Printemps 80: Kamel Belkacem critique Mammeri, Mammeri lui répond

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el moudjahed

Quotidien National de Propagande et de désinformation

La presse algérienne des années Moustaches:
Sous-nommé le tout-va-bien, en France, El Moudjahid, en solo dans la presse algérienne de l’époque,  avait écrit en 1986: La Kasma de Oued Amizour a condamné l’agression américaine contre la Libye. 
ENTV:  En, 1982, en Espagne, lors du match de coupe du monde, Argentine-Hongrie, arbitré par l’algérien de Sidi Belabbès, Belaid Lacarne, sur l’écran de la TV apparaissait en Mondovision,l’image de la star argentine, Ardilès,  protestant sans insister une faute de moindre enjeu, sifflée contre lui au milieu du terrain. Lahbib Ben Ali, tout comme Kamel Belkacem, troubadour du système, dans sa version sportive, alors  commentateur du match, s’est permis ce  commentaire de mise en garde à l’adresse d’Ardilès: ” Sans commentaires monsieur Ardilès, celui-ci, c’est l’arbitre international, Belaid Lacarne.(bidoune niqach ya Ardilès, hadha el Hakam eddouali, Belaid Lacarne).
 Dans un système rentier qui nous paye pour dire du bien de lui, pour reprendre Jules Renard, on place ses éloges comme on place de l’argent, pour qu’ils nous soient rendus avec les intérêts.  Conviction? Néant.

Kamel Belkacem avait écrit ceci:

A la suite de l’annulation de la conférence prévue par Mouloud Mammeri et ayant déclenché les évènements du printemps berbère du 20 avril 1980, El Moujahid a pondu cet article :

Des étudiants du Centre Universitaire de Tizi-Ouzou ont exprimé leur mécontentement il y a quelques jours à la suite d’une conférence annulée d’un homme qui, pour prétendre être le chantier d’une culture berbère, n’a rien fait de tel comme contribution a son pays que rédiger un travail de “création intellectuelle sur la culture aztèque…” (1) avant d’accorder une interview à un quotidien Parisien où il confond inquisition chrétienne, monarchie marocaine et l’Islam et la Révolution algérienne.

On peut facilement comprendre pourquoi notre jeune génération a tout à gagner en se défiant de tels intellectuels (2). Les vérités d’un Kateb Yacine ou a un Malek Haddad, même si elles ne font pas l’unanimité, sont les actes de foi patriotiques, un désir profond de communier.
L’incident que certains milieux ont tenté de récupérer n’a, il faut dire, aucune commune mesure avec la tournure qu’il a prise.

Les valeurs arabo-islamiques fondamentales de notre société et, principalement l’Islam qui a trouvé le meilleur accueil en Kabylie, n’ont jamais été édifiées sur l’intolérance et le repli sur soi-même. La Nation algérienne a trouvé son unité dans sa diversité et si, à un moment donné, nous avions jugé avec une grande sévérité les passions non retenues de jeunes, enthousiastes certes, au nom de l’arabisation, il convient par ailleurs, en pareil cas de dire à ceux qui se réfugient derrière d’autres slogans, d’observer la plus grande vigilance à l’égard de ces slogans.
Au moment où la Direction politique, à l’écoute des masses prend en charge tous les problèmes des citoyens, afin de les résoudre de manière globale et juste, notre peuple n’a que faire des donneurs de leçons et particulièrement de gens qui n’ont rien donné ni à leur peuple ni à la révolution , à des moments ou la contribution de chaque algérien à la cause nationale était symbole de sacrifice et d’ amour de la patrie. La langue arabe – revendication de notre peuple – est notre langue nationale et il est tant qu’elle reprenne la place qui lui revient dans tous les secteurs d’activités du pays.

Nous ne pouvons en effet continuer à lier le destin des générations futures et notre indépendance à une langue étrangère qui fût la langue de nos oppresseurs, de notre dépersonnalisation.
L’arabisation, contrairement à ce qu’en pensent certains passéistes bornés et “Mac Cartyses” de la culture se traduira dans notre vie de tous les jours de façon réfléchie et révolutionnaire et avec l’adhésion de l’ensemble des Algériens. L’expérience nous a appris que toute tentative d’imposer quelque chose à notre peuple est vaine et relève d l’irresponsabilité.
La culture algérienne sortie, de ses ghettos, de ses inhibitions et de ses interdits – dus le plus souvent à quelques bureaucrates trop zélés qu’à autre chose- doit renaître grâce à l’apport des Algériens qui n’ont pas été engendrés quoiqu’en disent certains dans le berceau de la Rome antique ni dans ce du royaume du Macherek. Elle est l’expression d’une civilisation arabo-islamique qui s’est tondue harmonieusement dans les traditions et spécificités des peuples d’Afrique du Nord. Les plus grands acquis de notre peuple ne se sont pas réalisés à coups de slogans, ni contre volonté des masses populaires.
Kamal. Belkacem.

Mouloud Mammeri, sans nommer le torchon, a réagi en écrivant cette lettre, qui n’avait jamais été publiée :

Dans la page culturelle du n°4579 de votre journal, en date du 20 mars 1980, vous avez fait paraître un article me mettant directement en cause, sous le titre « Les donneurs de leçons ». Le texte contenant un certain nombre de contrevérités, je vous prierai de faire paraître ce rectificatif dans la même page de votre prochain numéro. Sur les allégations me concernant personnellement, je fais l’hypothèse charitable que votre bonne foi a été surprise et que ce qui ailleurs s’appellerait mensonge et diffamation (et serait à ce titre passible des tribunaux), n’a été chez vous qu’erreur d’information. Il va de soi que je n’ai jamais écrit dans L’Echo d’Alger l’article mentionné dans votre texte.

Il va sans dire que je n’ai jamais eu à refuser de signer le mystérieux manifeste de 1956 que vous évoquez en termes sibyllins. Je serais heureux néanmoins que cet incident soit pour vous l’occasion de prendre une dernière leçon sur la façon même dont vous concevez votre métier.

Le journalisme est un métier noble mais difficile. La première fonction et à vrai dire le premier devoir d’un journal d’information comme le vôtre est naturellement d’informer. Objectivement, s’il se peut, en tout cas en soute conscience. Votre premier devoir était donc, quand vous avez appris ces évènements (et non pas dix jours plus tard) d’envoyer un de vos collaborateurs se renseigner sur place sur ce qui s’est passé exactement afin de le relater ensuite dans vos colonnes.

Vous avez ainsi oublié de rapporter à vos lecteurs l’objet du mécontentement des étudiants. Cela les aurait pourtant beaucoup intéressés. Cela leur aurait permis en même temps de se faire une opinion personnelle. Ils n’ont eu hélas droit qu’à la vôtre. Vous auriez pu pourtant leur apprendre qu’il est des Algériens pour penser qu’on ne peut pas parler de la poésie Kabyle ancienne à des universitaires algériens.

Nous sommes cependant quelques-uns à penser que la poésie kabyle est tout simplement une poésie algérienne, dont les Kabyles n’ont pas la propriété exclusive, qu’elle appartient au contraire à tous les Algériens, tout somme la poésie d’autres poètes algériens anciens comme Ben Msaïeb, Ben Triki, Ben Sahla , Lakhdar Ben Khlouf, fait partie de notre commun patrimoine.

En second lieu, un journaliste digne (et il en est beaucoup, je vous assure) considère que l’honnêteté intellectuelle, cela existe, et que c’est un des beaux attributs de la fonction -même et surtout quand on écrit dans un organe national- là, moins qu’ailleurs, on ne peut se permettre de batifoler avec la vérité. Je parle de la vérité des faits, car pour celle des idées, il faut une dose solide d’outrecuidance pour prétendre qu’on la détient. Mais visiblement pareil scrupule ne vous étouffe pas. Avec une superbe assurance et dans une confusion extrême, vous légiférez, mieux, vous donnez des leçons.

Vous dites la volonté, que vous même appelez unanime, du peuple algérien, comme si ce peuple vous avait, par délégation expresse, communiqué ses pensées profondes et chargé de les exprimer. Entreprise risquée ou prétention candide ? Quelques affirmations aussi péremptoires dans la forme qu’approximative dans le fond, peuvent être l’expression de vos idées (si l’on peut dire) personnelles. Pourquoi en accabler le peuple ? Il n’est naturellement pas possible de traiter en quelques lignes la masse des problèmes auxquels vous avez, vous, la chance d’avoir déjà trouvé les solutions.

Je vais donc tenter de ramener à quelque cohérence la confusion des points que vous évoquez. Vous me faites le chantre de la culture berbère et c’est vrai. Cette culture est la mienne, elle est aussi la vôtre. Elle est une des composantes de la culture algérienne, elle contribue à l’enrichir à la diversifier, et, à ce titre, je tiens (comme vous devriez le faire avec moi) non seulement à la maintenir mais à la développer. Mais, si du moins j’ai bien compris votre propos, vous considérez, comme incompatibles le fait de vouloir le développement de cette culture avec ce qu’en vrac et au hasard de votre plume vous appelez : les valeurs arabo-islamiques, l’indépendance culturelle, etc. « Vous dites la volonté (…) du peuple algérien, comme si ce peuple vous avait (…) communiqué ses pensées profondes et chargé de les exprimer ». Vous êtes naturellement libre d’avoir une pareille opinion. Ce n’est pas la mienne. Je considère personnellement qu’au fond de culture berbère, qui nous est commun à tous, l’Islam et les valeurs islamiques sont venus nous apporter un élément essentiel à la définition de notre identité. Je considère que l’Islam des premiers siècles a été un instrument de libération et d’émancipation de l’homme maghrébin. Je pense que par la suite il a été le ciment idéologique de la résistance nationale aux menées espagnoles et portugaises sur nos côtes.

Naturellement, entre les différents visages qu’il peut prendre dans la réalité, j’opte quant à moi pour le plus humain, celui qui est le plus progressiste, le plus libérateur et non pour le visage différent qu’il a pu présenter aux heures sombres de notre histoire. La contradiction visiblement ne vous gêne pas. « La nation algérienne, écrivez-vous, a trouvé son unité dans sa diversité. » Voilà un sain principe, mais comment le conciliez-vous avec l’article que vous venez de commettre ? Cette diversité que vous êtes fier d’affirmer dans les mots, cela ne vous gêne pas de la refuser aussitôt dans les faits ?

“Si je comprends bien, vous voulez vous donner en même temps le beau rôle d’un libéralisme de principe avec les avantages de la tyrannie idéologique, en un mot être en même temps progressiste dans les termes et totalitaire dans les faits ? Ne vous y trompez pas : ce genre d’agissements n’a pas la vie longue. On peut tromper tout le monde quelque temps, on peut tromper tout le temps quelques hommes, on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. C’est un autre que moi qui l’a dit au dix-neuvième siècle et l’adage depuis a toujours été vérifié.

Le véritable problème est donc premièrement dans la conception étrange que vous avez de votre métier. Que vous soyez totalitaire c’est votre droit, mais vous concevrez aisément que d’autres Algériens préfèrent à la pratique des slogans contradictoires, celle de l’analyse honnête. Le véritable problème est deuxièmement dans la vision que vous voulez imposer de la culture algérienne, évoluant entre l’oukase et la déclaration de bonne intention toujours démentie dans les faits.

L’unité algérienne est une donnée de fait. Elle se définit, comme incidemment vous l’avez écrit, dans la diversité, et non point dans l’unicité. À cette unité dans la diversité correspond une culture vivante. La culture algérienne est, dites-vous, « sortie de ses ghettos, de ses inhibitions et de ses interdits ». Votre article est la preuve éclatante qu’hélas, elle y est enfoncée jusqu’au cou. Mais soyez tranquille : elle en a vu d’autres, la culture algérienne, et une fois de plus, elle s’en sortira. Elle s’en sortira car « toute tentative d’imposer quelque chose à notre peuple est vaine et relève de l’irresponsabilité ». C’est votre propre propos. Dommage que vous n’y croyiez pas ! (Réponse de

Mouloud Mammeri à El Moudjahid)

 

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