Abdelkader  Rahmani  Vs Mohand  Arav Bessaoud : Petite et Grande Kabylie, par dessus les épithètes, “les privilèges”

 

A la mémoire d’Abdelkader Rahmani, décédé le 2 septembre 2015, en France, à l’âge de 92 ans.

Rahmani 002Abdelkader Rahmani et Mohand Arav Bessaoud sont les 2 fondateurs de l’illustre Académie Berbère. Le premier, est né à Aokas, dans la Kabylie du Sahel, en Petite ou Basse  Kabylie, en 1923, et le second, en 1924, à Iwadhiyene, en Grande ou Haute Kabylie. La question qui revient souvent est que, d’où vient que Mohand Arav Bessaoud soit une personnalité connue dans la Kabylie entière, alors qu’Abdelkader Rahmani ait vécu dans l’anonymat le plus total, bien  que son parcours si riche en évènements  jouissait de toutes les forces nécessaires pour  briser le silence officiel, de glace autour de lui, et  faire crier son nom sur tous les toits? On vous propose de lire l’article de Wikipédia, en bas de la page, consacré à Rahmani Abdelkader et faites, vous-mêmes, le constat.

Il est le fondateur principal de l’académie berbère,  son père, Slimane, est le premier docteur ès lettres en Algérie. Etant donné son parcours, il devait, au moins, être aussi  célèbre que le co-fondateur de cette même académie, Mohand  Arab Bessaoud, auteur, entre autre, du fameux livre « Heureux les martyrs qui n’ont rien vu ».Son père Ramani Slimane, on le retrouve de façon rare et insolite dans les photos de groupes, à côté de Mouloud Feraoun, mais jamais dans les livres d’histoire de l’Algérie de tous les algériens  ni, même, de la Kabylie de tous les Kabyles.

Inconnu dans sa ville natale d’Aokas,  Rahmani Slimane,  n’a été révélé au public local que dans les années 80 par l’artiste peintre, Amara Ahcène, lors de son retour de France, par un portrait à son effigie qu’il accrochera à l’un des murs de la salle d’accueil du centre culturel d’Aokas, qui portera désormais son nom.  En découvrant un tel mastodonte du patrimoine local plongé dans l’anonymat par l’indifférence totale des anciennes générations à l’égard des valeurs sures qui sont sensées representer notre contribution à la culture et les arts, les jeunes commençaient à se questionner sur  l’aptitude des ainés à reconnaitre la valeur d’un homme ou d’un objet ou à sauvegarder des choses d’interêt fondamental avec le souci de ne pas les laisser se perdre à l’histoire. Autour de ce portrait naîtra une sorte de clivage entre la nouvelle génération et celle qui la précède,  conduisant,  à Aokas, à une sorte  de révolution “psykabylique” qui consacrera les conflits de générations  comme la seule façon d’avancer, le moyen le plus sûr pour la remise en cause de tout ordre social supposé définitivement établi.

 J’ai eu l’occasion, depuis l’école primaire jusqu’au CEM,  d’avoir été dans la même classe que ses cousins, les Rahmani,  ironie du voisinage, si j’ose dire, j’ai entendu parler de Mohand Arab Bessaoud depuis mon adolescence, alors que de mon voisin, Rahmani Abdelkader, que très, très récemment.

D’où cela découle-t-il ? De l’incapacité des gens du Sahel  à vendre leur talent, ou de la tendance biaisée des mogols de la Grande Kabylie qui détiennent le monopole de  l’édition, de la diffusion et  du journalisme ? Un peu des deux, peut-être. Cette modestie stérilisante qui nous empêche de vanter les nôtres, a toujours fait  de notre région l’endroit où la maxime nul n’est prophète en son pays, prend tout son sens plus que nulle part ailleurs.

Ces gens-là, focalisés en  Grande Kabylie,  me disait un chanteur de la région du Sahel, représentent une caste d’intellectuels formée dans les écoles rigoureuses des pères-blancs et leur enseignement universel, ils ont eu de ce fait une longueur d’avance sur les gens des régions qui ont subi un enseignement strictement dogmatique des marabouts, qui les a propulsés au rang de l’élite, ils composent entre eux, tendent la main à  ceux qui sont des leurs dans le sens familial ou régional du terme, ils considèrent le ciel des stars kabyles comme leur chasse gardée, pour un “hors-caste” d’avoir une chance d’y figurer, il lui faut aller naître ailleurs. 

Sans son cousin Ouahab qui l’a pris dans sa timidité extrême par la main et présenté à la radio, le Grand Lounis Ait Menguellet, eventuellement lassé de chanter dans le vent, aurait fini par lâcher sa guitare qui ne lui rapportait rien en terme de « fame and fortune », et se consacrer à sa menuiserie amateur ou au magasin de son cousin à l’ouest ; Idir , l’autre mastodonte de la chanson kabyle, sans ce geste accidentel et bienfaiteur  qui l’a transporté  malgré lui à la radio, aurait fini, de son côté,  à la place de raconter si admirablement Vava Inouva  sous un faux nom, par raconter dans son bureau de géologue anonyme,  la terre en terme de sédiments et de fossiles, et compter le temps en millions d’années. Et la liste est longue pour ces talents  kabyles propulsés dans le star-system sans forcer leur propre destin, par la bénédiction d’un parent proche ou comme le veut  la loi du voisinage.

Tizi –Ouzou, un bout de ville créé par le plan Medeghri , située dans une cuvette qui  souffle le chaud et le froid, la ville des genêts, comme  on l’appelle, ne se gêne pas de  se retrouver capitale et première  ville de la Kabylie à la barbe de Bougie la méditerranéenne , étendue, vaste  et doublement millénaire et siège de toutes les civilisations qui sont passéés par là. Des chanteurs et des écrivains de la région du Sahel qui ont eu des expériences malheureuses d’édition ou de publication avec des éditeurs de la Grande  Kabylie  sont revenus avec le sentiment que pour se faire éditer ou publier par un gars de la Grande , il faut devoir renaitre 2 fois, il est plus facile pour les gens issus des régions périphériques  aux intérêts affectifs ou régional de l’élite qui fait et défait le succès ,  de séduire cette caste par un talisman plutôt qu’avec  un album ou un livre.

Au fait, continue le chanteur, Grande Kabylie ou  Haute Kabylie, Petite Kabylie ou Basse Kabylie, dans les 2 états de figure l’épithète ne semble pas nous arranger ; quant à moi, je préfère, continue-t-il, dans le sens  péjoratif du terme,  être petit que bas. Alors, puisque petit comme  bas n’échappent  pas  à la pensée spéculative de la  péjoration, autant laisser  les 2 Kabylie comme elles s’appellent. Quant à cette partie de la Kabylie  qui a profité d’un accident de l’histoire pour se tailler le gros morceau en matière d’édition et de diffusion, le nom de Grosse Kabylie lui irait mieux, ajouta-t-il.

Il y’a dans tout une part de vérité,  disait le philosophe grec Héraclite, et par-dessus le manque et l’excès des uns et des autres, la pop culture impose sa loi.  Il demeure que la phrase usuellement associée à ces artistes fichus du sahel qui  n’ont pas pu atteindre le stardom, un peu à cause d’eux, un peu malgré eux, … : « ah, s’il était né à Beni Yenni ».

Néanmoins, cet article ne vise en rien, ni à diminuer la grandeur de Mohand Arav Bessaoud que nous admirons haut et fort dans ce site, et que nous estimons, lui aussi, tout compte fait, avoir eu moins d’éloges et de reconnaissance qu’il ne méritait,  mais plutôt d’en rajouter à celle de Abdelkader Rahmani qui, à vrai dire, largement plus gravement que son émule de combat, avait vécu dans l’anonymat le plus total ; ni non plus à tenter d’opposer par-dessus la logique imposée des épithètes, les « 2 Kabylie », l’une à l’autre, mais plutôt, une mise en garde contre les forces et les attitudes qui tentent d’en dessiner un clivage en cultivant le sentiment de “deux poids, deux mesures”  qui se murmure…qu’une région de la Kabylie serait mieux servie qu’une autre.

Rachid C

Ici-bas, l’article de Wikipédia sur Abdelkader Rahmani

 

 

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Amazigh : L’homme Libre.

 « La terre n’est qu’un seul pays dont tous les hommes sont les citoyens, un seul village à la suite des découvertes scientifiques et de l’inter-dépendance indéniable des nations. On peut aimer tous les peuples du monde tout en aimant son propre pays. »

 

« La vérité est comme la mer, elle n’apparaît qu’une fois rejetée sur le rivage. Quel dommage qu’il faille tant de naufrages pour enfin l’apercevoir. »

Abdelkader Rahmani.

 

Abdelkader Rahmani est un Algérien, d’origine berbère, marié à une Française catholique, officier de l’armée française. En 1956, devant le dilemme de la guerre d’Algérie, il décida d’écrire avec 52 autres officiers de l’armée française, tous d’origine algérienne et les plus gradés, au chef suprême des Armées, le président René Coty. Issus des deux cultures, ils voulaient s’offrir en médiateur afin d’enrayer cette guerre fratricide. Il déclencha ainsi la fameuse “Affaire des Officiers Algériens”, qui constitua, selon l’historien Vidal Naquet, “une chance manquée” d’éviter le désastre entre les deux communautés. Tous les signataires de cette lettre furent en effet emprisonnés. Dans le cadre de la collection “Le Choix des Hommes”, Georges Mourier a réalisé un documentaire en deux parties “Combattre?” en 2003. Il fut consacré au cas d’Abdelkader Rahmani, et est édité aujourd’hui chez A l’Image Près et la Documentation Française.
Biographie
Jeunesse
Il est né en Kabylie, dans un village nommé Tidelsine du Cap Aokas. Il est issu d’une famille maraboutique. Son père est professeur de français.
Dans l’armée française
Après le débarquement allié en Afrique du Nord, il devient brigadier dans l’armée corps francs et joue le rôle d’instructeur. Mais il est cassé car il était interdit à un Algérien d’instruire ou de commander un Européen. Il participe aux combats de la libération. Il est en Allemagne en 1946.
Le 20 octobre 1948, il devient sous-lieutenant nord-africain de réserve. Il renonce, pour cela, à sa nationalité française. Il intègre l’école des officiers de l’armée indigène. Le 1erjanvier 1952, il est promu lieutenant.
Il participe à la guerre de Corée. La Légion d’honneur lui est octroyée en 1956.
Il est marié à une Française.
Le basculement
En 1956, il est au Liban lorsque les évènements le font basculer : Guy Mollet conspué, l’avion de Ben Bella arraisonné, l’intervention à Suez, les débuts de la “pacification” lui font prendre conscience que l’armée française va à l’échec et que la dignité des Algériens est en cause.
En janvier 1957, il écrit au président René Coty, pour proposer de jouer un rôle de médiateur entre l’armée française et le peuple algérien. Il est emprisonné dès le mois de mars et inculpé d’entreprise de démoralisation de l’armée et transféré à Fresnes.
Après ce premier emprisonnement, il est muté au centre d’instruction des parachutistes de Castres. Craignant pour sa vie, il s’entretient avec Claude Julien, journaliste du Mondequi était en vacances dans cette région. Le journal évoque son cas. Il est alors placé en résidence surveillée en Lozère.
Au cours d’un séjour à Paris, il réussit à contacter Guy Mollet qui lui fait savoir qu’il accepte de détacher quelques officiers dans les ambassades de Tunisie et du Maroc pour contacter le FLN algérien. Mais le remplacement de Guy Mollet par Bourgès-Maunoury annule l’opération.
La démission et l’emprisonnement
Avec d’autres officiers algériens, il annonce en septembre 1957, sa démission de l’armée française dans une lettre au Président de la République :

« Monsieur le Président de la République,
Officiers démissionnaires de l’armée française, nous désirons porter à votre connaissance les motifs qui nous ont poussé à cet acte […]
En huit mois, aucune solution n’a été apportée au cas de conscience que pose notre situation dramatique d’Algériens et de soldats… »

Cinq des 52 officiers concernés désertent et rejoignent le FLN à Tunis. Le lieutenant Rahmani est mis aux arrêts au fort d’Albi, puis écroué à Fresnes.
Une campagne d’opinion est lancée dans des journaux : La Croix, France Observateur, L’Express, Le Monde et Témoignage chrétien qui publie son journal de prison.
Une carrière brisée
Après l’arrivée au pouvoir de de Gaulle, il sort de prison pour être placé en résidence surveillée au couvent des jésuites de Clamart, puis placé par mesure disciplinaire en position de non-activité par retrait d’emploi.
Il travaille alors pour la librairie Hachette dont il sera le directeur général en Algérie.
Il écrit un livre, saisi dès sa sortie : L’affaire des officiers algériens, paru en 1959 aux éditions du Seuil.
Sa carrière est brisée ; il est cependant promu capitaine en 1975 (soit vingt ans après la date où il aurait dû l’être). Il entame alors une procédure pour obtenir des indemnités auprès du Conseil d’État qui rejette ses demandes en 1977.
Notes et références
  1. Biographie issue du livre d’Abdelkader Rahmani, L’affaire des officiers algériens, 1959, éditions du Seuil, reprise par la revue Gavroche, n°159, Juillet-septembre 2009.
  2. « C’est là que j’ai basculé », explique-t-il dans son livre, op. cit.

5 comments for “Abdelkader  Rahmani  Vs Mohand  Arav Bessaoud : Petite et Grande Kabylie, par dessus les épithètes, “les privilèges”

  1. malaucerveau
    September 22, 2015 at 15:08

    Mon avis sur l’article de Rachid C : “C’est vrai que les gens de la haute Kabylie (Grande Kabylie) se tendent beaucoup la main entre eux, comme vous le dites, Mais à mon avis, la renommée de Mohand Arav, n’est pas due à ça. C’est plutôt le fait d’avoir été maquisard pendant la guerre de libération, avec le grade de capitaine, je crois. Ensuite opposant au régime politique dès le début de l’indépendance, puis auteur du célèbre livre ” Heureux les martyrs qui n’ont rien vu”, paru en France, en août 1962, entre autres. Puis son engagement dans le FFS où il fut l’un des rares du mouvement armé à n’avoir pas rallié le régime. En mon âme et conscience, je réagis, non parce que je suis de la grande Kabylie, mais tout simplement, Dda Mohand Arav que j’ai découvert grâce à son livre déjà cité, lui, s’était fait distinguer grâce à son intense activité (Officier de l’armée de libération, écrivain, opposant intraitable, militant de la cause amazigh). Activité que, personnellement, je qualifie de parcours semé d’embûches. C’est donc tout cela qui avait rendu l’homme célèbre auprès de tous les Algériens, en général, et les Kabyles en particuliers. Au demeurant, je respecte le parcours de Mr Abdelkader Rahmani que vous venez de me faire connaître. Deux militants émérites auxquels je souhaite paix à leur âme.

  2. DaKaci
    September 22, 2015 at 21:29

    Je suis Kabyle de Vgayet et chez nous il n ya pas de marabout! Les marabouts c’est plutot en Haute Kabylie.. des villages entier! J’ai toujours poense que les petit Kabyles sont plus sophistiques que les gens de la Haute Kabylie.. surtout les gens de Vgayet et la cote Tichy, Cap Aokas.. Mais bref on est tous des Kabyles c’est l’essentiel. One two Three vive la Kabylie !!!!

  3. kad
    September 23, 2015 at 08:09

    Cet article comporte certaines vérités, sauf que l’auteur les a évoquées avec un brin de passion que l’on peut comprendre au regard de certains faits connus et reconnus liés au sujet traités. Ceci dit, disons que les idées reçues et les préjugés qu’on peut attribuer à certains Kabyles de la haute Kabylie sont à mettre sur le compte de leur méconnaissance de la véritable histoire de la Kabylie dans toute sa profondeur et dans toutes ses variantes. Quant à cataloguer les différentes sous régions de cette Kabylie, il existe celle du Djurdjura, de la Soummam, du Sahel, des Babors et des Bibans. Actuellement, après avoir dépassé tous les stéréotypes et autres faux clichés sur la question véhiculés ici et là par certains prétentieux, il n’ y a de place que pour une seule Kabylie appellée à s’unir en dépit de toutes les contraintes auquelles elle fait face.

    • Sbitar
      March 3, 2016 at 17:51

      il n’ y a de place que pour une seule Kabylie appellée à s’unir en dépit de toutes les contraintes auquelles elle fait face. dites vous, mais sous la coupe des igawawen? Pas possible! c’est un niet catégorique. Ils travaillent dans le déni des toutes les autres composantes Kabyles et ils le font sciement; Tout ce uqi ne parle pas, ne chante pas, ne danse pas comme eux est personna non gratta. Ils ont gangrené tous les médias à cette fin, en inerdiasnt l’accès aux autres Kabyles, voyes les dialogues de films, qui sont les animateurs télé et adio qui s’exprimment? Il faut qu’ils aient l’accent de Tizi Ouzou.

  4. azebbosch
    December 18, 2015 at 08:29

    Je suis l,un des membres du comité qui a rendu un vibrant hommage au défunt Mass Abdelkader Rahmani à Awqas,je pense que le combat qu,a mené Bessaoud avant et après la pseudo-indépendance l’a mis au devant de la scène contrairement à Dda abdelkader qui était très méconnu même dans son propre village ;Tidelsine.

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