Populations de l’Algérie ottomane

maures

femmes maures d’Algérie distinguées dans leur interieur

Population d’Alger

À la moitié du xvie siècle, la capitale Alger était formée de 12 000 maisons, dont 6 000 habitées par des « renégats », anciens chrétiens européens ou Juifs convertis à l’islam, ce qui correspond à 25 000 citoyens de cette origine. Le certificat de citoyenneté est délivré uniquement à ceux qui se convertissent à l’islam. La population totale était alors d’environ 50 000 habitants ; elle culminera à l’apogée de la course, vers 1610/1620, à 150 000 ou 200 000 personnes, et est estimée vers 1730 à 100 000 sans compter les esclaves.

Populations rurales

Les populations rurales étaient les plus importantes, plus de 90 % du total. Ces populations sont regroupées en tribus qui se distinguent selon leur mode d’administration : tribus de type féodale, maraboutique ou de tradition démocratique et selon leur lien avec l’autorité turque : r’ayas, makhzen, alliés, vassales, ou indépendantes. L’économie sédentaire était prépondérante, toutefois, les tribus des hauts plateaux et du Sud préféraient l’élevage à l’agriculture pour échapper à l’impôt. Elle se divisaient entre les populations arabophones et les populations berbèrophones. Ces dernières représentaient encore la moitié de la population algérienne.

Maures

Les Maures ou Hadars constituaient le groupe le plus important de la population urbaine. Les Européens les appelaient Maures, parce que dans les ports, dominait une bourgeoisie d’origine andalouse. Les populations des villes ont été ensuite identifiées aux populations chassées d’Espagne .

Les Morisques (musulmans d’Espagne) sont arrivés aux ports du Maghreb par des vagues successives avec l’appui des corsaires turcs : les Valenciens en 1609 qui sont accueillis principalement à Oran, suivi par les Aragonais en 1610 et les derniers en 1611. Les Andalous se distinguaient des autres éléments par leur physique, leur culture et leur coutume.

Ils ont joué un rôle économique important et sont à l’origine de la citadinité de plusieurs villes algériennes. Ils ont relevé Cherchell, Ténès et Dellys de leurs ruines, repeupléBlida, fondé Koléa et ont contribué à l’essor urbain d’Alger. Ils sont à l’origine des progrès de l’arboriculture dans les campagnes et l’introduction de nombreuses cultures ; aux environs d’Alger, la Mitidja était une zone de colonisation andalouse. Plusieurs industries ont été également introduites par les Andalous, notamment la broderie, la fabrication de la soie et le travail du cuir.

Kouloughlis

Les Kouloughlis étaient les enfants nés d’unions entre les janissaires de la milice et les femmes du pays. Ils avaient donc le caractère fondamental d’être rattachés aux populations autochtones par leur parenté maternelle. À ce titre, ils pouvaient mettre en péril le monopole de pouvoir que l’Odjak avait acquis sur la régence d’Alger, et diverses étapes d’affrontement et d’apaisement entre les deux groupes vont se succéder pendant les trois siècles que durera la Régence.

On trouvait des forts noyaux Kouloughlis dans les villes tels que Tlemcen, Médéa, Mascara, Mostaganem, Miliana, Constantine, Annaba, etc. Ils étaient recrutés pour les postes administratives et militaires des beyliks, à Tlemcen aux côtés de la population autochtone de souche citadine dite “Hadar”, ils formaient la majorité de la population. De nombreux Beys étaient Kouloughlis. La première mention officielle des Kouloughlis date de 1596, il existait déjà une vigoureuse minorité kouloughlie. Au xvie siècle, qui est l’époque des Beylerbeys, leur influence n’est pas négligeable, et l’on compte 2 Kouloughlis sur 18 Beylerbeys se succédant de 1535 à 1586, dont Hassan Pacha, fils du célèbre Kheireddine, fondateur de la Régence. Cette époque est favorable aux Kouloughlis.

Cependant l’époque des pachas va changer la donne, en ouvrant la voie aux ambitions des Turcs immigrés, qui vont se retourner contre les Kouloughlis ressentis comme menaçants de réduire leur portion dans la milice.un conflit éclata en 1596 entre Kheder Pacha et la Milice, et un autre en 1629. Il semble que les Kouloughlis aient pensé renverser le pouvoir de la Milice. Mais la Milice réagit avec rapidité, qui les expulsera d’Alger, La plupart des expulsés rejoindront la Kabylie : certains d’entre eux y formeront la tribu des Zouathna, sur les bords de l’oued Zitoun, d’autres rejoindront les environs de Bordj Zemoura, d’autres encore le royaume de Kouko. La lutte ouverte durera une quinzaine d’années entre la Milice et les forces coalisées des Kabyles et des Kouloughlis, marquée par une amnistie donnée aux Kouloughlis en 1639, qui ne fut pas suivie d’effet.

Une trêve finalement s’instaura, mais la situation des Kouloughlis était bien diminuée jusqu’à 1693 où le Dey Chaban rétablie leurs droits .Leurs dernières actions d’éclat dans le cadre de la Régence seront l’appui apporté au Dey Ali Khodja dans l’écrasement de la milice des janissaires en 1817, qui verra l’abaissement politique définitif de cette milice, la participation du corps des 5 000 Kouloughlis sous les ordres d’Ibrahim Aga à Staoueli le 19 juin 1830 et les actions du Kouloughli Hadj Ahmed, bey de Constantine, qui maintiendra jusqu’en 1837 la souveraineté théorique du calif ottoman sur le beylik de l’est .

Juifs

Les communautés juives développent chacune leurs propres coutumes et leurs propres rites (algérois constantinois, oranais…), qu’on retrouve aujourd’hui encore puisque certaines synagogues sont, par exemple, de rite algérois ou d’autres de rite constantinois. Ce judaïsme accorde une grande importance à la Kabbale et à la vénération des « saints » c’est-à-dire des rabbins fondateurs comme le Ribach et Rachbatz ou encore Ephraim Encaoua à Tlemcen dont la tombe est fréquentée par les Juifs comme par les musulmans. Certaines synagogues deviennent des lieux de pèlerinage, comme celles de Bône et de Biskra.

Dans chaque ville, on trouve à la tête de la communauté le « chef de la nation juive » (Mokdem), nommé par le pouvoir et chargé de la collecte des impôts. Malgré les risques que comporte cette fonction, elle est très recherchée pour son influence auprès du Dey. Les procès entre Juifs sont jugés par les juges des tribunaux rabbiniques mais ceux impliquant aussi des musulmans sont jugés par des musulmans. Autres notables importants, les Guizbarim sont chargés des œuvres de bienfaisance.

Les Juifs sont strictement soumis au statut de « dhimmi » qui leur assure à la fois une certaine protection. Ce statut leur octroie une très grande liberté de culte, mais leur impose de nombreuses interdictions (ne pas être armés, interdiction d’aller à cheval, et de porter des vêtements distinctifs de couleur sombre, obligation de résider dans les quartiers réservés, le mellah). Comme dhimmis, ils n’ont pas le droit d’être propriétaires fonciers sont le plus souvent artisans ou commerçants : tailleurs, brodeurs, cordonniers, mais orfèvres, bijoutiers ou joaillers. Ils peuvent même battre la monnaie du Dey. Comme commerçants, ils assurent les liaisons avec les provinces sahariennes et aussi grâce à leurs liens professionnels et familiaux avec les Juifs de Livourne, ils sont en relations d’affaires avec les ports européens de la Méditerranée comme Marseille. Cette puissance commerciale et financière leur donne accès au Dey.

Esclaves

Les caravaniers qui partent du Maroc vers l’Afrique alimentaient les marchés des villes du nord de la côte du nord du Maghreb, les esclaves étaient composés d’hommes et de femmes dans la régence d’Alger. Comme la régence de Tunis, le protectorat ottoman et État barbaresque qu’est la régence d’Alger, pratique l’esclavage des chrétiens.

La situation des esclaves est bien connue pour la seule ville d’Alger, où elle a donné lieu à une abondante littérature .

Capturés à l’occasion des opérations du corso , leur nombre a varié en fonction de la prospérité de cette activité. « Alger regorgeait de captifs au temps de Kayr al Din (Barberousse) à telle enseigne que celui-ci appréhendait leur révolte » (Fatima Guechi), et durant les xvieet xviie siècles, ils sont plus de 25 000, atteignant à l’apogée, au milieu du xviie siècle, le nombre de 25 000 à 35 000 esclaves chrétiens, alors que la ville d’Alger compte alors 100 000 habitants libres. Avec le déclin de la course, la chute est fulgurante : 2 000 esclaves à la fin du xviiie siècle, 400 en 1830.

Ils sont de toutes nationalités, surtout européennes, donnant à la medina son aspect cosmopolite, et de toutes origines sociales. Les classes aisées donnent les esclaves de rançon, bien traités en raison de leur valeur marchande. Les esclaves de travail sont logés dans les bagnes et servent dans les galères, l’entretien et la fabrication des bateaux. Les femmes servent de domestiques ou exercent la prostitution pour le compte de leur maître. La chiourme sert trois ou quatre mois en mer, le reste du temps servant à quai ou dans les chantiers navals. Quelques-uns de ces esclaves bénéficient de revenus de la course, d’autres tiennent des tavernes ou des cabarets. La conversion à l’islam comme voie de libération fait beaucoup d’adeptes en leurs rangs, l’autre voie étant le rachat, organisé par des ordres religieux (Trinitaires,Ordre de la Merci…).

Le souvenir d’illustres captifs a été conservé, et certains d’entre eux ont laissé le témoignage de leur temps d’esclavage : Pierre Gilles, conservateur de la bibliothèque de François Ier, capturé en 1546, Cervantès, Diego de Haëdo ou encore Emanuel d’Aranda

Autres

Avec l’arrivée des forces maritimes ottomane, plusieurs janissaires et Européens dit renégats ont pris le pouvoir de la régence d’Alger. De plus, plusieurs Turcs se sont installés dans la régence d’Alger.

Enfin, plusieurs colonies européennes s’installent dans la régence d’Alger soit à El Kala, à Collo, à Annaba et à Oran (Plazas de soberanía).

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gence_d%27Alger#La_Kabylie_et_le_centre

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