatible avec l’action politique». Malgré tout cela, notre cher M. Tanguay persiste à naviguer dans le flou artistique, enfin à un flou artistique lui échappant totalement au contrôle du bon sens et de la cohérence.  

   Toutefois, si nous examinons de prés les propos de Philipe Couillard, nous trouverons que lui aussi ne déroge pas à la règle. C’est pour cela il n’a pas jugé  utile de nous expliquer en quoi le tchador, ce voile qu’il connait si bien en principe, est incompatible avec l’action politique.  Contrairement à Fatima Houda Pepin, il n’a  donné aucune explication à son opposition au port de ce genre de voile. À moins que le chef du PLQ  estime que cela est inutile parce qu’il pense que c’est évident. Ainsi,  comme toute évidence, cet énoncé  n’a pas besoin d’une explication. Or, à nos yeux, cela peut être vrai seulement dans le cas où nous admettons que pour Philipe  Couillard l’action politique est comme une course à pied et par conséquent il est tout à fait logique d’admettre que le tchador est incompatible avec ce genre d’activité parce qu’il gène le mouvement du corps. Nous sommes d’accord avec lui sur le fait que nous ne pouvons imaginer une athlète portant le tchador gagner les jeux olympiques. Bref, c’est clair, «l’incompatibilité du tchador avec l’action  politique»  n’est pas aussi évidente que Philipe Couillard le prétend; cet énoncé a besoin d’explications et d’arguments. Le PLQ ne fournira pas les arguments nécessaires pour consolider son refus de ce type du voile parce qu’il sait que les mêmes arguments peuvent être utilisés pour défendre l’interdiction du hidjab. C’est pour cette raison qu’il a manifesté une tendance à se contenter de critiquer le  projet de loi 60 en se focalisant  sur son aspect juridique, la médiatisation de la position du Conseil du barreau l’a énormément aidé pour nous faire oublier le  feuilleton saoudien du tchador.          

   Le moins que nous  puissions   dire de ce  cafouillage est que la position du PLQ sur la question de l’interdiction du port des signes religieux est confuse. Le PLQ  tourne en rond, son dogmatisme l’empêche d’élaborer un discours cohérent; il fait du surplace en donnant l’illusion qu’il bouge comme seul un mime excelle en la chose. C’est dire qu’il est faux de croire qu’il a évolué sur cette question comme certains journalistes le laissent  entendre pour embobiner les masses. Nous pensons  qu’il ne peut  pas évoluer  sur cette question sans qu’il perde son argument essentiel contre la Charte de laïcité. D’ailleurs Philipe Couillard a affirmé clairement la détermination de son parti  à  camper sur sa position en disant  « sur les signes religieux notre position ne changera pas ». Ce dogmatisme est le fond de sa position à l’égard de la Charte de Laïcité. En fait, à notre avis, cette confusion est le syndrome de leur dogmatisme au sujet de cette question . C’est ce dogmatisme qui explique la contradiction explicite de leur position non seulement envers le port  du tchador, mais aussi envers le hidjab; car en y pensant sérieusement  les deux voiles sont portés par des femmes qui disent qu’elles le font  pour des exigences religieuses. Or, il est certain que les deux voiles, si nous nous référons au coran, qu’elles ne le sont aucunement.

Marc Tanguay: député et porte-parole de l’opposition officielle (PLQ) pour la Charte de la langue française et en matière de laïcité

  Pour ou contre le tchador? La question est difficile à trancher pour le PLQ. Parfois, il est pour le port de ce type de voile, d’autres fois non. Sur quelle base il change d’avis? Nous pensons que cette instabilité est due essentiellement à sa position dogmatique face à la question du port des signes religieux en général et le voile en particulier, mais aussi à sa méconnaissance manifeste  de la signification du tchador envers lequel il avait  un penchant avant de recevoir une douche froide par l’intervention médiatique fracassante  de Fatima Houda Pepin .

  Dans un tel contexte, nous ne pouvons pas faire  l’économie de souligner que le tchador et le hidjab ont la même symbolique religieuse et que l’attachement des femmes à ces deux accoutrements est le même. Il  ne faut pas se cacher, se leurrer,  pour les défenseurs de ces   deux types de voiles, le corps de la femme doit être caché parce qu’il représente une source de pêchés. En plus, contrairement à ce que beaucoup de Québécois et de Québécoises pensent, principalement le PLQ qui semble avoir une opinion particulière à l’égard du tchador, ce dernier  peut être considéré comme un  signe religieux sans aucune ambiguïté,  car nous ne pouvons ignorer qu’il y a une secte religieuse qui voit que le port de ce type de voile est une exigence religieuse, le wahhabisme en l’occurrence. Cette religion est officielle en Arabie Saoudite, elle  exige entre autres  le port de ce type de voile. De plus, faut-il le mentionner, pour les adeptes de la religion dogmatique, il y a un consensus concernant  la question de l’obligation du port du tchador, n’en déplaise à ceux ou à celles qui défendent le voile en question au nom de la liberté. En fait, son obligation n’est pas l’objet de grandes discussions chez les oulémas ou même chez les profanes. Ainsi, il est impossible d’envisager une femme pratiquant  ce  dogme,  circuler dans des lieux publics et en présence des hommes sans  porter son  tchador.   Par contre,  le hidjab est revendiqué par des mouvements théologico-politiques, il est loin d’être une exigence religieuse reconnue par tous les musulmans. 

  Cette distinction entre les deux types de voiles montre qu’au nom de la liberté religieuse, il est plus facile  au PLQ de défendre le tchador que le hidjab, à moins qu’il considère les femmes qui le portent comme  des citoyennes moins importantes que celles qui portent le hidjab.

  Toutefois, si nous  employons  l’argument du PLQ, mais  aussi celui  QS, on sera forcé de voir  que les femmes qui portent le tchador risquent  aussi de perdre leurs emplois si la charte de la laïcité telle qu’elle est proposée aujourd’hui passe; elles ne seront pas épargnées par l’exclusion qu’ils dénoncent,  rien ne dit qu’elles ne seront pas  privées de l’opportunité de travailler dans la fonction publique ou d’être exclues si elles y travaillent déjà. Face à ce paradoxe, il est légitime, à notre sens, de s’interroger  en posant ces questions: où est l’argument de ségrégation à  l’emploi chèr au PLQ et à QS? Est-ce que la force de cet argument est relative à la taille et l’esthétique du voile? Pourquoi, ces défenseurs des signes religieux lâchent-ils les femmes qui portent le tchador aussi facilement? Accepter un type du voile et refuser l’autre n’est-il pas en soi une ségrégation et une stigmatisation d’une catégorie de femmes? L’interdiction du tchador n’est-elle pas une atteinte à la liberté religieuse? Que font le FFQ, QS et le PLQ pour défendre ces femmes? Est-il légitime pour eux d’être à l’origine d’une ségrégation et non pas au gouvernement ?

    Le PLQ  et ses complices ne feront rien pour  défendre les femmes portant le tchador parce que contrairement au hidjab, ce voile  est tellement visible (ostentatoire); le PLQ est conscient que la réalité à laquelle il fait référence est condamnée par la plupart des Québécois et que la défendre donc est une entreprise périlleuse. En fait, elle est indéfendable parce que,  comme l’a si bien expliqué le chef de la CAQ, «Le tchador, c’est plus qu’un signe religieux, c’est un signe qui démontre une certaine oppression de la femme, c’est un uniforme qui ne devrait pas être accepté chez aucun employé de l’État».

   Mais, contrairement à la CAC et surtout au PLQ, nous  estimons  que  cet argument est valable aussi pour interdire le hidjab, car celui-ci est un signe sexiste défendu par une idéologie qui ne croit pas à l’égalité homme-femme. Cette conclusion effraie le PLQ, c’est pour cette raison qu’il tergiverse entre l’interdiction et l’autorisation du port du tchador. Ainsi, les choses sont claires,  le PLQ ainsi que les «progressistes» de  QS, sont  pour le port d’un signe religieux sexiste. Il faut le dire clairement au moins par respect à la cohérence de leur argument et au bon sens que la gestion démocratique de la cité implique.  

Par Ali Kaidi