Louenas, un romancier qui nous mène de la tribu à la tribune citoyenne

Louenas, lui, a pu s’en sortir en replongeant dans les profondeurs de l’humain, y puisant l’élixir qui ouvre les portes du possible. Un élixir au relent des vagues de la mémoire ancestrale couplé à la formulation concrète des vécus d’ailleurs..

Le poète et dramaturge Mhamed Hassani

Je parlerais de Louenas[1] avant de lire son roman dont il m’a annoncé l’arrivée imminente d’un exemplaire dédicacé, dans les bagages d’un de ses amis en visite au berceau. Je prends déjà ce roman comme un message des nouvelles générations en errance. Celle installée au Canada me semble bien bruyante par rapport à celles des autres continents.

Louenas, produit de l’école algérienne fawdamentalisée, a su se désenvouter pour échapper aux griffes de la bête immonde qui a semé la terreur et le meurtre dans les années quatre-vingt-dix dans une Algérie dont la génération précédente vivait sa diversité même sous des dictatures pernicieuses.

Échapper à la bête immonde hors des frontières du berceau n’était pas évident puisque celle-ci exportait ses relents dans les bagages d’autres voyageurs pourtant à la recherche d’un monde meilleur.

Louenas, lui, a pu s’en sortir en replongeant dans les profondeurs de l’humain, y puisant l’élixir qui ouvre les portes du possible. Un élixir au relent des vagues de la mémoire ancestrale couplé à la formulation concrète des vécus d’ailleurs.

Son visage porte les stigmates des nuits blanches où l’homme se bat sur le fil tendu de l’irrationnel, de l’incertitude, dans un équilibre précaire, avec comme seul contrepoids la sagacité ancestrale, qui pousse l’individu à trouver sa voie dans la communauté. Heureusement qu’il a hérité de sa tribu le sens de la mesure et de son contraire.

Ses ancêtres remontent à la surface pour lui plonger la tête dans l’étang des invasions qui n’ont rien changé à leur trajectoire millénaire de résistant.

La résistance est inscrite dans chaque moment comme l’exil l’est dans chaque questionnement. Et le jeune Louenas s’y est préparé en affrontant sa tribu sur ses points les plus sensibles.

Chez nous, nous naissons exilés, notre vie n’est que quête du retour vers la terre pour mieux nourrir les chimères de nos enfants.

Parce que l’exil est une chimère, la génération de Louenas lui préféra la citoyenneté sans frontière. De la tribu à la tribune citoyenne du monde, la logique du combat est évidente. C’est un prolongement naturel des rêves d’enfance qui s’épanouissent loin du berceau pourtant si concerné par cette marche de l’humanité vers des idéaux qui s’entrecroisent à travers la planète.

Les échos qui nous parviennent de nos compatriotes installés au Canada nous renvoient à nos propres préoccupations, à la différence qu’ils font dans la constance ce que nous faisons dans l’urgence. Ils sont à la pointe des exigences citoyennes parce qu’ils savent d’où ils viennent, ils ne veulent pas reproduire les échecs qu’ils ont fuis, ils veulent se donner la chance de vivre leurs rêves humains, loin des entraves tribales et de contribuer à distance à faire évoluer la tribu d’origine.

Sauront-ils apporter leur pierre à l’édifice citoyen sans se couper de leur première source d’inspiration ? La nostalgie du berceau étant très forte dans leur discours, sauront-ils la transmettre à leurs enfants ?

Citoyens du monde, que sont-ils sans l’écho du berceau, de la tribu ? Tout destin humain a besoin de sa tribu pour se reposer de son exil.

Par Mhamed Hassani (Poète et dramaturge) (lien avec le blog et le journal)

P.-S. Je viens de recevoir le livre en question, j’en ferais la lecture et vous dirais ce qu’il m’inspire comme réflexion dans mon prochain article)

Louenas, un romancier qui nous mène de la tribu à la tribune citoyenne

 

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[1] Louenas Hassani, La coureuse des vents, Les Éditions  L’Interligne 2016, Canada.  

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