L’Algérie dans l’empire ottoman

regence

Les frères Barberousse (1516-1518).

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Arudj Barberousse

kheiredine

Kheireddine Barberousse.

Arudj Barberousse s’installe d’abord à Jijel ; il prend Alger en 1516 à la tête de 1 300 turcs et d’une flotte de 16 galiotes. Il devient maître de la ville après avoir fait assassiner l’émir Salim at-Toumi qui avait intrigué avec les Espagnols et sa tribu pour se débarrasser des corsaires. Il repousse d’Alger une expédition espagnole. Il organise l’administration de la ville dont il renforce le système de défense en construisant des fortifications. Il conquiert tout l’arrière-pays et l’Ouest algérien : la Mitidja, le Chélif, le Titteri, le Dahra, l’Ouarsenis et par la suite le royaume de Tlemcen. En 1518, au retour d’une expédition contre le souverain zianide Abou Hammou, il est tué à Rio Salado (El Malah), défait par les Espagnols.

L’adhésion à l’Empire ottoman (1519)

Kheireddine Barberousse est proclamé « sultan d’Alger » ; entre la fin octobre et le début novembre 1519, une assemblée composée de notables algérois et d’oulémas charge une délégation de soumettre au sultan ottoman Soliman le Magnifique, une proposition de rattachement de l’Algérie à l’Empire Ottoman. En effet, à la suite de la tentative de l’Empire espagnol de prendre Alger en 1518, Kheireddine Barberousse prend conscience de la nécessité de s’appuyer sur l’aide ottomane. La délégation se charge de faire comprendre l’importance stratégique d’Alger en Méditerranée occidentale au sultan ottoman et de reconnaître sa suzeraineté. Kheireddine Barberousse est alors nommé beylerbey. Le rôle important de la flotte de la régence dans les campagnes maritimes ottomanes et cette adhésion volontaire donnent un caractère particulier aux relations entre Alger et Istanbul. La régence est alors considérée non comme une simple province mais un « État d’Empire ».

L’époque des beylerbeys (1516-1586)

Les réactions hafsides, zianides et kabyles

Le sultan hafside de Tunis, Moulay Mohamed, s’inquiète de l’implantation de Kheireddine Barberousse. En 1518 il va s’allier au roi de Koukou, Ahmed Belkadi, pour contrer son influence.

Le développement de la ville d’Alger se fait aux dépens de son substrat berbère déjà bien entamé ; elle attire diverses populations méditerranéennes. L’influence de la ville va se heurter aux Kabyles, principal groupe berbère de son arrière-pays. Ces populations sont à l’origine les alliés des Turcs et joueront, avec eux, un rôle essentiel dans le développement de la régence. Ces tribus organisées autour de deux « États », Koukou et Beni Abbès constituent tout au long de l’histoire de la régence une force militaire capable de s’opposer à la milice des janissaires. Combiné aux renforts envoyés par les Hafsides de Tunis, Ahmed Belkadi, sultan de Koukou, défait Kheireddine Barberousse à l’ouest de la Kabylie en 1519. Cette victoire lui ouvre la voie d’Alger en 1520 et il est alors dans les faits à la fois « roi de Koukou » et « roi d’Alger » pour 7 ans. Kheireddine Barberousse est durant cette période obligé de se replier sur Jijel.

Au sein des anciennes possessions hafsides, Béjaïa fut une ville dissidente et siège d’un émir de Béjaïa régnant sur un territoire correspondant à l’ancien domaine hammadite, soit l’est algérien. À la fin du xve siècle et au début du xvie siècle, Léon l’Africain et Al-Marini décrivent un prince de Béjaïa, séparé de celui de Tunis, avec une situation similaire à Constantine et Annaba, ce qui traduit un morcellement du territoire hafside. L’émir Abderrahmane, fondateur du royaume des Beni Abbès, est lui-même l’ancien émir hafside de Béjaïa ; il se replie sur la Kalâa des Beni Abbès en Kabylie.

Cependant le roi de Koukou s’étant attiré les faveurs des Hafsides de Tunis, Kheireddine va trouver un allié sur le plan local en la personne du rois des Beni Abbès, Abderrahmane puis El Abbès. Ce dernier est en conflit avec son oncle, Abu Bakr, émir hafside de Constantine et vassal de Tunis, et va s’allier avec Kheireddine pour réduire son influence. C’est ainsi qu’entre 1520 et 1525, Kheireddine, va paradoxalement renforcer sa présence dans l’est algérien. Il s’empare de Collo (1520), Constantine (1521) et Annaba (1522). Ces succès s’expliquent, outre ses alliances locales, par le manque de vivacité des Hafsides de Tunis qui n’entreprennent aucune contre-attaque. Ces manœuvres lui permettent également de couper tout lien territorial entre Koukou etTunis, empêchant l’envoi de renforts. L’incapacité de Ahmed Belkadi a fonder une entreprise étatique autour d’Alger et des tribus arabes et berbères locales, l’impossibilité de compter sur les Hafsides de Tunis et la maîtrise de l’est algérien par Kheireddine ouvre la voie à son retour à Alger en 1527.

Un autre élément va rajouter à la confusion, celui de l’alliance avec l’Empire espagnol. En effet le déclin de Hafsides, l’établissement de la régence, la rivalité entre les royaumes de Koukou et Beni Abbès et les retournements d’alliance de ceux-ci, vont ouvrir jusqu’à la fin du xvie siècle un véritable « chassé-croisé » entre ces divers acteurs. Le déclin des Hafsides rend nécessaire l’alliance avec l’Espagne pour contrer l’influence de la régence et de son appui ottoman. En 1529, un traité est signé selon lequel le royaume de Koukou devient tributaire de la régence contre une reconnaissance de son autonomie. À cette période, un traité semblable est signé avec le royaume de la Kalâa des Beni Abbès.

Le traité est rapidement remis en cause à deux reprises, au nom du lien qui unit le royaume de Koukou aux Hafsides. En effet les Ottomans entreprennent de déposer les Hafsides de Tunis qui déstabilisent la régence dans le Constantinois par des éléments « pro-hafsides » ; cependant ceux-ci sont appuyés par les Espagnols de Charles-Quint, qui font également reconnaître leur suzeraineté à l’ouest au royaume zianide. Charles-Quint décide alors d’une expédition vers Alger en 1541, à laquelle le royaume de Koukou va s’allier. L’échec de cette expédition expose alors le royaume de Koukou aux représailles de Hassan Pacha en 1542 et le force a respecter le traité de 1529.

L’expansion territoriale et l’affermissement de l’autorité d’Alger

Kheireddine reste au pouvoir à Alger jusqu’en 1533 ; seuls quelques-uns de ses successeurs ont un règne conséquent : Hassan Agha (1534-1543), Hassan Pacha (1544-1551, 1557-1561 et 1562-1567), Salah Pacha (1552-1556).

Les Espagnols une fois repoussés, Alger, dotée d’un port et entraînée par un chef de guerre compétent, se livre avec succès à l’attaque de navires en mer (corso) et au pillage des régions côtières européennes. Devenue un grand port de guerre, elle gagne au fil des expéditions étrangères la réputation de ville « bien gardée » (المحروسة (al-maḥrūsa(t)) en arabe) et d’« imprenable ».

En 1540, le Pape Paul III lance une croisade contre les Algériens. Charles Quint, le souverain le plus puissant d’Europe, roi d’Espagne et empereur d’Allemagne, est le seul à répondre. En 1541, il réunit une flotte de 65 vaisseaux de guerre, 451 navires et 23 000 combattants dont 2 000 cavaliers et vient faire le siège de la ville. Mais les Ottomans interviennent et défont Charles-Quint.

L’État de Tlemcen est annexé à la régence d’Alger (1550), le royaume de Fès est conquis et devient tributaire de la régence. La ville de Bougie est restituée à la Régence en 1554. La ville d’Oran est assiégée et plusieurs villes de l’est de l’Algérie et du Sahara sont prises : Biskra, Ouargla et Touggourt.

Alliance franco-ottomane

La flotte de Barberousse hiverne à Toulon en 1543.

En 1536, l’amiral français Bertrand d’Ornesan unit ses douze galères françaises à une petite flotte ottomane appartenant à Barberousse à Alger, faite d’une galère ottomane et de 6 galiotes, et attaque l’île d’Ibiza, dans les Baléares. Après avoir échoué dans la prise de la tour de Salé, la flotte attaque la côte espagnole entre Tortosa et Collioure, puis prend ses quartiers d’hiver à Marseille avec 30 galères à partir du 15 octobre 1536. C’est la première fois qu’une flotte turque séjourne pour l’hiver à Marseille.

Après le siège de Nice, François Ier propose aux Ottomans de passer l’hiver à Toulon. Au cours de l’hivernage de Barberousse, la cathédrale de Toulon est transformée en mosquée, l’appel à la prière a lieu cinq fois par jour, et les pièces ottomanes ont cours. Tout au long de l’hiver, les Ottomans peuvent utiliser Toulon comme base arrière pour attaquer les côtes espagnoles et italiennes.

 

Reykjavik, l’une des avancées extrêmes en Atlantique des corsaires de Salé et de la régence d’Alger. Ce n’était alors qu’un très petit village.

Avec la République de Salé (Maroc)

Dès les premières années, les corsaires de Salé menèrent également des raids audacieux et lointains : en 1624, unis aux pirates d’Alger, ils allèrent jusqu’à donner la chasse aux pêcheurs de Terre-Neuve. En 1627, ils effectuèrent un raid contre la ville de Reykjavik, en Islande.

Il existait une véritable spécialisation entre les pirates d’Alger et ceux de Salé. Fort de leur nombre et de leur antériorité, les pirates algériens se réservaient en pratique la course en « mer du Levant » (la Méditerranée), les corsaires de Salé se réservant la « mer du Ponant », c’est-à-dire l’océan Atlantique, avec le détroit de Gibraltar pour frontière.

Les présides espagnols (1509-1790)

L’Espagne établit des présides ou « places de souveraineté » dans la Régence d’alger (ex-Barbarie), à Oran (1509 à 1708 puis 1732 à1790), Alger (1510–29) et Bougie (1510–54).

L’époque des pachas (1587-1659)

La fonction de pacha d’Alger est de durée limitée : en principe trois ans. Un rôle important est joué par les institutions locales : la milice (odjak), les armateurs corsaires (raïs de taifa, taifa) et les dignitaires et conseillers (diwan)

En 1601, les Deys sont élus pour contrecarrer le pouvoir des Pachas, à la suite de conflits internes. En 1603, les Arabes, les Berbères et les Kouloughlis se révoltent contre le pouvoir des Deys. Le complot fait plusieurs milliers de morts, mais le pouvoir reste le même.

L’époque des aghas (1659-1671)

Au cours du xviie siècle, Alger se dégage de l’autorité de la Sublime Porte. Des pouvoirs nouveaux émergent des conflits pachas-taïfa-odjaq : celui des aghas (1659-1671), puis des deys.

L’époque des deys (1671-1830)

De 1671 à 1689, les deys sont choisis par la taïfa des raïs (armateurs) et de 1689 à 1830 par l’odjaq, la milice des janissaires. Sur les trente deys qui se succédent de 1671 à 1818, quatorze sont imposés par l’émeute après l’assassinat de leur prédécesseur. En 1711, le dixième dey, Ali Chaouch, refuse d’accueillir l’envoyé de Constantinople et obtient du sultan l’autonomie.

Vers le début du xixe siècle, le régence d’Alger subit plusieurs revers et signe alors des pactes et des traités de paix avec certains pays d’Europe et d’Amérique parmi ces traités: l’abolition de l’esclavage des chrétiens et leur remise en liberté.

La relation entre la régence d’Alger et la France se dégrade à la fin des années 1820, ce qui provoque l’expédition française à Alger en 1830. Les structures de la régence disparaissent à Alger, Médéa et Oran (l’émir Abd el-Kader ne gouverne pas et ne combat pas pour le compte de l’Empire ottoman) ; puis Constantine est occupée en 1837 et le Bey de Constantine, Ahmed Bey, finit par se rendre en 1848 sans s’être jamais allié à Abd el-Kader.

Guerre et relation avec Tunis

La guerre entre la régence d’Alger et de Tunis fut un grand désastre pour les Tunisiens, elle se prolongea plusieurs années.

En 1689 et 1695, la régence d’Alger s’empare de Tunis sous le day Chaaban. Le day Chaaban fut averti d’une conspiration de l’intérieur de l’Algérie et des deux États voisins, la Tunisie et le Maroc, allaient le renverser, mais il réussit à gagner.

En 1675, Romdhane Bey expulse les Français du Cap Nègre mais fait face à une guerre contre le dey d’Alger. En 1700, Mourad bey de Tunis prend la ville de Constantine, mais il ne tardera pas, la régence d’Alger reprend le dessus et deux mille Tunisiens furent tués. Ibrahim Cherif, l’agha des spahis, met fin au régime mouradite, il est nommé dey par la milice et fait pacha par le sultan ottoman. Il n’arrive toutefois pas à faire cesser les incursions algériennes et tripolitaines. Finalement vaincu par le dey d’Alger en 1705, il est capturé et emmené à Alger. 1720, le Bey Kelian Hosseïn organise une expédition contre Tunis.

En 1755, le Bey Hoseïn (de la province de Constantine) dit Zereg Aïnou (yeux bleus) s’empare de Tunis.

L’armée algérienne prend la ville de Tunis d’assaut le 31 août 1756. Fait prisonnier par les Algériens, Ali I Pacha est déposé le 2 septembre. Ramené à Alger enchaîné, il est étranglé par des partisans de son cousin et successeur Rachid le 22 septembre.

Alger a imposé un tribut en 1756 à Tunis, cette dernière devait envoyer de l’huile pour éclairer les mosquées d’Alger à chaque année. Hammouda Pacha, en 1805, organise une tentative de renversement et attaque des caravaniers de Constantine en sol tunisien. Alors Ahmed Khodja humilié et aussi préoccupé par la situation de révolte à Oran et de la famine de Constantine, décide d’envoyer seulement une frégate et fait razzier la Goulette en 1807. Au même moment, Hammouda Pacha et Mustapha Engliz (renégat chrétien britannique expulsé d’Alger et réfugié à Tunis), organisent une attaque de la province de Constantine avec 50 000 hommes sous le commandement de Soliman Kiahia. Ce dernier résista deux mois, mais les renforts d’Alger arrivent de plusieurs côtés. Le bilan des morts tunisiens reste lourd, leurs oreilles sont envoyées à dos d’âne vers Alger en signe de victoire.

La ville de Constantine rassemble seulement 4000 hommes (envoyé d’Alger), d’une part la population locale se préparait à renverser le régime du bey, car les tribus arabes de Biskra et les chefs des Aurès et de Sétif aurait promis aux Tunisiens à leur passage à la frontière de les aider, d’autre part les Kabyles sous le commandement du roi Derkaoui, ce dernier fut opposant au régime de la régence d’Alger; il a plusieurs fois attaqué la garde de Constantine. Hammouda Pacha fut consterné après cette défaite, il rassemble toute son armée et marche vers la frontière avec 180 000 hommes, cette fois-ci vers le Sud au Kef. Les Algériens de leur côté rassemblèrent tous les hommes et marchèrent vers Le Kef. Cette fois la victoire est du côté tunisien, l’armée algérienne fut battue 600 à 700 morts et plusieurs prisonniers. Après quelques négociations de prisonniers, la guerre reprend, mais cette-fois-ci en mer près de la côte de Sousse en 1811. Raïs Hamidou défait la frégate du raïs tunisien. Les Tunisiens étaient sous le commandement du Raïs Mohammed el-Mourali. La flotte de Hamidou était composée de six gros navires et de quatre canonnières. En revanche, les forces tunisiennes étaient formées de 12 bâtiments de guerre.

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gence_d%27Alger

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