Algérie : mort de l’opposant historique Hocine Aït-Ahmed

ait ahmed

« Le patriotisme aujourd’hui, c’est la démocratie », était son mot d’ordre. Hocine Aït Ahmed, dirigeant historique de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, est mort mercredi 23 décembre à Lausanne en Suisse à l’âge de 89 ans, à la suite d’une longue maladie, a annoncé à Alger son parti le Front des forces socialistes (FFS).

Militant contre l’ordre colonial, il fut également un opposant déterminé à l’ordre nouveau, instauré après l’indépendance de l’Algérie en juillet 1962. Ni son exil prolongé en Suisse, ni l’affaiblissement de son parti, le Front des forces socialistes (FFS), victime, comme d’autres, d’un sévère verrouillage de la vie politique, n’auront entaché cette réputation d’opposant sansconcession.

Diplomate de la révolution

Né le 20 août 1926 à Aïn El-Hamam, en Grande Kabylie, Hocine Aït-Ahmed était le dernier encore en vie des neuf Fils de la Toussaint, les chefs qui ont déclenché la guerre d’Algérie contre la puissance coloniale française. Il est au Caire, quand la guerre d’indépendance commence le 1er novembre 1954. Il va devenir l’ambassadeur permanent du Front de libération nationale (FLN) auprès de l’ONU et représente le FLN à la conférence des non-alignés de Bandoung en avril 1955. Cette carrière de diplomate de la révolution est interrompue le 22 octobre 1956 par le détournement par l’armée française de l’avion qui le transporte, en compagnie d’autres dirigeants du parti, vers Tunis. Il restera en détention jusqu’en 1962.

Libéré au moment du cessez-le-feu, en mars 1962, il prend très vite ses distances à l’égard de ses anciens compagnons d’armes dont il juge sévèrement les querelles. Dès la fin de juillet, il refuse de siéger au bureaupolitique, rend son portefeuille de ministre d’Etat au sein du gouvernement provisoire de la République d’Algérie et s’exile à Paris, puis en Suisse. Elu député de Sétif en septembre, il revient à Alger siéger au Parlement où il entend jouer le rôle de chef de l’opposition. Mais Ben Bella ayant déclaré au début de l’été 1963 « qui n’est pas avec moi est contre moi », Hocine Aït-Ahmed dénonce « le régime policier socialo-mystificateur », puis la Constitution qui « ne vise qu’à légitimer le pouvoir personnel » et enfin « le FLN, qui est une fiction et un parti coupé du peuple et de ses meilleurs cadres populaires ».

« Ni Etat policier, ni Etat intégriste »

La rupture est consommée lorsqu’il fonde le FFS (Front des forces socialistes), qui, le 29 septembre 1963, lève des troupes et organise l’insurrection en Kabylie. Arrêté le 19 octobre 1964, Aït Ahmed est condamné à la peine capitale pour « menées contre-révolutionnaires ». Il est transféré à la prison d’El-Harrach, d’où il s’évade le 30 avril 1966. Il dénonce alors Houari Boumediène, qui entre-temps, s’est emparé du pouvoir : « la dictature militaire a remplacé la dictature politique », dit-il.

Il ne reviendra en Algérie qu’après les émeutes d’octobre 1988 qui ont contraint le régime à accepter une ouverture politique. En décembre 1991, alors que le coup d’Etat se prépare contre des élections législatives remportées par le Front islamique du salut (FIS), il défend le respect de la légalité constitutionnelle. Certains parmi les élites francophones lui reprocheront avec violence son slogan de « ni Etat policier, ni Etat intégriste ». « Certains pensent que le FFS demeure dans l’opposition systématique. Nous sommes pour le compromis et non pour la compromission », disait-il.

Contraint de réduire son activité politique

Après l’assassinat du président Mohamed Boudiaf en 1992 et la montée des violences qui marquent le début de la décennie noire, il quitte à nouveau l’Algérie. Pour ses partisans, convaincus que Boudiaf a été éliminé par le régime, sa sécurité physique n’était plus assurée et il n’y a plus de marge de manœuvre pour l’action politique. Hocine Aït-Ahmed reviendra au pays pourparticiper à l’élection présidentielle d’avril 1999. En pleine campagne, il est victime d’une crise cardiaque. Il est contraint de réduire son activité politique, mais de Lausanne où il réside, reste toujours présent dans la vie politique à travers les médias.

On a souvent, à tort, présenté l’homme, comme étant le « représentant des Kabyles ». Hocine Aït-Ahmed, dont le père était caïd et la famille liée au cheikh de la zaouia du village, à Aïn El-Hammam en Haute Kabylie, connaissait parfaitement la langue arabe. Il n’a jamais été « berbériste » mais aura, au contraire, œuvré pour maintenir la question berbère dans un combat pour les libertés démocratiques, refusant tout débordement vers les thèmes « ethno-culturalistes ». Une constante dans le combat politique de Hocine Aït-Ahmed. Retiré de la vie politique depuis le printemps 2013, l’homme avait été victime d’un AVC en janvier 2015. Il n’aura pas vu de sonvivant l’avènement de l’Algérie démocratique et ouverte qu’il appelait de ses vœux.

 

 

 

 

Leave a Reply

Your email address will not be published.