Le chercheur Simon-Pépin Tremblay déconstruit l’argumentation libérale sur l’austérité

     Le Café littéraire Carrefour de Montréal convie cette fois le chercheur conférencier Simon-Pépin Tremblay pour débattre sur l’austérité que refuse toujours de nommer comme telle le gouvernement Couillard et qui ne laisse personne indifférent. La grogne est généralisée; tout le monde écope ou presque… surtout les plus démunis; les ciseaux de la machine néolibérale coupent tout: l’éducation, la santé, les municipalités, les universités… Mais est-ce vraiment inévitable? comme arguent les libéraux, le Québec est-il vraiment au bord du gouffre? À moins que ce soit juste idéologique… Le débat est passionnant, les questions nombreuses. Voici le compte rendu de notre ami Nacer Irid. 

    L’austérité a été le thème de la cinquième édition du Carrefour de Montréal. Le conférencier Simon-Pépin Tremblay, chercheur à l’institut IRIS et auteur de plusieurs ouvrages a axé sa présentation sur la dette et le vieillissement de la population, thèmes que le gouvernement brandit pour justifier sa politique antisociale d’austérité. Pour ce dernier, le Québec est lourdement endetté et si on ne fait rien, on se dirige fatalement vers la situation de la Grèce. Alors que pour le conférencier, il n’en est rien. Il faut regarder le ratio dette/PIB, hors celui-ci est moins élevé que celui de la France, de l’Allemagne et des USA. Tous les pays occidentaux auraient augmenté leur ratio de la dette en mettant en place la politique d’austérité.

    Il ne s’agirait selon lui ni plus ni moins que d’un prétexte pour continuer la transformation de l’état entamée par Jean Charest. Le but serait la marchandisation des services publics qu’il faudrait gérer comme des entreprises privées. L’austérité donnerait lieu, selon Simon-Pépin-Tremblay, un discours et une pratique.

    D’abord le discours, c’est-à-dire le besoin urgent de compression, de coupures pour parvenir à l’équilibre budgétaire. C’est un appel à notre sens moral, nous serions coupables de dépenses frivoles ces trente dernières années. Nous devons donc payer maintenant pour ne pas laisser cette dette aux générations futures.

     Ensuite, la pratique, à savoir que les coupures opérées par le gouvernement dans les services à la population n’ont aucune incidence sur le déficit. Jugez-en:

    – La hausse des services de garde : environ 193 M$ ;  

   – La réforme de la santé : pas plus de 220 M$ et ce jusqu’en 2017, alors que l’équilibre budgétaire aurait été déjà atteint auparavant ;

    – La fusion des commissions scolaires : autour de 26 M$.

    En réalité, les gains ont été réalisés sur le dos des travailleurs, compressions, gel des salaires sur trois ans. Les libéraux adhérent à une pensée néolibérale, et tout ce qu’ils recherchent sous l’argument fallacieux de l’équilibre budgétaire et de  mettre en place des situations de marché dans les services publics.

    Le conférencier va s’atteler aussi à dédramatiser avec chiffres à l’appui la dette du Québec :  

   Le Québec a toujours refusé de donner les informations sur ses créanciers mais il laisse entendre qu’elle serait identique à celle du Canada dont 85% des obligations sont détenues par des Canadiens. 30 % de la dette Québécoise est détenue par le gouvernement lui-même à travers la caisse de dépôt. On voit bien, conclut le conférencier que nous ne sommes pas dans une situation d’effondrement et qu’on ne viendrait pas nous saisir l’autoroute 20 ironise-t-il.

  Le dossier du vieillissement de la population que le gouvernement brandit comme une autre menace sur l’équilibre budgétaire est aussi abordé. D’après le conférencier, les soins de santé augmentent les cinq dernières années de notre vie et cela a été ainsi de tout temps. Le coût de la santé dû au vieillissement n’augmenterait en réalité que de 2 à % à 3%. Le conférencier très attentif aux réactions des syndicats dira que ces derniers peinent à trouver une stratégie de riposte collective.

   Le débat donnera lieu à des questions très pertinentes des participants et à des témoignages émouvants sur les conséquences de cette politique d’austérité. On soulignera la suppression des emplois, le gel des salaires, voire même leur réduction, les coupes drastiques dans les services publics et les programmes sociaux, la remise en cause des acquis sociaux gagnés de haute lutte par des sacrifices immenses.

   D’aucuns parleront de coupes idéologiques, arguant du fait qu’on ne couperait que pour les plus démunis, les plus défavorisés.

   La notion d’utilisateur payeur que le gouvernement introduit insidieusement remettrait en cause la notion de solidarité nationale que s’est donnée le Québec et qui jouit d’un large consensus. Beaucoup d’intervenants reviendront longuement sur la financiarisation des services publics et des programmes sociaux que le gouvernement voudrait gérer selon le modèle de la gestion des entreprises privées et qui serait une des raisons essentielles de toute cette politique d’austérité.

    Une des questions et non des moindres qui aura préoccupé les assistants est cette incapacité manifeste des syndicats à opposer une stratégie de riposte. La pertinence de cette question ne fait aucun doute parmi l’assistance. Si certains accusent le corporatisme du syndicat, d’autres soulignent la nécessité de sa profonde transformation.

   La conférence a pris fin tard dans la soirée avec une vente dédicace des ouvrages de Simon-Pépin Tremblay dans une ambiance familiale et une convivialité louées par tous les participants.

 

Par Nacer Irid

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Le conférencier: SIMON TREMBLAY-PEPIN complète un doctorat en science politique à l’Université York où il se concentre sur le lien entre l’économie et les structures démocratiques. Militant et consultant en relations publiques, il s’est impliqué dans divers médias et organisations. Ses intérêts de recherche sont les systèmes politiques, les finances publiques et les perspectives de démocratisation économique. Il a publié entre autres: Illusions:petit manuel pour une critique des médias.

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