Élections fédérales 2015: le politologue André Lamoureux au Café littéraire Carrefour de Montréal

 

« Il y a comme un phénomène de la résilience qui se manifeste dans l’aspiration à la laïcité maintenant partagée par une masse de Québécois et de Québécoises. Ce n’est plus simplement  la Coalition laïcité Québec, le Rassemblement pour la laïcité, le Mouvement québécois ou AQNAL qui le portent. » 

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     Le Café littéraire a choisi pour sa 8e édition de revenir sur la campagne électorale fédérale 2015 pour approfondir la lecture, expliciter les enjeux et permettre ainsi une meilleure compréhension d’un des points culminants de la vie démocratique. Pour ce faire, le café a invité au Café-bistro Bobby McGee – 3215, rue Ontario Est, le politologue et chargé de cours à l’UQAM, spécialiste des partis politiques, notamment du NPD, André Lamoureux qui a livré son analyse sous le thème « De la victoire de Justin Trudeau à la résilience de la laïcité au Québec » où il a expliqué les comportements électoraux, voire électoralistes des différents acteurs de cette campagne.

    Une nouvelle carte électorale s’est dessinée à la suite de l’une des plus longues campagnes électorales fédérales qu’a connues le Canada (11 semaines), à l’issue de laquelle le Parti libéral du Canada (PLC) a remporté 184 sur 338 sièges contre 99 pour le Parti conservateur du Canada (PCC), 44 pour le Nouveau parti démocrate (NPD), 10 pour le Bloc québécois (BQ) et 1 siège pour le Parti vert du Canada.

     Sous forme de questionnements de fond, André Lamoureux explique d’abord les raisons de la défection de la population vis-à-vis du parti conservateur, en l’occurrence, les politiques impopulaires à partir desquelles « une trame de fond s’est manifestée depuis les élections de 2008 et a surgi en puissance en 2011. Une trame qui est devenue contagieuse qui s’est développé même au Canada anglais. », dit-il.

  La gouvernance dirigiste et l’empiètement dans les compétences provinciales,  le mépris envers le Parlement,  les dérives et les manipulations multipliées au Sénat (Affaire Mike Duffy), l’allégeance ultra monarchiste, évacuation cavalière des préoccupations environnementales, le copinage avec l’intégrisme religieux du gouvernement Harper, etc. en sont quelques-unes des causes qui ont provoqué un désir de changement chez la population.

    En s’inscrivant dans « une orientation socio-démocrate », le NPD, quant à lui, a proposé des mesures concrètes comme le rétablissement de l’accession des pensions de vieillesse à l’âge de  65 ans, le rétablissement du service postal à domicile, la survie de Radio-Canada, l’annulation du péage du pont Champlain, etc. des propositions concrètes et bien perçues.

  Toutefois, il était marqué par plusieurs incohérences. Sa position sur la laïcité et l’ambigüité entretenue lors de la campagne sur le port du niqab a provoqué la chute des appuis au sein de la population, notamment au Québec. En effet, le conférencier explique que cette situation « tient à son anti-laïcité, multiculturaliste et communautariste. Ce sont des écueils qui étaient là avant le début de la compagne électorale… La hargne et l’hostilité manifestées déjà par Thomas Mulcair envers l’adoption d’une éventuelle charte de la laïcité (en 2012) sont révélatrices du positionnement du NPD. ». Il ajoute pour conclure que « Conséquemment, le copinage du NPD avec des franges intégristes de la communauté musulmane, son refus d’engager le Canada dans un combat contre l’État islamique et sa haine de la laïcité associée évidemment et frauduleusement à l’islamophobie ont entrainé la dérive du NPD au Québec en l’espace d’un mois. » 

    D’un autre coté, la victoire de Justin Trudeau tient d’abord au désir de changement de gouvernement, et « qui est pancanadien cette fois-ci » comme l’explique le conférencier. En Ontario, les électeurs ont voté « stratégique », donc en faveur des Libéraux et même « de nombreux souverainistes ont fait ce choix », affirme le professeur Lamoureux.  

    Pour ce qui est du Bloc québécois, même s’il n’a pas eu un meilleur résultat, notamment 12 sièges pour être reconnu comme parti politique à la Chambre des communes, le professeur estime que « le Bloc a mené une excellente campagne, exemplaire, pertinent et convaincant… Contrairement à 2011,  il a finalement mis en avant un plan d’action concret prônant de nombreuses initiatives allant dans les intérêts du Québec ».

Justin Trudeau: premier ministre du Canada à partir du 4 novembre 2015

   Aussi, la volonté de changement de gouvernement par un vote stratégique  a limité les voix en faveur du Bloc. Il affirme également qu’ « on ne peut pas soutenir que la performance décevante du Bloc est l’expression du déclin du mouvement souverainiste au Québec puisque nombre d’entre les souverainistes se sont joints à Trudeau pour battre Harper ».

   Le conférencier termine sa présentation par ce qu’il estime comme une avancée, une première manche remportée dans le débat pour la laïcité. Le refus du port du niqab lors de la cérémonie d’assermentation pour la citoyenneté a rallié près de 93 % qui ont dit non au voile intégral. Compte tenu de la force sur ce positionnement populaire sur cette question, même Justin Trudeau aura peine à maintenir une telle pratique… Il y a comme un phénomène de la résilience qui se manifeste dans l’aspiration à la laïcité maintenant partagée par une masse de Québécois et de Québécoises. Ce n’est plus simplement  la Coalition laïcité Québec, le Rassemblement pour la laïcité, le Mouvement québécois ou AQNAL qui le portent. »

   Plusieurs questions ont été posées lors d’un débat chaud par un public plutôt restreint, mais intéressé. Des questions touchent notamment aux facteurs qui ont influencé les votes tels que les sondages, le régime électoral, les médias, l’activisme politique des syndicats, la percée conservatrice au Québec, le vote des communautés, etc.

Par Saliha Abdenbi

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