Heureux, les spermatozoïdes qui n’ont rien fécondé !

SarahLe mois de juin pue comme un cadavre se décomposant au soleil ; il s’est hissé au fil des années au rang de symbole… Le symbole de la fatigue et du renoncement : comme un corps brisé par la chaleur et l’ennui, il existe une masse dégoulinante de tristesse qui erre le long des âges et se demande pourquoi diable elle s’est trouvée là, seule et sale au carrefour des insignifiances. C’est en juin que se dresse devant elle ce miroir limpide et insultant où certains souvenirs sont plus inacceptables que d’autres, enlaidissent davantage le présent et dessinent déjà l’avenir… Que dirons-nous à nos enfants lorsqu’ils liront, un jour, que durant un seul mois à quelques années d’intervalle, on a réussi à leur construire un pays inhabitable ? Comment pourrions-nous leur expliquer que nous avons vu mourir un président en direct à la télé et que nous avons ensuite baissé la tête lorsqu’on nous présenta la version de l’acte isolé ? Dans quel langage allons-nous leur dire que la terreur combinée des barbus et des barbouzes a réussi à ensevelir non seulement les corps mais la dignité ? Et s’ils nous demandent s’il y eut une époque où cette terre sur laquelle ils ont été éjectés vécût un moment heureux, allons-nous leur sortir les photographies en noir et blanc du 5 juillet 1962 ? Et si nos filles, croulant sous leurs burqas obligatoires, s’interrogent sur une hypothétique époque où elles auraient pu sentir une brise d’air sur leur peau, déterrerons- nous simplement les photos de nos propres mères, belles et insolentes sur une plage, que nous regardons déjà aujourd’hui avec une rage envieuse ? Et si un fils veut faire de la musique et n’aura droit qu’à un concours de «tajouid» (psalmodie du Coran), oserons-nous lui raconter qu’un certain mois de juin, un artiste a été assassiné les armes à la main après avoir été traité, par beaucoup d’entre nous, de tous les noms d’oiseaux, et qu’encore une fois nous avons baissé le froc devant la version officielle ? Et si un jour, ces enfants auront assez de révolte en eux pour vouloir changer les choses, n’allons-nous pas les en dissuader par tous les moyens en leur racontant ce 14 juin où de jeunes manifestants de leur âge ont sincèrement cru à la révolution et ont été fauchés par des assassins en uniformes puis trahis par leurs représentants, oubliés par leurs compatriotes et insultés par nous tous qui, pour la énième fois, avons baissé le regard lorsque leurs meurtriers nous ont dit qu’ils étaient des voyous télécommandés par l’étranger ? Ces moments arriveront certainement et, pour la dernière fois, nous devrons baisser les yeux devant le regard méprisant de nos enfants !

Sarah Haider
djoum@hotmail.com

http://www.jcalgerie.be/?p=10970

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