Prix de la liberté d’expression pour Djemila Benhabib : le combat pour la laïcité est un combat pour la liberté d’expression

Djemila Behabib est choisie pour recevoir le 3 mai, à Bruxelles, le Prix de la liberté d’expression pour l’ensemble de son œuvre, à l’occasion de la 2e édition du Difference Day. Cet événement est organisé dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Elle succède ainsi au blogueur Saoudien Raif Badaoui qui a obtenu ce prix l’année dernière.

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   Djemila Behabib est une essayiste québécoise d’origine algérienne. Elle est l’auteure  de quatre  livres  traitant  de l’islam politique, de la situation des femmes et de la liberté d’expression : Après Charlie, Laïc de tous les pays, mobilisez-vous!(2016), L’automne des femmes arabes(2013)Des femmes au printemps(2012)Les soldats d’Allah à l’assaut de l’occident(2011) et  Ma vie à contre-Coran(2009). Elle est une intellectuelle et militante pour la laïcité infatigable. Elle intervient dans le débat public avec des articles dans la presse à chaque fois que des événements  s’associent  à ces  trois thématiques phares. Elle suit de prés l’évolution de l’islam politique au Québec. C’est une lanceuse d’alerte qui dérange les islamistes et les  gouvernements par son franc parler et sa pertinente plume.  

   Djemila Behabib est choisie pour recevoir le 3 mai, à Bruxelles, le Prix de la liberté d’expression pour l’ensemble de son œuvre, à l’occasion de la 2e édition du Difference Day. Cet événement est organisé dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Elle succède ainsi au blogueur Saoudien Raif Badaoui qui a obtenu ce prix l’année dernière. Ce blogueur est connu aujourd’hui parce qu’il a osé  exprimer sur son blogue et dans l’espace public ce qu’il pense de l’islam et du régime saoudien ou de l’un des deux; enfin, on ne sait pas exactement, puisque les deux sont mêlés. S’attaquer à l’islam et considéré comme une attaque au royaume et vis versa. Malheureusement,  pour ce «criminel de la parole» sa liberté d’expression n’est pas un droit. Son activité intellectuelle et politique s’est soldée par  une condamnation  à six cents coups de fouet et sept ans de prison,  le 29 juillet 2013, prononcée par un tribunal  qui applique la justice devine. Cette sentence qui fait rappeler des pratiques inhumaines que l’humanité a en principe abandonnées depuis longtemps. Mais non, elles sont revisitées et appliquées par un pouvoir politique au nom d’une idéologie très conservatrice, le wahhabisme notamment, qui idéalise et sacralise le mode de  vie et de pensée des ancêtres. Cette secte théologico-politique a érigé à l’instar de tous les salafismes l’expression arabe Al-Salaf Salih, c’est-à-dire les pieux prédécesseurs, en dogme incontestable très hostile à l’innovation en général, surtout en religion. Pour cette secte, les portes de ijtihad qui mène à l’innovation sont fermées depuis longtemps, pour laisser celle d’El jihad, celle de la guerre sainte, grande ouverte. Ainsi, pour les promoteurs de cette secte, si une personne parle de l’islam, voire de la politique différemment du discours dominant, elle sera accusée de facto d’apostasie. Ce n’est pas une banale accusation qui vient du prêtre de l’église du coin, mais une accusation d’un crime qui peut coûter à son auteur une condamnation à mort.  Parler et dire ce qu’on pense  en fin du compte dans ce royaume de l’islam politique est une activité très dangereuse.  Raif Badawi a eu la chance, si on peut dire cela,  d’échapper  à cette sentence qui exprime le summum d’une justice liberticide, d’une justice qui ne tolère pas la liberté.

     Djemila Benhabib a parlé dans son dernier livre consacré au massacre de Charlie Hebdo des victimes de l’islam politique du cas de ce blogueur  saoudien et d’autres personnes accusées et condamnées; et ce, soit par un islam politique formel à l’instar d’un autre blogueur mauritanien, Cheikh Ould Mkheitir,  accusé d’apostasie  et condamné à mort par un tribunal qui applique lui aussi la charia,  ou par un islam politique ou alors par un islam politique informel comme celui qui a tué des journalistes, intellectuels et artistes en Algérie pendant  les années  1990 et celui qui a menacé de mort l’auteur de Meursault, contre-enquête, Kamel Daoud . Car l’auteure d’Après Charlie  estime, à juste titre,  que la tuerie du 7 janvier est motivée par la même idéologie qui a fouetté et emprisonné  Raif Badawi et condamné à mort Cheikh Ould Mkheitir

   Ce livre contient des critiques à l’encontre du régime théologico-politique saoudien d’une part et les gouvernements occidentaux qui continuent à soutenir ce régime liberticide en appliquant  une politique machiavélique trop grotesque malgré les atteintes aux droits de l’Homme constatées et dénoncées partout dans le monde et une opinion publique très défavorable à l’obscurantisme économique inhérent aux relations internationales.

 Pour l’essayiste québécoise, récipiendaire du prix Liberté d’expression, l’Arabie Saoudite est le plus important bailleur de fonds de l’islamisme et de ses branches violentes dans le monde. Elle  mène  depuis des années avec ses écrits et ses locutions publiques un combat intellectuel contre l’islam politique dans toutes ses ramifications et manifestations. Elle ne cesse pas de dénoncer la stratégie de l’entrisme que les islamistes entreprennent  dans les pays occidentaux et surtout ici au Québec où le gouvernement  des libéraux semble être plus  inquiet des critiques et des dénonciations de cette idéologie que de sa propagation. Le projet de loi 59 liberticide  est un outil juridique qui offre de nouvelles opportunités politiques à l’islamisme pour se développer en toute quiétude substance. Ce n’est pas par hasard qu’il est soutenu essentiellement par des groupes et des associations qui exploitent le référent islamique pour s’organiser et s’exprimer publiquement. Le paradoxe avec ce projet de loi est qu’il protège  l’islamiste mieux  que n’importe quel laïc qui ose critiquer l’islam ou l’islamisme. Avec cette loi, les gens comme Raif Badawi ou Cheikh Ould Mkheitir auraient de la misère à s’exprimer au Québec.   

   Djemila Benhabib participe à ce débat politique sur le rapport de la politique à la religion depuis des années ici au Québec en affrontant deux adversaires idéologiques complémentaires, voire des  compagnons de route très actifs au Québec, les adeptes de la laïcité pas très laïque que certains qualifient à tort d’ouverte d’un côté et les islamistes qui sont très islamistes ou des islamistes discrets que le débat des Québécois sur laïcité a mis en évidence à deux importantes occasions; lors des débats sur les  accommodements raisonnables et la charte de laïcité de l’autre côté. Elle est vite devenue l’une des voix  de laïcité politico-médiatique les plus connues au Québec et par la même occasion elle est devenue la cible de ces deux camps idéologiques très amis.

    Bref, le combat pour la laïcité est un combat idéologique qui demande beaucoup d’énergie et de ressources. Notre essayiste est consciente de cette rude tâche; d’où son appel très enthousiaste et optimiste  dans son dernier livre à la mobilisation du tous les laïcs du monde.  

                

Par Ali Kaidi

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