Nathan le sage, l’Allégorie de la caverne et l’islamisme

Le monde musulman est intellectuellement le plus arriéré au monde parce que l’islamisme l’a retourné dans la caverne, l’a réduit aux ombres après le feu, dans l’enchaînement dogmatique qui interdit la question et le doute, pour qui la femme est l’auteure des sécheresses et des disettes, pour qui l’autre doit mourir ou alors se contenter de payer l’impôt de la capitation, Jizya, pour qui le paradis est l’apanage du musulman et de la Chahada… un jour quand il voudra sortir de la nuit féroce, de l’amnésie prorogée, il se heurtera au soleil et en sera aveuglé. Il se rincera les yeux et verra que les temps de la mémoire et du mythe l’ont déposé dans l’ossuaire des nations mortes à la marge des temps…

  caverne1 (1) Le débat est croustillant. L’Africain, qu’on l’appelle, parle de la vérité. Chacun y va de son argument. Paris a été à l’origine des Lumières. Longtemps après les décolonisations, les guerres justes, les révolutions ontologiques, les vents émancipateurs, le capitalisme qui inféode de plus en plus les hommes, la classe abrite de toutes les identités. Le lycée de la banlieue parisienne accueille des musulmans, des chrétiens, des juifs, des agnostiques, des incroyants, des bouddhistes, des hétérosexuels, des homosexuels. Il y a un bout de chaque continent, un peu de chaque vérité.   

La parabole de l’anneau de Nathan le sage de Lessing

– Qu’est-ce que la vérité, d’ailleurs ? fait un élève, qui la détient ?

Autrefois, entame sans préambule l’enseignant de philosophie féru de Nathan le sage, existait un anneau en or qui avait le pouvoir de la vérité et que l’ancêtre se transmettait de père en fils. Au lit de sa mort, le père convoque son fils préféré et lui confie la bague. Il lui explique que quiconque la possède détient le pouvoir de la sagesse et de la vérité. Par ailleurs, l’anneau suscite l’amour. Ainsi, peut-il être à la tête des hommes, être juste avec ses pairs, rendre heureux les siens.

Gotthold Ephraim Lessing, auteur de Nathan le sage

   Les adolescents savent le don allégorique de l’Africain. Le monde dans sa bouche est une prairie que survolent de les oiseaux des possibles insoupçonnés. 

– Ce fut ainsi de génération en génération, continue l’enseignant, chaque père transmet l’anneau à son fils préféré avec toute la sagesse qui est due au précieux héritage jusqu’à ce que l’anneau tombe sur un père qui a trois fils qu’il aime tous autant. Il lui est impossible de les départager. Que faire de l’anneau? C’est alors que mourrant, il fait faire deux anneaux neufs, identiques à l’anneau original, et convoque séparément chacun de ses enfants. À chaque fois, qu’un fils entre dans sa chambre, son père lui donne un anneau et lui explique qu’il en a fait fabriquer deux identiques mais que le sien est celui, le vrai, qui détient la vérité et suscite l’amour. Le père décédé, bientôt éclate une rixe entre les trois frères et chacun fait valoir que son acquisition est la vraie, que son anneau est celui de l’amour et de la sagesse. L’inimitié est à son faîte, chacun jure dieux et saints que c’est lui le destinataire de l’anneau authentique. La vérité, disions-nous !

– Et c’est quoi la solution ? s’écrie un élève.

– Justement, comme aucun des frères ne peut imaginer que son père lui a menti ni qu’il ne peut remettre en cause son inestimable héritage, ils se présentent devant un juge connu pour sa justice impartiale. Votre cas, leur déclare-t-il après qu’il les a écoutés attentivement, est complexe. Quant à moi je ne puis y voir autre chose que la sagesse de votre défunt et aimé père. Il vous aimait tous les trois d’un amour infini, donc à bien des égards égal. Comment pouvait-il choisir entre son cœur, ses yeux et son âme ? Alors, possédant encore le discernement que procure l’anneau ancestral, il fit faire à un orfèvre réputé deux anneaux pareils que le premier, que personne ne peut distinguer et vous légua ainsi, pour tous les trois, l’anneau qui a le pouvoir qui suscite l’amour et la sagesse. Mais, il n’en demeure pas moins, fit un des trois frères, qu’il y a un anneau vrai et deux autres faux ? C’est une question dont je n’ai pas le pouvoir, malheureusement, de la réponse. Mais, je puis vous donner un conseil… Soyez sages, justes, généreux, bons, donnez le meilleur de vous-mêmes à l’homme, à la bête et à la plante, et revenez dans mille ans. Vous trouverez ici un juge qui sera plus sage que moi et vous dira le faux du vrai anneau !

– Ouaou ! fait un élève, ça c’est le genre de livres que tous les élèves doivent lire.

– De qui parle le livre ? questionne l’enseignant.

    Un élève a lu le poème dramatique de Lessing. Il est sur des braises ardentes, depuis qu’il guette le moment pour intervenir…    

Qui détient la vérité?

– Les trois religions monothéistes, rétorque-t-il ravi, le judaïsme, le christianisme et l’islam. C’est Saladin qui pose la question à Nathan, le commerçant juif, et qui lui demande laquelle des trois personnes ici présentes, Nathan, le juif, le templier chrétien et lui, Saladin Ou Salah ad-Din Yusuf Al Ayoubi, le musulman, détient la Vérité. Chaque frère représente une religion, le père incarne le créateur, et le juge sage de la fin des temps symbolise le jugement dernier.  

   Le Philosophe ouvre un casier dans son bureau, en sort le livre en question, ouvre à la page qu’il avait visiblement désignée à l’avance, et lit à haute voix: «SALADIN : Puisque tu es sage, dis-moi donc — quelle foi, quelle loi t’a semblé la plus lumineuse? NATHAN:Sultan, je suis juif. SALADIN : Et moi, un musulman. Entre nous : le chrétien. — De ces trois religions, une seule peut être la vraie. — Un homme comme toi ne reste pas fixé là où le hasard de la naissance l’a jeté ; ou bien, s’il y reste, c’est après examen, par raison, par choix. Eh bien ! Livre-moi les fruits de ton examen. Fais-moi entendre les raisons que je n’ai pas eu le temps de creuser moi-même. Fais-moi savoir — en confidence, s’entend — le choix de ces raisons ont déterminé, et je le ferai mien.» 

– C’est un à livre qui est dangereux pour les fanatiques, croit bien dire un élève. Un autre dramaturge, Marie-Joseph Blaise de Chénier, dit dans une pièce intitulée d’ailleurs Nathan le sage, en hommage à la pièce dramatique de Lessing. «Fûmes-nous consultés en recevant la vie?-Qui de nous peut choisir son peuple et sa patrie? Nos parents,à leur gré, font un juif,un chrétien: – Différence de mots…»

– La vie elle-même est dangereuse pour le fanatique… et tu as raison, c’est une œuvre qui a fait beaucoup de bruits, qui a été même censurée en Europe. Parce qu’elle met la différence et la pluralité au centre de la vie, parce qu’elle nous dit que le plus important ce n’est pas la vérité mais la recherche de la vérité. Ma vérité, la tienne, la sienne, la leur… La pièce théâtrale, on peut encore la prolonger sur notre monde… la vérité de l’animiste, la vérité de l’incroyant, la vérité de l’hindouiste, la vérité de milliards et de milliards d’êtres humains… qu’est-ce que tous ces gens, juifs, musulmans ou chrétiens ou dieu sait quoi qui tuent pour la face soi-disant de dieu ou au nom d’une quelconque vérité ? Les croisades ont fait plus de un million de morts au nom de dieu et de la guerre juste, les juifs intégristes considèrent que les Palestiniens n’ont pas le droit de vivre et vice versa, les islamistes tuent dans le monde entier pour Allah, les puissants de ce monde sont encore dans cette vérité, la vérité au nom de laquelle ils colonisent, affament, exproprient les peuples. La colonisation est originaire de la vérité : la vérité de l’homme blanc et civilisé qui peut chosifier le barbare indigène, vendre dans les marchés comme sel et épices les hommes de couleur, ou les visages brûlés comme on les désignait, réduire des cultures plurimillénaires à des Fatma sensuelles et à des espaces incapables d’abriter un carré de navets ou un arbre fruitier.

–  Mais, prit la parole une élève, monsieur, tu nous demandes, pour faire court, de devenir des mécréants, de douter de tout ?

– Non, le livre suggère simplement un vivre ensemble harmonieux sans que l’on se déteste, se fasse la guerre. Ma vérité comme ta vérité vient de l’histoire, du lieu, de ton environnement, de ta société, de ton vécu, de ton capital symbolique… Nous nous mondialisons soi-disant mais avec les tribus en nous. Nous parcourons la géographie mondiale, un espace virtuel que nous traversons d’un clic, mais mentalement nous ne bougeons même pas de notre tribu ; là où nous allons, nous portons sur nos dos le glaive de notre tribu, la lame de notre inquisition.

   Le silence est coupant. La réflexion interroge, renvoie chacun dans ses expériences, ses lectures, ses interrogations…  

– Mais, monsieur l’Africain, a-t-on le droit de critiquer la religion ?

– La religion appartient à toute l’humanité, à tous les hommes et femmes. Combien de pays en Europe ont aboli la loi du talion, c’est-à-dire la réciprocité de la peine ; œil pour œil, dent pour dent, mort pour mort ? La plupart des pays. Est-ce que vous ne pensez pas que c’est en partie grâce à la critique des religions ? La lapidation est une pratique préchrétienne à laquelle avaient recours les gens dans tout le bassin méditerranéen, seuls quelques pays musulmans la pratiquent pourtant aujourd’hui ? C’est de la remise en question de la religion… Dans notre classe, regarde autour de toi, qu’est-ce que tu vois ? Il y a plus de cent quarante nationalités dans le lycée Diderot, des centaines d’identités probablement… ça n’aurait pas été possible sans la critique des religions. Si l’on n’avait pas remis en cause un peu dans notre vérité, le monde serait encore plus invivable…

–  Tu veux dire que le monde musulman vit dans ce désastre à cause de la religion ?

   L’Africain a envie de répondre comme un enseignant, sans y mettre d’opinion, du moins essayera-t-il d’y parvenir, parce qu’au fond il sait qu’il n’y arien qui ne puise dans une doctrine ou idéologie. Mais l’interpellation ne tarde pas à venir :

–   Monsieur, si vous permettez, je veux votre opinion à vous, ça m’intéresse de voir votre point de vue d’homme, de musulman s’il en est, de Franco-algérien…

L’Allégorie de la caverne de Platon

– Voltaire dit ceci: nous respectons plus les morts que les vivantsIl aurait fallu respecter les uns et les autres… Le monde musulman respecte ses morts mais n’a aucun respect pour ses vivants. Il vit dans les temps eschatologiques, et oublie l’histoire. Tu te souviens de l’Allégorie de la caverne ?— Oui, c’est de Platon.

– Depuis le douzième siècle, le monde musulman vit dans la noirceur… On dit le douzième siècle par rapport à la fin de l’âge d’or de l’islam et à la mort d’une figure majeure de la pensée produite par la civilisation musulmane, Averroès en l’occurrence. Eh bien, depuis ce temps, ce monde est dans la caverne, à des lieues sous terre, loin de toute lumière, à l’image des quatre hommes de l’allégorie ; son monde se résume aux ombres figées ou mouvantes des êtres et des choses ; il croit que sa vérité est la seule qui est vraie, que toutes les autres vérités sont des inepties… pendant ce temps, en dehors de la grotte, l’humanité s’extasie au soleil, s’abreuve dans la lumière astrale au lieu des ombres qui ont parfois le nom de houris, d’autrefois fois de rivières célestes où s’enivrer, de paradis qui ne concernent que les musulmans, de femmes pubères pour les délices éternels… Le monde a fait sa révolution du corps, sa révolution des têtes ; il est sorti de la terre plate et inerte à la terre ronde et qui tourne, de l’univers au multivers, de la physique newtonienne  à la physique relativiste. Les Lumières l’ont autonomisé un tantinet, et nous voila, nous les musulmans, à pinailler encore sur le retour aux pieux prédécesseurs, sur le règne fantasmatique des califes bien guidés, sur le miracle arachnide et la colombe du mythe… L’islamisme est la ratatouille du pétrodollar et du patriarche… Tu sais qu’est-ce qui est arrivé à celui qui a été libéré de la caverne ?

– Il est monté vers la lumière et il a découvert le soleil.

– Oui, quand il est revenu voir ses amis dans le noir de la caverne ?

– Il aura, dit Platon, les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil?

– Et quand, ils joueront ensemble aux jeux de reconnaissance des ombres ?

– Il a perdu.

– Il a perdu, et les trois hommes toujours enchaînés ont eu dans une certaine mesure pitié de lui. C’était sa faute à lui. Il a ruiné sa vue en allant là-haut, c’est-à-dire dans le soleil! 

    Les élèves éclatent de rire.      

– C’est un aveugle, lui diront-ils, il aurait pu les écouter, au lieu de le regretter pour le reste de ces jours ; il aurait pu se contenter de sa vérité, de sa réalité, la seule qui soit vraie… D’ailleurs, est-il seulement leur ami désormais qu’il a déserté leur caverne, leurs ombres, leur tranquillité?  

– Non, intervient un autre élève, il est devenu leur ennemi et ils voudraient, s’ils en avaient la possibilité, l’assassiner…

Une scène d’une pièce de théâtre de Nathan le sage

– Le monde musulman est intellectuellement le plus arriéré au monde parce que l’islamisme l’a retourné dans la caverne, l’a réduit aux ombres après le feu, dans l’enchaînement dogmatique qui interdit la question et le doute, pour qui la femme est l’auteure des sécheresses et des disettes, pour qui l’autre doit mourir ou alors se contenter de payer l’impôt de la capitation, Jizya, pour qui le paradis est l’apanage du musulman et de la Chahada… un jour quand il voudra sortir de la nuit féroce, de l’amnésie prorogée, il se heurtera au soleil et en sera aveuglé. Il se rincera les yeux et verra que les temps de la mémoire et du mythe l’ont déposé dans l’ossuaire des nations mortes à la marge des temps. Après la richesse fossile, ce sera le tarissement caractéristique, dans la terre et dans les têtes des hommes. Nous sommes dans le syndrome de la caverne. Nous sommes malades de la maladie de la caverne. C’est-à-dire nous ne  le savons même pas. Nous sommes prêts à commettre l’hécatombe si quelqu’un s’avisait à remettre en cause notre vérité. On peut critiquer toutes les religions du monde sauf l’islam. Nous n’avons même pas un seul exemplaire de la Thorah traduit dans nos universités…  

–  Le syndrome de la caverne ?

– C’est quand le monde musulman est fait d’une majorité islamiste qui agit, et d’une minorité de musulmans et autres qui aboie alors que la caravane de la négation passe !

Par Louenas Hassani

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PS. J’ai pris quelques petites libertés dans la lecture et interprétation de L’allégorie de la caverne, de Platon, comme dans celle de l’anneau de Nathan le sage, du dramaturge Gotthold Ephraim Lessing. 

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