Kabylie médiévale: Le royaume de Koukou

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Le royume de Koukou, fondé en 1510 par Sidi Ahmed ou el Kadhi, est une principauté berbère issue de la dislocation du royaume hafside de Bougie, contrôlant une partie notable de la Kabylie durant la période médiévale.

Son existence doit être mise en parallèle avec un homologue, le royaume des Beni Abbes (ou royaume des Aït Abbas), centré sur la Kalaâ dans les Bibans.

Historiographie

La désignation comme « royaume »

Le terme de « royaume » n’est pas strictement adéquat, mais se rencontre dans des textes français sur la Kabylie.

Par exemple, Lucien Leclerc : « À l’époque des Barberousse, nous voyons apparaître en Kabilie [sic] un petit état connu dans l’histoire sous le nom de royaume de Koukou ».

Louis Rinn écrit en 1891 dans une note de son ouvrage sur l’insurrection de 1871 : « Le royaume de Koukou fut fondé en 1510 par Ahmed-ben-el-Qadi, qui était juge à la cour des derniers rois de Bougie. Lors de la prise de cette ville, le 6 janvier 1509, il s’était réfugié chez les Qbaïls [= Kabyles] des Aït-Ghoubri, à Aourir ; il était devenu le chef d’une confédération puissante. »

Sa durée

Louis Rinn estime que cet État décline à partir du début du XVIIème siècle : « À partir de 1618, la famille se divisa, son influence déclina, le nom même d’Ouled-el-Qadi, porté par les chefs de Koukou, cessa d’être employé, et il fut remplacé par celui d’Ouled-Boukhetouch. Aujourd’hui la famille a été absorbée par l’élément berbère et n’a plus qu’une influence insignifiante dans le haut Sébaou. Koukou est une taddert de 600 habitants répartis en six hameaux ; il fait partie de la fraction des Imessouhal des Aït-Yahia, aux sources du Sébaou. »

Camille Lacoste-Dujardin estime que le royaume de Koukou a duré pendant deux siècles.

Contextes culturel et historique

Étant donné que le sujet concerne la Kabylie, les noms ont parfois deux versions, berbère et arabe. C’est ainsi que « Ahmed ou el Kadhi » est une forme en partie berbère, la forme arabe étant « Ahmed ibn el Qadi » ou « Ahmed ben El Qadi », abrégée en « Ahmed Belkadi ». On a aussi le couple Aït Abbas/Beni Abbes, etc. (à quoi s’ajoute le problème des transcriptions de l’arabe en français).

Sur le plan historique, le royaume de Koukou fait partie de l’histoire de la partie Est du Maghreb (Tunisie, Constantinois, Algérois) avec, au XVIème siècle, la disparition des dynasties hafsides et la mise en place de la régence d’Alger, puis de la régence de Tunis, toutes deux sous la tutelle de l’Empire ottoman ; un phénomène secondaire mais non négligeable est constitué par l’expansion espagnole sur le littoral algérien (Oran, Bougie, etc.).

La fin de l’époque hafside et la fondation

Sidi Ahmed ou el Kadhi (ou : Ahmed Belkadi), juge à la cour des derniers rois de Bougie, est un membre de la fraction des Imessouhal de cette tribu. L’établissement de sa famille dans l’arrière pays de Sebaou date de la fin du xive siècle, avec une citadelle située à Koukou dans la tribu des Aït Yahia.

Il participe avec les corsaires turcs à la reprise de Béjaïa sur les Espagnols.

Cependant, en 1520, Khayr ad-Din Barberousse, maître d’Alger, décide de mener une expédition contre lui. La bataille a lieu dans la plaine des Issers et se termine par la victoire des Kabyles. Ahmed Belkadi s’empare d’Alger où il règne jusqu’en 1527.

Le début de la période ottomane

A la mort de Si Ahmed Atounsi Boukhetouche, en 1696, la famille est déchirée par une sanglante guerre de succession. Fragilisée par les divisions, la Kabylie devient une proie accessible aux visées turques.

À partir de 1720, Ali Khodja organise le Makhzen des Amraoua, dans la vallée du Sébaou, avant de partir à l’assaut des dernières poches de résistance.

En 1730, la dynastie de Koukou est vaincue ; les Turcs commencent à installer des postes avancés dans les plaines de Grande Kabylie.

Durant tout le xvie siècle, les Ayt El Cadi jouèrent un rôle politique régional important en s’alliant avec les Espagnols contre les Turcs ou avec les Turcs contre les Espagnols, selon les opportunités politiques et les enjeux du moment. En 1520, le sultan de Tunis, qui avait des inquiétudes sur la montée en puissance de Barberousse, ayant prêté hommage à Constantinople, marche sur Alger, Barberousse sera trahi par les troupes kabyles de Koukou et sera forcé de s’enfuir. Les troupes de Koukou qui occupent Alger s’y font haïr à cause de leur tyrannie, ce qui facilitera la tâche à Kheir-ed-Din pour récuper ces territoires .

Koukou fut alors considèrée comme une puissance des plus redoutables de la Méditerranée. Cela dura peu, Kheir-ed-Din, organisa une confédération des tribus berbères soumises Royaume des Beni-abbès, rival de Koukou, pour lutter contre ces derniers. El Kadi fut prisonnier à la suite d’une bataille et tué par le royaume des Beni-Abbès – ses frères ennemis – et sa tête fut promenée à Alger.

« Comme chef tributaire indépendant, le plus puissant était le roi de Koukou, de la famille Ben-el-Kadi, maître de la Kabylie de Djurdjura, que nous avons vu successivement l’allié et l’adversaire de Barberousse, et qui avait fini par accepter la domination turque. C’est un feudataire absolument maître chez lui et n’ayant d’autre obligation que de servir une redevance, dont nous ignorons le chiffre, au pachalik d’Alger, et de lui fournir son concours militaire. Nous verrons les Turcs s’appliquer sans relâche à réduire son autonomie et à empiéter sur son territoire. »]

Relations étrangères et diplomatie

Dans diverses lettres de négociations entre l’Espagne et Koukou, on apprend plusieurs choses: Un désir d’alliance contre le Turc, considéré comme un ennemi commun, pour cela le royaume de Kouko peut mobiliser jusqu’à 100 000 hommes, se disant supérieur à l’ennemi, il demande néanmoins l’envoi de poudre et de plomb. Le roi de Kouko fait miroiter divers avantages à l’empereur espagnol dont la possibilité de construire une place forte à Oran. Le roi de Kouko souhaitant voir 50 galères mouiller dans un de ses ports, durant l’année 1604, une tentative de ravitaillement effectuée par des frégates de Majorque va néanmoins échouer. On notera aussi que deux notables du royaume (nommé Amar le Vieux et Abd-el-Malek) vont ainsi aller à la cour de Philippe .

La médiation se fait par l’intermédiaire d’un moine franciscain, les ambassadeurs du royaume de Koukou sont hébergés pendant plusieurs mois à Majorque en 1603, un deviendra esclave et se convertira au catholicisme.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Royaume_de_Koukou

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