Le Printemps noir entre structures d’opportunité politique et hybridité du régime

Au printemps 2001, le 18 avril plus exactement, Massinissa Guermah, un jeune lycéen, est assassiné dans une brigade de gendarmerie de Beni Douala en Grande Kabylie. Le rapport de la Ligue algérienne des droits de l’homme (avril 2001 -avril 2002) parle d’exécution. Cela s’est passé dans une région d’Algérie connue pour sa forte opposition au pouvoir central d’Alger…    

     La définition du concept de mouvement social fait l’objet d’un débat permanent entre spécialistes des sciences sociales qui soulèvent des questions philosophiques. La signification de ce concept est «difficile à appréhender»[1] et «l’histoire du concept témoigne de la multiplicité des significations dont on a pu l’investir»[2] comme D. Cefaï le souligne. Le mouvement social n’est pas une catégorie universelle, mais  historique[3]. Il est intéressant de voir dans ce cas-ci si l’on peut parler de mouvement social lorsqu’on évoque le Printemps noir.  

   Force est de constater que  le l’arrouch en tant que mouvement socialpar rapport aux mouvements sociaux à référent islamique est quasiment ignoré par les chercheurs qui s’intéressent au monde dit arabe en général ainsi que  par les spécialistes des mouvements sociaux en particulier. Il est probable, à notre sens, qu’il était victime de la focalisation sur l’islamisme. Tout de même, il ne faut pas ignorer que le Printemps noir s’est produit dans un contexte politique national et international dominé par la violence à référent islamique. Vraisemblablement, le Printemps noir n’a pas eu la même visibilité que la guerre civile de 1992 en Algérie et les attaques aériennes spectaculaires du 11 septembre 2001 qui ont frappé le cœur de l’Occident. Même sur le plan quantitatif, le bilan de cent vingt-six morts du Printemps noir  est  incomparable avec les  cent mille morts, voire plus, de la guerre civile et les milliers de morts du 11 septembre. Forcément, dans ce contexte de violence nationale et internationale, la visibilité ne peut être que pour les mouvements islamistes.

printemps noir

    Au printemps 2001, le 18 avril plus exactement, Massinissa Guermah, un jeune lycéen, est assassiné dans une brigade de gendarmerie de Beni Douala en Grande Kabylie. Le rapport de la Ligue algérienne des droits de l’homme (avril 2001 -avril 2002) parle d’exécution. Cela s’est passé dans une région d’Algérie connue pour sa forte opposition au pouvoir central d’Alger. Cette réputation est associée à la Kabylie parce qu’historiquement sa population en plus de ses multiples mobilisations contre la présence coloniale, a vécu après l’indépendance au moins quatre mobilisations importantes contre le  pouvoir d’Alger. Nous estimons que ces expériences historiques ont participé à l’enrichissement des ressources de mobilisation que les acteurs du Printemps noir ont employées dans leur mobilisation contre le pouvoir en place.

    La première mobilisation s’est produite en 1963, il s‘agit précisément d’une rébellion  armée  que des officiers de l’ALN ont menée contre le pouvoir central d’Alger pour des raisons purement politiques. Cette  mobilisation a été organisée par un parti politique, le Front des Forces socialistes (FFS) en l’occurrence. La seconde c’était en 1980, à cette époque, la Kabylie a été le théâtre des manifestations connues par la suite sous l’appellation du Printemps berbère. Ces protestations se sont déclenchées en réaction à l’interdiction d’une conférence que Mouloud Mammeri allait  donner à l’université de Tizi-Ouzou qui n’avait rien de politique. L’intrusion du politique dans cet événement s’est fait d’une façon violente par l’interdiction de la tenue de cette conférence,  la réaction de certains étudiants qui se sont mobilisés pour protester contre cette censure qu’ils estimaient injuste envers leur culture, identité et la liberté d’expression. La mobilisation était une des conséquences de la répression que le pouvoir a choisie pour l’empêcher. En effet, la crise produit la radicalisation politique, et la métaphore de la «marmite à pression» est pertinente pour saisir son moment. Des études montrent que la répression ne réduit pas la radicalisation, bien au contraire, elle la provoque et l’accentue. La répression  n’a  pas démobilisé les acteurs des protestations, elle les a poussés à se structurer  et à former le fameux Mouvement Culturel Berbère(MCB). Ce mouvement a porté au temps du parti unique et de la clandestinité les revendications identitaires et démocratiques dans la région et que l’ouverture démocratique de 1989 qui a donné naissance au multipartisme a affaibli.  La troisième mobilisation est le boycott de l’année scolaire 1994-1995 par les élèves et étudiants de la région de la Kabylie en  réponse à l’appel du MCB qui revendiquait l’officialisation de la langue Tamazight, connue sous l’appellation «la grève du cartable». En effet, ce mouvement a réussi à ce que tous les élèves et étudiants de la Wilaya de Tizi-Ouzou et de Bejaia passent une année scolaire blanche. Enfin,  la quatrième  mobilisation, elle s’est passée en 1998, il est question cette fois-ci des manifestations spontanées qui ont suivi l’annonce de l’assassinat de Matoub Lounès, chanteur symbole de la lutte pour l’identité berbère et la démocratie aux yeux de beaucoup de jeunes algériens de la région.

    Ainsi, en avril 2001, neuf ans après l’arrêt du processus électoral qui donna, contrairement aux prévisions de la présidence, le Front Islamique du salut (FIS), vainqueur du premier tour des législatives de décembre 1991 et qui était en position d’obtenir la majorité des sièges au parlement au deuxième tour, une mobilisation  pacifique d’une très grande ampleur s’est produite pour rompre  avec l’ambiance générale dominée par la violence islamiste dans une région d’Algérie, la Kabylie précisément. La mobilisation était forte parce qu’elle était large et en dehors  des instituions partisanes qui dominaient l’action politique depuis des années.  La population de cette région, particulièrement les jeunes, s’est mobilisée pour s’opposer à un  pouvoir qui non seulement ne jouissait pas d’une légitimité démocratique, mais qui  semblait être fragilisé par une décennie de guerre civile qui à l’origine de plusieurs pressions au niveau international. Luiz Martinez souligne cette situation en écrivant que « sous un embargo que l’on peut qualifier de « moral » : durant dix ans, aucun dirigeant algérien n’a été fréquentable par la communauté internationale, à tel point que l’Algérie a été marginalisée»[4], ceci sans omettre la thèse de «qui tue qui» prônée par l’opposition, particulièrement par le FFS et certains cercles politico-médiatiques de France. Ce qui explique pourquoi  le  Président Abdelaziz Bouteflika, ancien ministre des Affaires étrangères du temps de Boumediene, a fait des tentatives pour redorer le blason de l’Algérie sur le plan international l’un des objectifs principaux de son  premier mandat.

La marche du 14 juin 2001

    Par ailleurs, il faut savoir que l’Algérie était sur le plan politique d’un côté dans un état d’instabilité et d’insécurité lié à la guerre civile[5] des années 1990 qui a fait plus de cent mille morts que beaucoup d’observateurs appellent  «décennie noire» ou «tragédie nationale», comme l’a baptisée  le pouvoir dans sa rhétorique de réconciliation nationale ; et de l’autre, elle souffrait des contraintes de l’état d’urgence promulgué le 09 février 1992 sous le pouvoir du Haut Comité d’État présidé par Mohamed Boudiaf, assassiné six mois plus tard,  et prolongé par la suite le  6 février 1993 par un décret législatif. Cet état d’urgence ne sera levé par le pouvoir en place qu’en 2011 dans le contexte du Printemps arabe pour contrer une éventuelle contamination où effet domino que les dirigeants redoutaient, d’autant plus que dans ce contexte régional de protestation contre les régimes en place, au niveau national, des acteurs politiques ont lancé des appels à la mobilisation contre le pouvoir central. Le Printemps arabe, selon Burgat, avait provoqué d’une part des effets directs sur les régimes des  pays où  se sont déroulées les révoltes comme la Tunisie, l’Égypte, la Libye, le Yémen et le  Bahreïn, de l’autre part il a produit une onde de choc qui a atteint indirectement des pays comme l’Algérie, la Syrie, le Maroc, la Jordanie, l’Arabie saoudite en les contraignant à revoir la relation gouvernants-gouvernés sur le plan institutionnel et social pour étouffer le mécontentement populaire[6]. Par exemple, le pouvoir central d’Alger a été forcé d’annuler l’état d’urgence en gardant l’interdiction de manifester à Alger la capitale que le gouvernement qui a géré la crise du Printemps noir a instaurée en réaction à la tragique  grande marche du 14 juin 2001.

    En fait, le Printemps noir tel qu’il s’est développé est le résultat d’une dynamique entre l’action  des acteurs et les contraintes structurelles d’ordre politique, économique et culturel. C’est un mouvement social qui vise à briser les limites du système d’action sur lequel il agit. Les revendications politiques exprimées dans le texte de la plate-forme de l’El Kseur démontrent cette tendance dans la mobilisation du Printemps noir.  

 

Caractère hybride du régime politique de l’Algérie

    De plus, il faut prendre en considération que l’État algérien, après les manifestations du 5 octobre 1988, s’est dotée en février 1989 d’une constitution qui a mis fin au pouvoir du parti unique en reconnaissant aux citoyens et citoyennes «le droit de créer des associations à caractère politique», une constitution qui justifiait des politiques de «démocratisation» et de «libéralisation». Ainsi, on ne peut pas nier que l’Algérie a connu une relative ouverture démocratique et qu’elle est entrée dans un contexte politique où la démocratie est devenue le mot d’ordre du gouvernement et de l’opposition. En effet, les Algériens ont vécu une situation qui n’était pas étrangère à ce que les observateurs appellent «troisième vague de démocratisation», qui correspond à l’implosion de l’URSS et l’expansion de l’économie de marché. Ce qui rond difficile, à notre sens, toute tentative de classer cet État dans la catégorie des États non démocratiques du moins sur le plan institutionnel que certains observateurs appellent démocratie de façade.

     L’Algérie a vécu une période démocratique entre 1989 et 1991, certes elle était courte, mais riche en expériences de mobilisation. Pratiquement, l’État s’est doté des principales institutions formant un État démocratique, selon la conception de C.Tilly et S, Tarrow, pour qui la politique se réduit aux institutions. Il faut prendre en compte que pour ces deux spécialistes  «les caractéristiques générales des régimes ont une influence sur les opportunités et les menaces qui se présentent à tout acteur revendicatif potentiel, et lorsqu’elles changent il se produit aussi des changements dans la nature du conflit»[7]. Ce qui veut dire que les réformes que l’État algérien a connues après la constitution de 1989 ont influencé d’une façon ou d’une autre  les événements du Printemps noir, et ce,  malgré l’état d’urgence et l’insécurité. 

   Force est de constater que même les régimes démocratiques ne sont pas à l’abri de dérives autoritaires. L’hybridation des régimes est une vision qui prend en considération cette réalité. Ce concept est  construit à partir de la constatation, selon Camau et Messardier,  que «la «nature» et le «principe» des régimes perdent aujourd’hui de leur évidence avec l’approfondissement de processus de fragmentation des lieux de pouvoir»[8]. Une situation qui a tout de même  rendu ambiguë l’opposition  démocratie et autoritarisme. En effet, c’est dans cette perspective que Massardier, en interrogeant l’évidence démocratique[9], estime que le renforcement du pluralisme dans les démocraties occidentales «n’empêcherait pas l’existence d’espaces oligarchiques fermés et peu concurrentiels de décision»[10]. Paradoxalement, cela veut dire que l’évidence est dans l’existence d’«un brouillage entre les catégories de régimes»[11] qui met  en question la typologie des régimes stipulant l’existence d’«une frontière infranchissable entre autoritarisme et démocratie»[12]. Ce concept remet en question la distinction classique entre régime autoritaire et démocratique que nous trouvons  dans la politique du conflit de C. Tilly et S.Tarrow, ainsi que dans des études sur le monde dit arabe. Son adoption nous éloigne des explications pessimistes de l’exceptionnalisme, orientalisme et essentialisme des spécialistes que  M. Camau, F. Burgat, O. Moos et A. Roussillon  ont rejetées. En effet, selon Camau,  l’hybridation des régimes souligne les limites du paradigme de la transition et de la  troisième vague de démocratisation[13]. Ces paradigmes reposent sur une vision téléologique optimiste  qui  fait de la démocratie une finalité, une étape que l’État doit franchir en suivant certaines mesures, cette  étape ne peut être que meilleur. C’est dans ce sens que Mounia Bennani-Chraibi et Olivier Fillieule rejettent «l’idée d’une différence ontologique entre sociétés démocratiques et non démocratiques»[14] et O.Dabène et al. ne considèrent pas la démocratie et l’autoritarisme comme des «qualités essentielles de régimes ou de système»[15]. Ces derniers pensent qu’avec cette posture ils seront en mesure d’éviter dans le champ des études politiques traitant les problématiques liées aux systèmes dits «autoritaires»  les pièges de l’ethnocentrisme[16]. En fait, pour eux, ce dernier implique ce qu’ils appellent la «téléologie de la démocratisation» qu’ils considèrent comme une forme déguisée de  la «  téléologie de l’occidentalisation»[17]. Ainsi, avec cette vision qui fait de la démocratie une cause finale et une règle universelle « la sortie de l’autoritarisme apparait comme la solution normale et inévitable»[18]. Or, comme Camau le souligne, «les transformations des régimes ne sauraient permettre d’exclure l’éventualité d’une consolidation autoritaire»[19]ou ce que lui et V. Geisser qualifient  de «survivance du syndrome autoritaire»[20]. Pour ces deux  spécialistes, l’autoritarisme n’est pas une «organisation propre, possédant sa propre logique institutionnelle»[21]. Ainsi, de l’idée de Derrida que «la démocratie n’est pas vraiment un nom d’un régime»[22] nous déduisons que l’autoritarisme à son tour  n’est pas  un nom d’un régime. 

    Même si certains spécialistes estiment que rien n’a changé sur le fond à l’instar de M. Hachemaoui, qui pense qu’en dépit des changements que l’État algérien a connus après les événements d’octobre 1988, les règles du jeu politique  demeurent les mêmes depuis 1962[23]. Car pour lui, c’est clair l’État algérien a été toujours gouverné en s’appuyant sur quatre règles : rapports de clientélisme, l’insécurité de l’élite, la  corruption et l’affaiblissement des institutions de contrôle et d’imputabilité[24]. Afin d’éviter cette contradiction dans l’appréciation de l’expérience pluraliste algérienne,  nous pensons qu’il est plus adéquat pour nous de parler du régime hybride que d’être catégorique et parler sans réserve de régime non démocratique. Nous pensons que la constitution de 1989 a ouvert de nouvelles opportunités politiques qui ont influencé les événements du Printemps noir. La libération de l’information particulièrement la  presse écrite et le multipartisme sont deux exemples parmi d’autres de ces opportunités que l’on ne  peut pas  négliger dans l’analyse de ces événements.    

   Le moins que nous puissions dire à propos de l’état d’urgence est qu’il limitait l’activité politique,  particulièrement celle de l’opposition, et qu’il réduisait par la même occasion le champ de liberté d’expression et d’assemblée  que le pouvoir central a imposée dans le but de gérer la situation succédant l’annulation des élections législatives et la démission, selon beaucoup d’observateurs, sous-pression des militaires du Président Chadli Benjedid, le 11 janvier 1992 et de combattre la violence islamiste. Alors, selon M. Hachemaoui, sous prétexte des manifestations du FIS, les prétoriens obligent le gouvernement des réformateurs que le Premier ministre Mouloud Hamrouche dirigeait à démissionner pour être remplacé le 05 juin 1991  par celui de Sid Ahmed Ghozali. Ainsi, après le coup d’État de janvier 1992 et l’annulation des élections législatives remportées par le FIS, les prétoriens, selon M. Hachemaoui, se retrouvent face aux radicaux islamistes, une occasion pour eux de renouer avec leurs  anciennes règles du jeu[25].

      Dans la même perspective, Ali Haroun ancien membre du HCE, dans une interview accordée au journal El Watan, a affirmé en répondant à une question sur le rôle du Général  Khaled Nazzar et les militaires dans l’annulation du deuxième tour des élections législatives de 1992 que «Khaled Nezzar avait joué un rôle important dans cette solution, car on ne pouvait rien faire sans l’armée. Même dans toutes les initiatives politiques d’aujourd’hui, je peux vous assurer qu’on ne pourra rien faire sans l’armée. Depuis 1962, où Ben Bella s’est appuyé sur Boumediene pour prendre le pouvoir, on ne peut rien faire en Algérie sans l’accord de l’armée»[26]. Cela montre qu’en Algérie  le pouvoir décisionnel est concentré dans ce qu’Abdelhak Azouz appelle la «Maison militaire» qui exprime la primauté de l’armée sur les institutions[27]. Pour ce spécialiste «depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, il n’est pas dans les principes des militaires d’obéir à des civils. Pour eux, les civiles ne peuvent représenter dignement la nation algérienne; ils peuvent même la trahir. Pourtant, ils se répugnent à diriger le pays directement»[28].  

    Par ailleurs, il est hors de question d’ignorer ici qu’en arrivant au pouvoir en 1999, Abdelaziz Bouteflika n’a pas jugé utile d’annuler l’état d’urgence. Au contraire, il l’a gardé en vigueur à l’instar du Président du Haut Comité d’État(HCA)  Ali Kafi (1992-1994 ) et du Président Lamine Zeroual(1994-1999) malgré la politique de réconciliation nationale qu’il proposait comme solution de sortie de crise qui est à l’origine de la violence que l’Algérie subi depuis l’arrêt du processus électoral de 1992. En effet, à son  arrivée au pouvoir le nouveau Président a proposé un projet de loi  de Concorde civile qui sera adopté par le parlement 13 juillet 1999 et plébiscité le 16 septembre 1999 par référendum. Cette loi vise principalement à encourager les islamistes armés à descendre du maquis et les intégrés dans la vie civile. Ce contexte de réconciliation a été rappelé par les manifestants du Printemps noir dans  leur  slogan phare « oulach esmah», « pas de pardon» pour dire  clairement au pouvoir que, contrairement aux auteurs des tueries de la décennie noire, les personnes responsables de la mort des manifestants du Printemps noir doivent être jugées pour leurs actes. Cette  revendication a été explicitée dans les différents documents de revendication depuis le début des protestations, elle a été énoncée clairement  dans le deuxième  point de la plate-forme de l’Akseur qui stipule :« Pour le jugement par les tribunaux civils de tous les auteurs, ordonnateurs et commanditaires des crimes et leur radiation des corps de sécurité et des fonctions publiques».  

 Le Printemps noir est un mouvement social  

     Certes, l’assassinat de ce jeune lycien à Beni Douala en avril 2001 est un événement dramatique qui aurait pu être seulement un fait divers, une bavure de plus qui s’ajoute à d’autres, au pire, cet événement aurait été dénoncé et transformé en mouvement de protestation  par des acteurs sociaux activant dans le domaine de la défense des droits de l’homme, car il s’agit dans cet événement bel et bien d’un abus de pouvoir et d’une atteinte aux droits humains. Ce conflit à l’instar de tous les conflits a commencé modérément et localement, ensuite il a changé d’intensité et a débordé son espace initial dans un contexte d’interaction avec les institutions. En effet, la conjugaison de certains événements et circonstances comme la coïncidence de cet événement avec la mobilisation  traditionnelle centrée sur la revendication identitaire et démocratique pour la célébration du 20 avril 1980, le rassemblement et lancement des pierres par des jeunes  le 21 et le 22 sur la brigade de gendarmerie de Beni Douala deux jours après l’assassinat du jeune lycéen, l’interpellation de trois élèves par la gendarmerie à Amizour  dans une autre ville de la Kabylie, trois jours après l’assassinat de Guermeh Massinissa, rassemblement des enseignants et des élèves le 24 avril  devant l’Assemblée populaire communale(APC) d’Amizour pour dénoncer la répression et demander que les gendarmes responsables de l’arrestation des trois élèves soient jugés, les tirs à balles réelles sur les manifestants, la désinformation et bien d’autres événements ont fait en sorte que cet assassinat du jeune lycéen à Beni Douala et les événements le succédant se  développent en un conflit politique qui ne se limite pas à des revendications sectorielles en matière des droits humains, sachant bien que beaucoup de militants des droits humains appartiennent à cette région de l’Algérie. Bref, l’interaction ou échange de coups, comme M. Dobry l’appelle, qui se jouent pendant la crise[29] entre des acteurs sociaux locaux et nationaux ajoutés aux actions, inactions (silence du président)[30] et réactions des autorités surtout  en usant des moyens de répression  ont affecté les attentes des protagonistes du conflit et  contribué à la formation du mouvement social du Printemps noir. Il y a lieu de signaler que cet assassinat est  souvent cité par les observateurs, en faisant fi de tous les autres événements qui l’ont succédé, comme étant l’événement déclencheur des protestations du Printemps noir  juste parce qu’il marque le début  de la mobilisation. Une posture qui favorise l’explication de la mobilisation par l’émotion que provoque l’assassinat du jeune lycéen. Ainsi, l’indignation devant un sentiment d’injustice parait comme étant la cause  principale qui fait que des individus se regroupent pour produire une action collective contre les autorités dont ils jugent les actions injustes. Si on se laisse prendre par la vision étiologique, on se contentera de l’illusion de réduire le Printemps noir, ce phénomène social complexe, à une cause qu’on qualifiera de principale parce qu’elle est au commencement de cette mobilisation. Or on peut voir aussi dans le Printemps noir une mobilisation produite par un calcul de coûts et d’avantages qu’effectuent les personnes engagées.    

       Quel que fût son aboutissement, le Printemps noir  est loin d’être une simple émeute ponctuelle dans l’espace comme dans le temps. En fait, on est face à  un mouvement social qui s’est prolongé dans le temps. Si l’on accepte la typologie de C.Tilly et S.Tarrow., cette guerre civile qui n’en finit pas de finir, d’où la fameuse rhétorique du pouvoir central «terrorisme résiduel» qu’il emploie pour minimiser les frappes de ses antagonistes islamistes à chaque fois que la violence augmente en intensité et aussi pour signifier à la population et à la communauté internationale  qu’il contrôle toujours la situation, montre, en principe, que le pouvoir de l’État algérien appartient à un État non démocratique de faible capacité où prédominent les guerres civiles. Cependant, il y a lieu de constater que ce mouvement de protestation a réussi à mobiliser une grande partie de la population en dépit d’un contexte défavorable aux mouvements sociaux  si l’on croit  la vision de C.Tilly et S. Tarrow qui réservent ce genre de mobilisation seulement aux États démocratiques avec une faible capacité.  Ainsi, à partir du concept de politique du conflit, C.Tilly et al. définissent le mouvement social «comme une campagne durable de revendication, qui fait usage de représentations répétées pour se faire connaître du plus large public et qui prend appui sur des organisations, des réseaux, des traditions et des solidarités »[31]. Cette campagne ne se développe pas dans un seul sens, mais  en interaction avec le destinataire, c’est-à-dire l’État ou ses représentants, ce qui correspond à l’idée que «la politique du conflit est faite d’interaction où des acteurs élèvent des revendications touchant aux intérêts d’autres acteurs»[32]. Doug McAdam et al. ont introduit cette réalité  explicitement dans leur définition du mouvement social. Ils disent à ce propos: «un mouvement social est une interaction prolongée entre des personnes détenant le pouvoir et d’autres personnes à qui ce pouvoir fait défaut. Il s’agit d’un continuel défi adressé aux détenteurs du pouvoir, au nom d’une population dont les porte-parole déclarent qu’elle subit injustement des préjudices ou qu’elle est menacée d’en subir»[33]. Le Printemps noir est un mouvement social, il regroupe ces éléments caractérisant ce type de mobilisation tels qu’ils sont définis par ces spécialistes, en dépit du contexte dit non démocratique dans lequel il s’est développé. 

      Les événements du Printemps noir ont causé plus de cent morts, des centaines de blessés et d’énormes dégâts matériels. Les tirs à balles réelles sur les manifestants, selon le rapport de la ligue de la  défense des droits de l’homme  ont commencé très tôt, précisément  le 25 avril 2001 à Ouzellaguen (Béjaïa), c’est-à-dire une semaine à peine après l’assassinat du jeune lycéen à Beni Douala. Alors, un mouvement social a émergé dans ce contexte de conflit et de violence qui a réussi à mobiliser une partie de la population de cette région  autour d’un ensemble de revendications contre le pouvoir central d’Alger. Ce mouvement s’est doté d’une structure, il s’agit de Coordination des âarchs, daïras et communes (CADC), connue sous l’appellation du  mouvement l’Arrouchs. Après moins de deux mois de protestation seulement,  les représentants de cette structure ont pu s’imposer comme étant les seuls interlocuteurs possibles et légitimes avec les autorités, en actionnant un savoir-faire en matière de protestation tiré  des mobilisations antérieures.

       Deux événements importants ont fait des représentants de CADC les  acteurs principaux  du Printemps noir. Le premier est l’adoption le 11 juin 2001 de la fameuse plateforme de revendication nommée plateforme de l’El Kseur[34], rédigée durant les moments forts des protestations  du Printemps noir, qui a été largement médiatisée par la presse écrite et reprise même par le discours des autorités après la grande  marche du 14 juin 2001 dans leurs différentes tentatives d’apaisement et de dialogue. Le second est son organisation de cette  grande marche réprimée par le pouvoir du 14 juin de 2001 qui a mobilisé, selon certains observateurs, prés de deux millions de personnes.  

Monument en hommage aux morts assassinés du printemps noir 2001

        

     Les ripostes des autorités ont amplifié la mobilisation, elles ont jeté de l’huile sur le feu par leur mauvaise gestion des protestations. Au lieu de calmer les esprits, des maladresses en communications [35]et la répression violente ont transformé ce qui aurait pu être une bavure en conflit politique. La riposte des autorités était très violente; il y avait eu des assassinats, des arrestations et emprisonnements arbitraires, des expéditions punitives, des harcèlements judiciaires, des intimidations, etc. À cela, il faut ajouter la désinformation et la manipulation dans le but est le dénigrement et la démobilisation. Afin de justifier le comportement criminel du gendarme, le corps de la gendarmerie via son commandement national n’a pas hésité à publier un communiqué le 22 avril 2001 dans lequel est déclaré que Guermeh Massinissa avait été interpellé «suite à une agression suivie de vol». Ensuite, le ministre  de l’Intérieur est allé dans le même sens que le communiqué de la gendarmerie et a dit que cette victime est un “délinquant de 26 ans“. De plus, une polémique sur le pseudonyme Momoh de Guermah Massinissa s’est ajoutée à cette guerre de désinformation; pour certains représentants politiques ce pseudo fait référence à  Mohamed le nom du prophète et non pas à celui du roi berbère Massinissa. Une polémique qui a des soubassements idéologiques qui renvoient au  problème identitaire qui fait partie des revendications des acteurs sociaux du Printemps noir que  la plateforme de l’El Kseur a explicité dans le huitième point qui stipule la : «satisfaction de la revendication amazighe dans toutes ses dimensions (identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle) sans référendum et sans condition, et la consécration de tamazight en tant que langue nationale et officielle ».

     Ces événements qui se sont prolongés dans le temps ont perturbé le fonctionnement habitue des institutions de l’État. Et ces dernières avaient une influence sur ceux qui résistent en les contraignant à se réinventer et à s’adapter à la nouvelle réalité que le conflit impose. En effet, les administrations, écoles et universités locales sont bloquées, des examens nationaux de fin d’année, particulièrement le baccalauréat qui se déroule traditionnellement chaque mois de juin est reporté, le secteur économique  paralysé en grande partie, le réseau du transport perturbé et les échéances électorales locales et nationales  menacées (municipales et législatives). Des ministres appartenant à un parti politique très ancré en Kabylie, en l’occurrence le RCD, ont démissionné du gouvernement ; une situation d’insécurité dans les villes et les villages les plus reculés de la région ne cesse de s’aggraver de jour en jour. Les solutions proposées par le pouvoir pour apaiser les tensions et mettre fin à la violence comme  l’instauration de deux commissions d’enquêtes sur la violence des événements du printemps noir, une présidentielle et l’autre parlementaire ont été  rejetées. Les représentants de la CADC les ont rejetées et revendiqué leur dissolution dans la plateforme de L’El Kseur. Les premières tentatives de dialogue avec certains représentants de l’arrouch ont été dénoncées et ils ont  qualifié ses promoteurs de déléguéstaiwans[36]. Bref, ce conflit a  entraîné le pouvoir central dans une crise politique sans précédent. Cette crise s’est prolongée dans le temps ; elle a duré plus d’une année. Ses séquelles politiques sont vives  jusqu’à aujourd’hui dans cette partie d’Algérie. 

Le comment de la mobilisation du Printemps noir

    Le  Printemps noir est un phénomène social aussi complexe que n’importe quel mouvement social. Alors, il nous semble trop  réducteur de le cantonner à une problématique de la revendication identitaire; car celle-ci nous invite à chercher en amont ses explications dans l’histoire de l’Algérie ; et suivre sa trajectoire et ses manifestations et  ramifications  jusqu’à sa dernière expression, c’est-à-dire en avril 2001, d’autant plus que cette question ne représente qu’un seul point parmi d’autres de la plateforme de l’El Keur, elle s’est énoncée au huitième point comme suit : «Satisfaction de la revendication amazighe dans toutes ses dimensions (identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle) sans référendum et sans condition, et la consécration de tamazight en tant que langue nationale et officielle». En plus, l’Algérie et la Kabylie de 2000 ne sont  pas celles des années soixante et quatre-vingt, et ce, même si beaucoup d’observateurs estiment que l’autoritarisme du régime en place est le même depuis 1962 et qu’il  a pu s’adapter aux pressions internes et externes et a même consolidé son autoritarisme malgré tout.     

    Par ailleurs, il est à noter aussi que peu de sources d’informations scientifiques traitant du  Printemps noir  sont disponibles à ce jour. De plus, les rares études existantes montrent que la tendance générale des chercheurs est de remonter dans l’histoire  jusqu’à la crise berbériste (1949)[37] pour expliquer ce mouvement, ce qui  les contraint à  le présenter sous une vision déterministe comme une conséquence naturelle de cette crise. Or, cette façon d’étudier ce mouvement social nous empêche de percevoir la dimension créatrice du Printemps noir.

      Le  Printemps noir 2001 est souvent abordé en l’associant à deux problématiques récurrentes: opposition tradition-modernité et  revendication identitaire. En plus de ces problématiques, manifestement, l’objet d’étude qui a le plus attiré l’attention des chercheurs analysant le Printemps noir est l’organisation qui a émergé pendant la protestation sous l’appellation de l’âarouch, un nom par lequel la contestation de 2001 est identifiée surtout par ses adversaires et les médias, et cela au détriment d’autres éléments que nous jugeons importants. Une structure qui peut être étudiée  à partir de la théorie d’Obershall qui croit à l’existence de deux formes d’organisation: les communautés traditionnelles et les associations modernes représentant deux dimensions : horizontale et verticale.

    En fait,  il est intéressant d’étudier, comme M. Dobry le suggère, ce qui « se joue dans les processus de crise eux-mêmes»[38], c’est-à-dire laisser de côté les causes et les déterminants qui sont supposés agir sur la crise comme des pré-conditions pour ne s’intéresser qu’aux processus de mobilisation qui se créent et se développent pendant la mobilisation. Nous pensons que le Printemps noir en tant que mouvement social a été conduit par des processus qui se sont déclenchés lors des protestations dont l’application de la théorie des structures d’opportunité politique  et la théorie de cadrage peuvent mettre en évidence et répondre  au «comment ?» du mouvement et non pas au «pourquoi ?».

Par Ali Kaidi (Docteur en philosophie politique)

……………………………………………………………………………….          

[1] Daniel CefaïPourquoi se mobilise-t-on? Les théories de l’action collective, Paris: La Découverte, M.A.U.S.S,2007, p.15

[2]Ibid..

[3][3]Charles Tilly et Sidney Tarrow,  Politique(s) du conflit: De la grève à la révolution. Traduit  de l’anglais (États-Unis) par Rachel Bouyssou.  Paris: Presses de Sciences Po, 2008,p.26

[4] MARTINEZ, Luis. Autoritarisme et usage de la violence : état d’une recherche In : L’autoritarisme dans le monde arabe : Autour de Michel Camau et Luis Martinez [en ligne]. Le Caire : CEDEJ – Égypte/Soudan, 2005 (généré le 19 avril 2016). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/cedej/1115>. ISBN : 9782905838780.

[5] Martinez, Luis. La guerre civile en Algérie. Paris: Karthala, 1998, p.27

[6] F.Burgat, «Anatomie des printemps arabes», In Nouveaux acteurs, nouvelle donne : l’état du monde 2012Bertrand Badie et Dominique Vidal(Éd.) (2011), pp. 99,100

[7] C. Tilly et al., op.cit., p.106

[8] Michel Camau et Gilles Messardier   «Revisiter les régimes politiques»,in M. Camau et G.Messardier( dir.), Démocraties et autoritarismes – Fragmentation et hybridation des régimes, Paris :KARTHALA Edition,2009,p.8

 [9]  Gilles Messardier, «Les espaces non pluralistes dans les démocraties contemporaines», in O. Dabène et al.(dir.), Autoritarismes démocratiques et démocraties autoritaires aux XXIe, Convergence Nord-Sud, Paris :La Découverte,2008,p.32

[10] Ibid.,p.31

[11] Ibid.,p.32

[12] Ibid.,p.31

[13] M.Camau et V. Geisser, Le syndrome autoritaire, Politique en tunisie de Bourguiba à Ben Ali, Parris,PRESSES DES SCIENCES PO, 2003, P36

[14] Mounia Bennani-Chraibi et Olivier Fillieule, op.cit.,p.23.

[15]Vincent Geisser et al., «La démocratisation contre la démocratie», in Autoritarismes démocratiques et démocraties autoritaires au XXIe siècle, sous la direction d’Olivier Dabéne, Vincent Geisser et Gilles Massardier, La Découverte, Paris, 2008,p.8

[16] Ibid.,p.9.

[17] Ibid.

[18] M. Camau et V.Geisser, Le syndrome autoritaire, p.14

[19] Camau Michel , « Globalisation démocratique et exception autoritaire arabe »,p.75

[20] M. Camau et V. Geisser, op.citI., p.16.

[21] BOUTALEB, Assia et al. Avant-propos, in  L’autoritarisme dans le monde arabe : Autour de Michel Camau et Luis Martinez [en ligne]. Le Caire : CEDEJ – Égypte/Soudan, 2005 (généré le 15 février 2016). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/cedej/1108>. ISBN : 9782905838780.

[22] J. Derrida et A. Spire, Au-delà des apparences, France : LE BORD DE L’EAU, 2002, p.23.

[23] M. Hachemaoui, « Permanences du jeu politique en Algérie », Politique étrangère 2/ 2009 (été),p.309

[24] Ibid.

[25] Ibid.,p.316

[26] http://www.elwatan.com/actualite/ait-ahmed-a-refuse-d-etre-president-car-il-pensait-que-l-arret-du-processus-electoral-etait-un-coup-d-etat-28-12-2015-310826_109.php

[27] Azzouzi, Adelhak,  Autoritarisme et aléas de la transition démocratique dans les pays du Maghreb,  Paris : L’Harmattan, 2006, p.111

[28] Ibid.

[29] Michel Dobry, Dobry, Sociologie des crises politiques: La dynamique des mobilisations multisectorielles. Paris:  Presses de Sciences Po, 2009,p.16

[30] Le président avait l’occasion de parler sur l’assassinat du jeune lycéen et des évènements qu’ils l’on suivit lorsqu’il s’est adressé aux cadre de la nation le 26 avril 2001, mais il a choisi de les ignorer. 

[31] Ibid.,p.26

[32]Ibid., p.20

[33] Mc Adam et al.,«Pour une cartographie de la politique contestataire». In Politix.  Vol. 11, N°41. Premier trimester 1998, p.13

[34] L’Ekseur est une ville qui se situe à une trentaine de kilomètre du chef lieu de la wilaya (département)  de Bejaia en Petite Kabylie.    

[35] Communiqué du commandement de la gendarmerie nationale du 22 avril 2001 dans lequel est déclaré que Guermeh Massinissa avait été interpellé «suite à une agression suivie de vol» et la déclaration  du ministre  de l’Intérieur qui va dans le même sens que le communiqué de la gendarmerie et qui dit que cette victime est un “délinquant de 26 ans“. Polémique sur le pseudonyme Momoh de Guermah Massinissa, pour certains représentants politiques ce pseudo fait référence à  Mohamed le nom du prophète et non pas à celui du roi berbère Massinissa. Une polémique qui a des soubassements idéologiques qui renvoient au  problème identitaire qui fait partie des revendications des acteurs sociaux du Printemps noir que la plateforme de l’Akseur a explicité dans le huitième point qui stipule : «satisfaction de la revendication amazighe dans toutes ses dimensions (identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle) sans référendum et sans condition, et la consécration de tamazight en tant que langue nationale et officielle ».

[36] Cette expression veut dire  faux délégués, ils sont qualifiés de taïwanais  par référence à la pièce de rechange automobile de contrefaçon qui provient de Taiwan . Dans l’imaginaire collectif des Algériens, la pièce taïwanaise est moins fiable que la pièce d’origine. Ce qui veut dire que les vrais représentants du mouvement l’aarouch  ne sont pas à la table des négociations.          

[37] La crise berbériste est un conflit qui s’est produit au sein du PPA- MTLD en 1946  entre des militants fidèles à la ligne idéologique de Messali El Hadj  qui prône un nationalisme arabo-musulman  et des militants qui revendiquaient  la dimension berbère de l’identité algérienne. Voici ce que l’un des acteurs de cette crise, Ali Yahia Abdenour  pense aujourd’hui : «la crise dite «berbériste» de 1949 est une date importante dans l’histoire nationale, un instrument dans le champ de la science politique .C’est, en  réalité une crise anti-berbériste qui a privé les Algériens de leur algérianité»,extrait de  Abdenour Ali Yahya, La crise berbériste de 1949. Portrait de deux militants: Ouali Bénaï et Amar Ould-Hamouda: Quelle identité pour l’Algérie, Alger: Éditions barzakh,2013, p.16      

[38] Michel Dobry, op.cit., p.3

1 comment for “Le Printemps noir entre structures d’opportunité politique et hybridité du régime

  1. AR-TUFAT
    April 26, 2016 at 06:20

    Les jeunes kabyles qui sont tombés lors du printemps dit “noir” sont la fierté de la Kabylie, ils ne sont pas des victimes de droit commun mais des MARTYRS, ils sont morts pour une cause politique.

    Cessons de les considérer comme des victimes ordinaires, ils sont morts pour que vive la Kabylie.

    Ce que doit faire le peuple kabyle et à travers lui le M.A.K, c’est d’honorer leurs mémoires en leurs construisant des stèles, et baptiser des rues et autres institutions publiques en leurs Noms.

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