Les lettres de noblesse de Charlie Hebdo

   On ne badine pas avec le terrorisme. On le combat. Aussi bien sur le plan sécuritaire, que sur le plan de l’idéologie qui le nourrit. C’est de ce combat de tous et partout dans le monde que dépendent les lettres de noblesse de Charlie. Un combat qui vaut la peine d’être mené, plus que  jamais.

Par Kamel Merah

    Sale temps pour la liberté d’expression en ce début de l’année 2015. Un terrible attentat terroriste a décapité la direction de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo en France, le Mercredi 7 janvier 2015. Provoquant une vague d’indignation et d’effroi de par le monde.

    Ce n’est pas tout. En Libye, on annonce en ce jeudi 8 janvier 2015, la mort de deux journalistes tunisiens. Tués aussi par l’État Islamique. Le procédé est le même, le mobile aussi. Mais la médiatisation, elle, est différente. Ces deux vies humaines tombées dans le champ des plumes n’ont pas eu la même réaction. Pas même une bougie allumée à leur mémoire. C’est-à-dire que là-bas, dans le désert tuniso-libyen, la quincaillerie pour acheter un paquet de bougies  serait fermée, ou alors, pour cause de guerre, la cire est interdite de vente. 

    Durant la décennie 1990, en Algérie, les premières victimes de la horde terroriste, c’étaient des journalistes et des intellectuels. Le premier qui avait ouvert cette liste macabre était Tahar Djaout. Illustre écrivain, poète et journaliste. Un 26 mai 1993. La maison de la presse baptisée en son nom fut pulvérisée suite à l’explosion d’une bétonnière ambulante bourrée d’explosifs. C’était en 1994. La même année, comme à Charlie hebdo, l’Hebdo Libéré, a reçu la même visite funèbre. Un carnage. À chaque assassinat, le citoyen compatriote a battu le pavé pour dénoncer, a accompagné la dépouille comme le veut la tradition à sa dernière demeure. Il a allumé la bougie, mais à chaque fois avec un sentiment de deuil supplémentaire. Sans  solidarité ni pancarte.

   Au même temps, à quelques encablures du cimetière, après une petite mer, en Europe précisément, on a toléré les cotisations d’argent des barbus dans les mosquées pour envoyer le butin à la montagne, pour que les sbires du GIA, mué en GSPC, transformé en AQMI, pour prendre une forme non encore  finalisée de l’état islamique, continuent à tuer. Des caves se  sont constituées dans le sous-sol des mosquées à Londres et Paris, non  pas  pour prier mais pour endoctriner, bourrer les cerveaux des désœuvrés et servir de bombes humaines partout dans le monde.

   L’odeur du pétrole a l’odeur du sang coagulé qu’on a laissé trop longtemps avant de l’enterrer. Ce dernier  devient encore nauséabond, si on enterre sans bougies et sans fleurs et solidarité. Aussi, le pétrole est-il maléfique si on l’utilise comme échange avec des dictatures qui utilisent l’islamisme pour gouverner. L’or noir  vaut mieux  que le coquelicot. Toujours au nom de l’intérêt, de la protection de la personne là où elle se trouve pour se précipiter à donner une  rançon  en guise d’échange. Pour libérer un kidnappé. Sachant que cet argent sera  utilisé pour l’achat des armes à la place des crayons, des linceuls à la place des feuilles. On a vu des écoles religieuses ouvertes ici et là échappant à tout contrôle, sponsorisées par l’aide sociale, alimentées par les fournitures de l’Unesco. Ce mélange d’odeur et cet  échange illicite dans un décor incohérent se sont vus médiatisés  dans un vocabulaire indécent. La manchette du journal écrit et télévisé -sauf celles  de Charlie et de l’humanité- relate le terrorisme d’ailleurs dans un code sibyllin et subtil pour ne pas déranger le marchandage. Quand un éventreur de femme, fracasseur des têtes de bébés est mis hors d’état de nuire par une résistance armée, on dit qu’il est tué et non abattu. C’est comme si, ailleurs le terroriste qu’on abat était dans le bon chemin.

 Comme dit l’adage, à quelque chose malheur est bon. Le monde a changé de vision. Le 11 septembre, est passé par là et a changé la donne. Des lois sont votées. D’autres sont en cours de modification. ‘’The patriotic act’’ est encore en vigueur, et Guantanamo est encore ouvert. La tragédie de Charlie Hebdo, que certains ont déjà qualifiée de 11 septembre de la liberté de la presse aussi a marqué un pas important dans la compréhension du phénomène. Puisque déjà, on voit les comptes rendus journalistiques changeant de mots. Les délinquants, et les assaillants retrouvent leurs véritables identités. Ils sont terroristes. Et leur sort est fini : ils n’agissent plus, car ils ne sont plus neutralisés mais la prise de conscience est là. La mobilisation mondiale autour de Charlie hebdo en témoigne. Elle est prise à témoin. Le terrorisme est transfrontalier et est aux tentacules géants. Néanmoins, il reste l’odeur nauséabonde de concupiscence à éradiquer. Elle survit tel un virus qui se nourrit du cadavre. Elle se propage dans l’air pour provoquer des morts subites. On ne badine pas avec le terrorisme. On le combat. Aussi bien sur le plan sécuritaire, que sur le plan de l’idéologie qui le nourrit. C’est de ce combat de tous et partout dans le monde que dépendent les lettres de noblesse de Charlie. Un combat qui vaut la peine d’être mené, plus que  jamais.

 

 Par Kamel Merah

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