La liberté d’expression au Québec, un joyau toujours menacé

La ministre de la Justice Mme Vallée, vient d’annoncer l’abandon de la partie I du projet de loi 59 portant sur les discours haineux. Au nom de l’Association Québécoise des Nord Africains pour la laïcité (AQNAL), nous nous disons soulagés de cette sage décision. La liberté d’expression est la condition première d’une démocratie saine, où tous les citoyens peuvent s’exprimer sans crainte de dénonciations anonymes.

AQNAL

Dangereux parallèle entre radicalisation et islamophobie

 

    Lors de notre présentation en commission parlementaire en septembre 2015, nous avions exprimé notre vive inquiétude face à la censure abusive qu’entraînerait cette loi, au nom de la lutte au racisme et à l’islamophobie.

    Cette inquiétude était justifiée, entre autres, par le contexte choisi de la sortie de ce projet de loi, coïncidant avec celui de la mise en place du plan d’action gouvernemental sur la radicalisation au Québec.

  Ce plan d’action faisait un dangereux parallèle entre la radicalisation et la montée de l’islamophobie. Non seulement ce parallèle est non-fondé – les attentats terroristes ayant lieu dans les pays arabes sont-ils provoqués par l’islamophobie ? – mais surtout il entraîne un climat d’autocensure idéal permettant aux mouvements radicaux d’imposer leurs diktats en toute quiétude.

   En restreignant la liberté d’expression, faute de riposte adéquate, les promoteurs des discours haineux à référent religieux ont la voie libre pour séduire et leurrer encore plus les enfants et les jeunes adolescents.

    En effet, ce ne sont pas les citoyens démocrates en accord avec les valeurs progressistes d’un Québec moderne qui dénoncent les discours haineux, mais bien ces groupes pratiquant le communautarisme et ces islamistes utilisant les failles de nos lois démocratiques afin de faire avancer leur agenda politique. En témoigne les poursuites-bâillon déjà amorcées au Québec contre des militants laïques.

Les pièges de la lutte à l’islamophobie

      AQNAL se réjouit donc que la partie «discours haineux» du projet de loi 59 soit enfin retirée. Il n’en reste pas moins que les attaques contre la liberté d’expression au Québec sont nombreuses, et nous appelons les responsables politiques et la société civile à rester vigilants.

   Nous nous inquiétons tout particulièrement de la récupération politique des notions de racisme dont l’islamophobie, épouvantail utilisé pour bâillonner les citoyens, y compris les musulmans, qui oseraient critiquer l’islam. Ces accusations de racisme relèvent d’un groupe minoritaire au discours victimaire qui use d’intimidation pour détourner la population des vrais problèmes, laissant ainsi la voie libre aux extrémistes de tous bords.

    Par cette attitude victimaire, revendicatrice, culpabilisante, ce sont ces représentants autoproclamés des communautés qui ont fini par créer ce climat de suspicion et d’antipathie à l’endroit de pans entiers de citoyennes et de citoyens.

Impact des accommodements religieux

 Ce sont également les demandes incessantes d’accommodements religieux émanant de groupes d’islamistes, qui entendent imposer leur mode de vie d’un autre temps, qui causent du tort à tous et compliquent l’insertion professionnelle d’immigrant-e-s originaires de pays musulmans.

liberté d'expression

     Pourtant, annoncé le même jour que le projet de loi 59, le projet de loi 62 vise à enchâsser ces accommodements, dits raisonnables, dans une loi. C’est pourquoi, à la veille de la reprise des travaux sur le projet de loi 62, nous demandons que des enquêtes et des études approfondies soient menées afin d’évaluer l’impact réel des accommodements sur l’insertion socio-professionnelle des immigrants.

   Nous réitérons notre grand soulagement à l’effet que la partie I du projet de loi 59 portant sur les discours haineux soit retirée. Quant à la partie II visant à favoriser la protection des jeunes, notamment contre les mariages forcés et les crimes d’honneur, nous la soutenons et appelons à la renforcer, car nous la jugeons insuffisante et en deçà des besoins des populations à risque.

Par Ferid Chikhi, Nadia El-Mabrouk et Leila Lesbet

 

 

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