L’État informel

Les zaouïas n’ont pas manqué d’être associées à cet effort de légitimation récompensée du régime. C’est donc tout naturellement que Chakib Khelil, de retour d’exil, va chercher leur onction. Les choses ont sûrement changé depuis le temps où André Gide écrivait que ces saintes gens, ces “anachorètes”, semblaient n’avoir plus de rapports qu’avec “Dieu”.

   

Mustapha Hammouche

Mustapha Hammouche

    C’est un curieux message que les organisateurs de l’accueil de Chakib Khelil par une zaouïa de Djelfa veulent livrer.
   Partie prenante des dernières campagnes pour l’élection présidentielle, le réseau de zaouïas ne fait plus mystère de son engagement envers l’ordre en place. C’est peut-être cette sollicitation électorale qui a récemment fait dire à son président que l’Association des zaouïas était “la première institution politique du pays” ! Il est vrai que, comparativement à l’estime dans laquelle les autres institutions sont tenues, les institutions de la République, comme la justice par exemple, les zaouïas peuvent se targuer d’occuper le sommet de la hiérarchie des institutions.
   Eh bien oui ! Les membres de la caste au pouvoir ont tout. Sauf la bénédiction. Celle du peuple, ils l’arrachent par le truchement de la fraude ou l’achètent au prix de largesses clientélistes ; celle des partenaires, ils la marchandent au prix de disponibilités diplomatiques et commerciales. Mais les deux sont factices, parce qu’elles sanctionnent la disponibilité et l’usage de moyens plus qu’elles ne récompensent la qualité d’une action politique.
   Les zaouïas n’ont pas manqué d’être associées à cet effort de légitimation récompensée du régime. C’est donc tout naturellement que Chakib Khelil, de retour d’exil, va chercher leur onction. Les choses ont sûrement changé depuis le temps où André Gide écrivait que ces saintes gens, ces “anachorètes”, semblaient n’avoir plus de rapports qu’avec “Dieu”.

dilemchakib
   Après son autoritaire disculpation, ce n’est tout de même pas à la justice qu’il ira s’adresser pour récupérer l’absolution. La crédibilité de l’institution a toujours pâti de son instrumentation politique et de la pratique corruptive caractéristique de notre société, mais la gestion politique des derniers scandales financiers ont achevé de l’accabler d’un total discrédit. C’est désormais elle qui a besoin d’être réhabilitée. Mais au vu des derniers événements politico-judiciaires, il va falloir, pour cela, qu’elle attende la fin du système.
  La justice n’est pas seule à être réduite à un rôle de figuration par la pratique autoritariste de la ploutocratie ! On a bien vu le wali de Tizi Ouzou, une institution, conseiller aux élus de son APW, une autre institution, d’être heureux qu’un chef de syndicat d’entrepreneurs “ait ses entrées chez les décideurs” et puisse intervenir pour maintenir, dans la région, des projets en passe d’être annulés. C’est le fonctionnement institutionnel qui s’efface publiquement au profit du lobbying de coterie.
  Il n’y a pas que l’économie qui tourne, pour moitié, de manière informelle. L’État aussi fonctionne sur le mode confidentiel. Et, comme l’explique le wali, des décisions de gestion des affaires du pays se prennent sur la base de rapports personnels.
   Dans le système rentier oligarchique, l’État fonctionne ainsi. En substituant les coteries et réseaux aux institutions officielles.

 

Par Mustapha Hammouche dans Liberté du 03.04.2016

1 comment for “L’État informel

  1. ouchene
    April 5, 2016 at 11:10

    Je pense que la relation (Zaouia – islam) est une photocopîe conforme de la relation (sionisme Judaïsme ).
    Le sionisme détient le pouvoir et l’argent, a met à genou le Judaïsme en falsifiant l’histoire.
    L’esprit zaouia détient le pouvoir et l’argent,cherche à travestir l’islam en falsifiant l’histoire.

    Cette analogie existe par dela bien et mal.

    Merci d’avoir accepté cette vision des choses.

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