Le chasseur embusqué, Asseggad ͅͅͅs iγimi

Par Rabah Chabane

idir et lounisQue n’a-t-on pas demandé à l’artiste ?
Egaie-nous Berce-nous
Fais-nous rêver
Peins nos peines
Sublime nos souffrances
Chante nos fantasmes et nos désillusions
Pleure nos défaites et fête notre gloire… 

Après qu’il ait tout donné, on en est arrivé à lui demander de cultiver l’anti-culture, ou, si vous préférez, la culture du vulgaire, du vile, de l’indécent, du ridicule.

Je n’ai pas pour dessein de relater l’événement : il a été largement médiatisé. Car oui, la présence d’un panel d’artistes kabyles parmi d’autres artistes venus de toute l’Algérie à une rencontre avec le premier ministre constitue, chez nous, un événement. Comme je n’ai pas l’intention d’alimenter la polémique qui s’en est suivie et qui a fait exploser les réseaux sociaux. Chacun y est allé de son commentaire : du déçu au révolté, de l’effarouché au trahi, on condamne, on jure, on peste…Encore une fracture, une de plus.

Une seule question me hante cependant: pourquoi cette incompréhension, ce déferlement de haine, cette ingratitude ? Comment expliquer l’absurde ? C’est dans ce tunnel sombre et étouffant que je m’engouffre au risque de m’égarer ou de me cogner la tête contre les parois rugueuses d’une réalité implacable.

Le pouvoir, comme à son habitude, exploitera toutes les opportunités pour essayer de ravaler sa légitimité parfois mise à mal. Se faire applaudir par la crème des artistes kabyles est une aubaine. Et c’est cet aspect qui semble choquer le plus les fans dépités d’Ait Menguellet et Idir. Je ne suis d’ailleurs pas si sûr que tout ce boucan soit l’œuvre des fans, car ceux-là devraient pouvoir comprendre que l’artiste est aussi un homme astreint à des obligations professionnelles , sociales et mondaines sur lesquelles il n’a aucun droit de regard.

D’un autre côté, le rôle que nous assignons à l’artiste n’est souvent pas le sien. L’artiste n’est pas un chef de parti politique dont il devrait défendre le programme, ni un syndicat, ni le mur des lamentations. L’artiste ne peut être réduit au rôle de distributeur de tracts. En temps de guerre on ne donne pas un fusil à l’artiste mais un micro, un pinceau, une guitare. L’artiste devrait être gardé au-dessus de la mêlée, loin des disputes partisanes et politicardes. Son expression n’est pas forcément intellectuelle mais sensitive et émotionnelle : ainsi des pans antagonistes de la société peuvent se mirer en lui et s’y ressourcer, voir fusionner. Mais à trop vouloir l’accaparer et s’en servir, on aura vite fait de l’user et fatalement de le perdre.

Mais pourquoi, parmi tous les chanteurs et musiciens kabyles présents à la rencontre du premier ministre, Ait Menguellet et – à un degré moindre- Idir étaient-ils destinataires de l’essentiel des pierres jetées ? Il est vrai que plus on est grand plus on offre de prise au vent, au vent de l’absurde. Cela est révélateur aussi de la lecture qu’on se faisait du message de ces deux poètes et musiciens : les avait-on jamais compris ? L’artiste défend les valeurs auxquelles il tient, dénonce ce qu’il considère comme le mal et étale ce qu’il pense être la vérité : que chacun fasse le tri et prenne ce qui lui convient.

L’inculture ou plutôt l’anti-culture qui sévit dans nos villages fait qu’aujourd’hui on tente d’imposer un cap à l’artiste, de lui désigner l’adversaire et de choisir pour lui les armes à porter. La liberté que chante le poète lui est déniée par ceux-là mêmes qui chantaient en chœur avec lui ; l’écho n’est plus l’image fidèle du son qui le produit mais un grognement confus et méconnaissable. Beaucoup troquent allégrement leur burnous contre la robe du juge et distribuent parcimonieusement des certificats de kabylité , quand d’autres , doctement, délivrent le manuel opératoire de comment être kabyle.

Ces injonctions de bouder éternellement le pouvoir sont-elles vraiment justifiées par la nature de celui-ci ? Permettez-moi d’en douter. Pouvoir maffieux, dictateur, assassin dites-vous ? Soit ! Si à la place de Sellal c’était François Hollande, par exemple, qui recevait nos artistes, les aurait-on condamnés pour intelligence avec l’ennemi sachant que la puissance coloniale dont hérite Hollande avait commis chez nous les pires atrocités et continue à refuser de présenter des excuses au peuple algérien ? Je crains que ceux qui s’agitent aujourd’hui se seraient sentis alors tout fiers et honorés.Alors, de quoi s’agit-il ?

Cet extrait d’une chanson de Lounis illustre parfaitement le sujet et me permet de conclure :

                   « Ay aseggad ͅͅͅ s iγimi ͅͅͅ
                     qaɛed γef zznad afus-ik
                     Wissen ma s thmeslith neγ s thmughli
                     Ay thettḥekkired ͅͅͅ lγerd ͅͅͅ-ik
                     γas win tḥuzad ͅͅͅ yeγli
                     Matchi d win ay d axsim-ik…»

Des vers que je traduis  à la volée comme ceci:

                    «  Ô chasseur embusqué
                     Ajuste ton doigt (ta main) sur la détente
                     Est-ce par l’ouie ou la vue
                     Que tu localises ta cible ?
                     Même si tu as réussi ton tir
                     La victime n’était pas ton adversaire. »

Rabah Chabane

 

13 comments for “Le chasseur embusqué, Asseggad ͅͅͅs iγimi

  1. Lefennec
    May 28, 2016 at 15:07

    Du haut de leur podium et detaches de leur public, Ait Menguelat et Idir, aussi tant d’autres, ne sont pas des icones encore moins des Dieux. Ce sont des hommes publiques donc critiquables et redevables. Ils sont le produit de la grande frustation et des soufrances du peuple kabyle qui les a eleve si-haut. Pour les insultes, je suis d’acord avec eux mais pour le geste, serrer la main de ceux qui travaillent a notre disparition il y a une difference de taille. La reponse poetique donc pas claire de Ait Menguelat et le silence de Idir en dit long sur le fond de leur pensee personnelle: le refus de se positionner sur la question de l’heure O combien cruciale pour ou contre l’autodetermination de tout un peuple celui-la meme qui les porte dans son coeur. Cette descente en flamme, dans les deux sens, est une bonne chose pour faire la part des choses. En tout cas le peuple kabyle reconnaitra les siens dans peu de temps ma yebgha rebbi. Tout le reste n’est que litterature.

    • Anonymous
      May 29, 2016 at 04:07

      NB:

      – Un bon nombre d’internautes qui insultent les kabyles sur les reseaux sociaux ne sont pas des kabyles. Ce sont des personnes mal intentionnees, ou payees pour cette basse besogne, qui cultivent leur anti kabylisme a forte cannotaion raciste juste pour denigrer, salir, entretir la haine anti-kabyle et semer la discorde entre les kabyles.

      – Il y a pas mal de sites Kabyles qui s’affichent kabyles qui font semblant de defendre la cause kabyle mais en realite ces sites sont une creation du pouvoir algerien pour entretenir un climat malsain, semer le doute et le trouble entre les intellectuels kabyles et sa base. Leur but est d’empecher toute jonction entre les kabyles et leurs elites.

      – Pour le cas de Cheriet Hamid (IDIR), je lui en veux plus car c’est un universitaire et bien politise. Il est le seul artiste kabyle qui a eu “le merite” d’avoir comme spectateur un certain Boukharouba Ben Brahim alias Houari Boumedienne en 1977 a la coupole d’Alger. Aussi, le seul artiste ayant accompagne Zineddine Zidane dans l’avion officiel du voyage. Je pense, a mon umble ainsi que c’est grace Cheriet Hamid (IDIR) que Zidane s’est rendu en Algerie. L’avenir nous le revelera. Aujour’hui, il s’affiche publiquement devant ceux qui nous combattent et travaillent a notre disparition. Cheriet Hamid (IDIR) n’est pas net. Il manque d’honnetete. On ne peut pas manger avec le loup et pleurer avec le berger.

    • Afriman
      June 4, 2016 at 16:15

      “Si à la place de Sellal c’était François Hollande, par exemple, qui recevait nos artistes, les aurait-on condamnés pour intelligence avec l’ennemi sachant que la puissance coloniale dont hérite Hollande avait commis chez nous les pires atrocités et continue à refuser de présenter des excuses au peuple algérien ? “Rabah Chabane

      Votre comparaison est complètement déplacé et insensée.Osez comparer Hollande aux usurpateurs du pouvoir en Algérie est une attitude inqualifiable et irresponsable. Hollande n’était peut être pas né durant cette guerre d’Algérie.En plus ils est élu démocratiquement et il n’est pas responsable de la mort de 128 kabyles en 2001.Ni de la politique criminelle d’arabisation des kabyles que mène l’Etat arabo-algérien représenté par Sellal,depuis 1962. Un Etat voyou et despotique et un régime sans foi ni loi.
      Chanter la liberté et applaudir les ennemis de la liberté est scandaleux et honteux !
      Chanter Taqbaylit et s’asseoir à côté des fossoyeurs de la langue kabyle est d’une incohérence totale.
      Oui ce sont des géants de chanson kabyle,mais des nains en politique.
      Oui je comprend la colère des patriotes kabyles qui ne s’attendaient à cette compromission en direct. Idir et Ait Menguellat ont tort de tourner le dos au peuple kabyle,leur unique auditoire !

  2. Mouloud
    May 28, 2016 at 20:14

    Il y’a eu toujours chez tous les peuples et dans l’histoire des sociétés des chanteurs engagés, ce que vous semblez ignorer, et il se fait que nos chanteurs/poètes en question ont délivré des messages d’engagements clairs vis à vis de la culture kabyle, notamment Idir, dans le passé.Il est très difficile pour le peuple kabyle aujourd’hui, à l’heure où il y’a une prise de conscience de plus en plus aiguë du combat sans merci que mène le pouvoir algérien contre cette culture et sa langue,depuis voilà des décennies, de voir ces chanteurs qu’il croyait engagés à ses cotés, embrasser et acclamer un premier ministre qui est le plus haut représentant de ce pouvoir…. C’est aussi simple que cela ! On peut par conséquent aisément comprendre les réactions qui sont celles d’un peuple qui est déçu, plus que ça , qui se sent trahi…. On aurait bien entendu pas ce type de réaction si on avait affaire à des conteurs de midinettes…Je ne vous suis par conséquent pas du tout dans vos raisonnements et argumentations qui me semblent éluder l’essentiel…..Tanamirt

  3. Rabah Chabane
    May 29, 2016 at 10:08

    Je garde toujours l’espoir de voir Mouloud et Lefennec faire un effort de compréhension, dont je les crois capables, afin de lever certains malentendus. Des hommes publiques critiquables, d’accord! mais pas redevables. On peut critiquer leurs œuvres, aimer telle chanson parce qu’elle exprime vos sentiments ou vos convictions et ne pas aimer telle autre dans laquelle vous ne vous reconnaissez pas. Mais personne ne peut se donner le droit d’imposer à l’artiste ce qu’il doit aimer ou ce qu’il doit dire, et encore moins ce qu’il doit penser. Sinon il devient esclave de ceux-ci ou de ceux-là. Je sais que ce discours ne vous satisfait pas, parce que vous pensez, et je vous crois de bonne foi, que ces artistes ne doivent pas décevoir les attentes de leur publique qui, pensez-vous, est tout acquis aux idées que vous défendez vous-même: autonomie, boycotte des institutions, etc. Permettez-moi de vous dire que ce n’est pas le cas. Je ne suis pas personnellement au secret des convictions politiques des ces artistes, mais le fait qu’on défende la culture et les valeurs kabyles ne signifie pas automatiquement l’adhésion à un programme politique ou une démarche qui vous semble, à vous et à d’autres, comme étant la volonté de la kabylie. Ce qui me chagrine personnellement, c’est qu’on essaie de pousser ces artistes à choisir un camp contre un autre sur des questions qui partagent les kabyles, alors que ces questions sont d’ordre politique à débattre entre les partis politiques pas avec des artistes. Vous avez raison de dire que cet incident regrettable servira à faire une décantation. Je la souhaite autant que vous. Merci d’enrichir ce débat.

    • Mouloud
      May 29, 2016 at 20:35

      M. Chabane, il s’agit d’être précis encore une fois et de débattre du sujet, le seul, qui est celui de l’attitude des deux artistes kabyles, Ait Menguellat et, encore plus, Idir, qui est, comme il a été souligné plus haut, plus politisé, et qui a affiché, à plusieurs reprises, son supposé attachement, par ses chansons et lors des interviews qu’il a donnés, à l’identité et à la défense de la culture et de la langue kabyles….Je ne parle pas du contenu de ses chansons. je ne parle pas de programme politique…Je ne parle pas de partie politique….Je dis simplement qu’en tant qu’artiste engagé pour la défense et la culture kabyles ( l’est-il ou non..? ), il doit être cohérent avec ce qu’il dit et ce qu’il chante et qu’il donne à écouter au peuple kabyle et dont il tire, il ne faut pas l’oublier, l’essentiel de ses avoirs. Que lui reproche-t-on…? Pas tant de ne pas adhérer totalement aux idées du MAK, il ne l’a jamais été et on ne lui pas tenu rigueur à ce que je sache….Il y’a des kabyles, je le sais, qui ne sont pas autonomistes et encore moins indépendantistes, mais on lui demande d’être un minimum cohérent vis à vis de ce qu’il professe et dit défendre, et vis à vis surtout de son public kabyle qui l’a toujours considéré comme un chanteur engagé non pas sur un programme politique mais sur la question de l’identité kabyle voire amazigh…. et ne pas s’asseoir avec les ennemis de la langue et de la culture kabyles… A moins que vous considériez que M. Sellal, premier ministre du gouvernement actuel, est pour pour l’épanouissement de la langue et la culture kabyle, à moins que vous croyiez que ce vile monsieur ne représente pas cette funeste idéologie arabo-musulmane qui est en train d’effacer l’identité kabyle/amazigh en Algérie. ? Auquel cas vous avez bien raison de croire que M. Idir et Ait Menguellat puissent, à leur tour, aller manger librement à tous les râteliers…Tanamirt

    • Lefennec
      May 30, 2016 at 05:54

      Chere ami, cher frere Chabane

      Limiter la relation Kabyle avec Idir ou autres chanteurs kabyles a l’amour d’une chanson et a son contenu, c’est prendre les kabyles pour des enfants emmervelles par Loundja l’enchanteresse. Donc incapable de penser par eux-meme. Ma Vieille mere, kabylophone monolingue, dit souvent qu’il faut acclamer meme un ane s’il chante en Kabyle. C’est tout dire. Entre les kabyles, du moins la majorite, il y a une relation tres tres intense, plus que symbolique avec leurs artistes. C’est une relation de lutte pour la survie et d’espoir de plusieurs generations qui ne peut se resumer a une chansonnette.

      Idir flirte avec le pouvoir algerien depuis longtemps mais d’une maniere intelligente. Dernierement, il vient de serrer la main avec celui qui a declare officiellement que Tamazight ne sera pas langue officielle. Idem pour Ait Menguelat qui l’a fait 16 ans auparavant et continue dans le meme sens. Bref, ils font de la politique et ils ont leurs raisons. Je ne suis pas contre. Et la politique c’est pas de la dentelle. Je n’ai aucune animosite envers Idir. Mais juste de la pitie pour son manque d’honnetete. Jaime ses chansons et celles de Ait Menguelat. Je continuerai a les ecouter avec de l’estime en moins. Idir est tres intelligeant et il n’a pas l’esprit villageois comme Ait Menguelat (celui-ci vient de nous repondre en nous traitant d’energumenes que je remecie en passant) et bien d’autres.

      Idir s’est eleve a l’universalite. Probablement le politiquement correct, en vogue partout dans les studios du monde, a fait le reste.
      Je ne lui reproche pas d’etre independantiste ou autre (aussi il faudra beaucoup de courage pour le faire. Les intellectuels en manquent cruellement). Mais juste etre honnete envers les siens. C’est un sport difficile.

      Je pense que les kabyles vont reviser le rapport qu’ils ont avec leurs artistes. Et il sera depasionne.
      Pour terminer, je citerai ceci: Pele le roi du foo ball avait dis dans les annees soixante dix: au Bresil, pour plaire aux bresiliens il faut tuer chaque jour un lion. A mon tour, je dirai, pour plaire aux kabyles il faut prouver chaque jours son honnete.

      Kabylement votre.

      NB: J’ai un clavier americain, Desole pour les erreurs.

      • Lefennec
        May 31, 2016 at 08:36

        Erratum:

        Lire : Je ne lui reproche pas de ne pas etre pro independantiste
        Au lieu de : Je ne lui reproche pas d’etre independantiste

  4. Rabah Chabane
    June 1, 2016 at 10:22

    A Lefennec:

    Merci, cher ami, pour les marques d’affection que vous me témoignez en me qualifiant d’ami et de frère: soyez assuré que ces nobles sentiments sont réciproques, car derrière votre pseudonyme Lefennec je devine une personne respectable et cultivée, et un redoutable contradicteur. Votre intervention et les nombreux éléments qu’elle comporte m’ont permis de mieux cerner les mécanismes psychologiques qui ont déclenché cette polémique. Vous avez sans doute raison de me reprocher ma perception réductrice du rapport qui lie le public à l’artiste kabyle, relation que vous qualifiez d’intense et de vital. En fait, ce que j’ai tenté d’exprimer n’est pas tant ma perception de ce qui est, mais plutôt ma conception de ce qui devrait être. Car, vous en conviendrez, à trop idéaliser cette relation, à trop cultiver une image fantasmagorique de l’artiste, on en arrive fatalement à la déception. Comment ces artistes eux-mêmes conçoivent-ils cette relation ? Pensez-vous qu’il existe entre eux et le public un pacte implicite qui les engage à bouder les fonctionnaires de l’état ? Rien ne permet de l’affirmer, du côté des artistes tout au moins. Comme vous le rapportez dans votre intervention, Aït Menguellet avait accueilli et applaudi Bouteflika… Comment donc expliquer qu’on soit surpris aujourd’hui qu’il rencontre Sellal et plutard peut-être quelqu’un d’autre ? Pour moi, cette attitude d’Aït Menguellet est spontanée et il la considère tout-à-fait naturelle. Ma position à ce sujet, je crois l’avoir abordée dans une précédente intervention, inutile d’y revenir. J’aime beaucoup l’image du lion de Pelé que vous évoquiez, quoique je trouve l’idée un peu excessive. Vous me rassurez quand vous n’exigez des Kabyles que de prouver leur honnêteté : est-ce plus ou moins facile que d’abattre un lion ? c’est selon.
    Cependant, avant de nous séparer, j’aimerais revenir un moment au sujet de la remarque que vous avez émise concernant le courage dont manqueraient les intellectuels pour épouser l’option indépendantiste de la kabylie. C’est un débat qu’il faudra certainement engager. Mais permettez-moi de vous dire, en préambule à ce débat à venir, qu’il faut souvent avoir un plus grand courage pour défendre l’option contraire, et l’assumer.
    Je suis conscient d’avoir éludé certaines questions, je m’en excuse. Nous aurons Inchallah d’autres opportunités pour échanger nos points de vue, le but étant de s’enrichir mutuellement et contribuer à faire reculer les zones d’ombre, à atténuer les déchirures causées par l’incompréhension, à nous estimer et nous respecter en étant différents… Merci, cher ami, d’avoir apporté votre précieuse touche à ce débat.

  5. Mouloud
    June 2, 2016 at 08:49

    Monsieur Chabane : D’abord merci pour la sincérité, vertu dont vous avez bien voulu m’affubler…Pour ma part, je considère que le débat d’idées n’engage que ce que j’écris et auquel l’autre répond, à l‘aune de la compréhension, qu’il a de mon écrit. Je vais, par conséquent, tâcher d’être clair dans ma réponse, en évitant d’avoir, n’ayez crainte, des propos qui risqueraient d’être jugés passionnels, donc irrecevables !
    Vous abordez beaucoup de thèmes, je trouve, dans le texte que vous m’adressez. De digression en digression vous vous éloignez, en effet, du sujet principal, qui est, selon votre premier texte, que les kabyles se fourvoyaient en critiquant Idir et Ait Menguelat d’avoir rencontré et acclamé le premier ministre algérien, M.Sellal.

    Je viens de relire votre texte premier dans lequel j’ai relevé, d’ailleurs, quelques contradictions. Je ne reprends que celles qui intéressent le sujet du débat. Jugez-en vous même:
    – “L’artiste devrait être gardé au-dessus de la mêlée, loin des disputes partisanes et politicardes. Son expression n’est pas forcément intellectuelle mais sensitive et émotionnelle “
    Plus loin : “L’artiste défend les valeurs auxquelles il tient, dénonce ce qu’il considère comme le mal et étale ce qu’il pense être la vérité “
    Doit-on considérer l’artiste au dessus de la mêlée ou le prendre au mot, quand il dénonce et s’engage….? Moi, j’ai de suite opté, bien entendu, pour la deuxième assertion, et j’avais considéré Idir, à tort, je dois le reconnaitre aujourd’hui, à travers ses chansons, comme étant un pourfendeur du mal qui est fait à la culture kabyle et aux hommes qui défendent cette culture et une certaine idée de la liberté. Je citerais, pour exemples, deux de ses chansons, même si elles sont pléthores, qui militent dans ce sens : Tiwizi et Izumal….
    Pensez vous qu’il doit rester au dessus de la mêlée, lui, qui a conclu, oui, je dis bien conclu, un accord tacite avec le peuple kabyle, peuple, en retour, qui a reconnu en lui un des chantres de la défense de la culture kabyle et son épanouissement ? L’engagement c’est aussi, prendre clairement parti, c’est descendre dans l’arène du peuple et de sa culture qu’il soutient, c’est assumer courageusement aujourd’hui ce qu’il a affirmé hier à ce peuple…. Victor Hugo et Voltaire ont du s’exiler pour défendre leur idées….Zola a défié publiquement les autorités avec son j’accuse….Soljetsine a fait des années de prison…. Milan Kundera a été chassé de son pays…Picasso a dénoncé la dictature de Franco, et a du s’exiler… Matoub a payé de sa chair…Kateb Yacine a été muselé pendant des années…enfin Ferhat, contraint à l’exil…La liste est longue, bien sûr ! Pourquoi donc ? Ils sont tous artistes, pourtant, mais ils ont défendu, bec et ongles, leurs idées et ne se sont pas compromis avec leurs pires ennemis. Et défendre sa culture, ça revient à défendre la liberté de dire et de dénoncer…
    Revenons à Idir..Il ne peut pas, à mon avis, annoncer au peuple kabyle, dans ses chansons, qu’il le soutient dans sa lutte de défense et de promotion de sa culture et de sa langue, un jour, et le lendemain, aller embrasser et acclamer le bourreau de cette culture et de ce peuple… Et M.Idir ne risquait pourtant pas sa peau en déclinant gentiment, histoire de soigner les convenances, de ce sinistre premier ministre.
    Revenons maintenant au sinistre M. Sellal, qui n’est pas n’importe quel fonctionnaire de la soi-disante république algérienne… Car M. Chabane, il faut appeler un chat, un chat.
    M. Sellal est aujourd’hui un premier ministre qui est d’abord accusé publiquement d’avoir détourné de l’argent de son peuple ( voir Panama Papers et articles sur appartements parisiens). Que fait-il vis à vis de ces accusations documentées ? Il se tait…
    M. Sellal, premier ministre, est le représentant d’un régime corrompu, qui a pillé ce pays, qui a tué 128 jeunes kabyles (il était ministre et a dirigé plusieurs fois la campagne de Boutef), que la Kabylie n’est pas prête à oublier. Il est inculte et incompétent ( faut juste l’écouter discourir pendant quelques minutes). Il participe à la paupérisation de la Kabylie, j’en sais personnellement un bon bout là -dessus. Il n’a rien fait, non plus, pour réhabiliter les morts kabyles de 1963, je ne parle pas d’Abane, de Benai Ouali et les autres.. La liste est longue. Et ce Monsieur qui obéit au doigt et à l’oeil à son chef moribond et conduit sa bande de ministres sans foi ni loi, est en train de mener ce pays à une catastrophe économique, sociale et identitaire annoncée….
    Voilà, je crois avoir été clair sur l’engagement d’Idir, dont la réponse écrite est déplorable voire indigne, et ce que représente M. Sellal, et je continue donc à considérer, M. Chabane, plus intimement que jamais, que le premier avait trahi une cause en allant embrasser le second….La règle s’applique également à Ait Menguellat, sauf que ce dernier avait déjà failli dans le passé.

    Je ne suis pas d’accord avec vous sur le fait que vous considériez que la “reconnaissance” de la langue amazigh par le pouvoir corrompu actuel soit une avancée, pas d’accord, non plus, sur le sentimentalisme légendaire des kabyles, un concept qui me paraît flou, et bien d’autres points que vous développez voire effleurez…Mais je ne vais pas developper plus.
    Enfin, je termine par une petite anecdote, aussi réelle que la votre, qui m’est venue à l’esprit en lisant cette réponse que vous attribuez à Idir (« lui est un sujet du roi, et moi je suis citoyen d’une république »). J’ai rencontré, lors de mon séjour au Maroc, pour mon boulot d’alors, en 2004, un algérien oranais d’une 60 aine d’années, de passage à Casablanca, qui m’a tenu ce propos dans un long entretien que j’avais eu avec lui : “ Vous savez Monsieur, dans les années 70, je me rappelle on prenait les marocains de haut, pauvres et miséreux ..Pire, ils embrassaient la main de leur roi, chose inconcevable pour nous… Aujourd’hui, je regarde où ils en sont et puis ce que nous sommes devenus et je dis vive le roi ! “ … Tanemirt.

  6. Hellal Laid
    June 2, 2016 at 12:36

    Ton article Rabah est tellement bien rédigé que j’ai failli passer à côté de l’essentiel.
    Nous comprenons en fait que c’est le pouvoir qui leurs a monté ce macabre scénario, mais force est de constater qu’ils se sont, encore une fois, faits avoir. Et pour ce, ils avaient mille et une manières de s’exprimer au lieu de diaboliser ces jeunes qui on eu le tort d’être froissés et touchés dans leurs amour propre. Tout le monde s’accorde à reconnaître ce côté libre de l’artiste mais de là à empêcher les gens d’être chiffonnés par cette pauvre misérable poignée de main relève de l’excès de zèle. Il faut qu’Ait Menguellet sache que ces milliers de jeunes dont il déplore le bas niveau, ceux-là même qu’il avait traités d’idiots suite à son honteuse et tristement célèbre acclamation, sont prêts à mourir pour lui ou encore pour une seule de ses chansons. Si les insultes ne sont pas permises d’une part elles ne le sont surtout pas de l’autre.

  7. Rabah Chabane
    June 3, 2016 at 13:16

    Je désespérais de lire un commentaire aux accents de chez moi, me voilà servi et de belle manière grâce à ton intervention, Laïd. Comme tu peux le constater j’ai pratiquement épuisé le sujet avec nos amis qui t’on précédé. Que puis-je ajouter sans me répéter sinon que “l’incident” à l’origine de cette polémique n’a été qu’un prétexte qui nous a permis d’aborder (d’effleurer plutôt) des questions “essentielles” pour t’emprunter le mot. Un autre mot que tu as utilisé “chiffonné” m’inspire cette réflexion, à savoir que la réalité rugueuse, à laquelle je faisais allusion dans mon texte, est sourde aux états d’âme. Tu auras sans doute remarqué qu’au-delà des artistes ce sont des principes que j’ai tenté de défendre, du moins de rappeler. Sans nous attarder sur les réactions des uns et des autres, je ne crois pas que faire douter ces artistes de leur intégrité, de leur bonne foi, de leur combat… rendrait service à la culture ou à la cause Amazighe, bien au contraire! D’ailleurs, une ultime injustice vient de leur être faite par ceux qui, peut -être de bonne foi, insinuent que ces artistes sont tombés dans un piège tendu par le pouvoir, pour les salir…etc. Comme si on parlait d’adolescents immatures ou de naïfs inconscients! En ce qui me concerne, je continuerai à penser qu’ils ont agi en bonne connaissance de cause, en toute lucidité, en toute liberté. Chacun appréciera selon ses convictions la légitimité, la pertinence, les motivations de cette attitude. Je ne doute absolument pas que les jeunes dont tu défends l’enthousiasme soient prêts à se sacrifier pour nos artistes, mais je ne suis pas moins convaincu que ces artistes n’entendent pas non plus être otages de leurs fans. Des fans qui leurs dicteraient une conduite. J’ai toujours cru, peut-être naïvement, que ce sont les intellectuels et les artistes qui devaient guider leur société, pas le contraire. J’ai bien peur qu’un jour on en arrive à demander à Aït Menguellet de prouver la sincérité de ses chansons en épousant toutes les femmes qu’il avait chantées, Louisa, Hlima, Djamila, Lkaïssa…A une prochaine empoignade amicale, Laïd, et merci de ta précieuse contribution.

  8. June 12, 2016 at 15:46

    Azul
    quand on a réellement un quelconque prétendu talent ,l’on ne tombe aussi facilement dans des petits pièges aussi insignifiants que clairs.Excepté si l’on s’en fout des tenants et les aboutissants de ses actes pourvu que le dinar coule à flots.Tanmirt

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