Presence ottomane en Algérie: une colonisation “halal”

Harem du sultan : entre Orhan Pamuk et les nouveaux ottomans

amin

aminzaoui@yahoo.fr

Nous Algériens, écrivains, historiens, chercheurs universitaires et même simples citoyens, nous traînons en nous, en héritage intellectuel, un complexe envers une vérité historique qui est la colonisation turco-ottomane de l’Algérie (1515-1830). Dès qu’il s’agit d’évoquer le rapport colonisé-colonisateur pendant la période turco-ottomane dans notre pays, une crispation intellectuelle prend le dessus.

Il faut le dire, le dire clairement à nos élèves, à nos étudiants et à nos lecteurs que ce qui est appelée dans nos manuels scolaires, dans nos thèses universitaires, dans nos débats “présence ottomane en Algérie”, était bel et bien “une colonisation”.
Notre pays est passé d’une colonisation turco-ottomane à une autre française. L’Algérie a vécu deux épreuves historiques consécutives : le mal de la colonisation orientale et celui de la colonisation occidentale. Notre peuple a goûté aux deux recettes !! Shawarma et Omelette !
Parce que la colonisation turco-ottomane était menée par l’empire musulman, nos historiens, et à leur tête Abou El-Kacem Saâdallah (1930-2013) que je respecte beaucoup, n’ont jamais admis de dire et de dénoncer ce que les Algériens ont enduré pendant trois siècles de la répression turque. Une colonisation pure et dure.

Après trois siècles de colonisation turco-ottomane, les Algériens se demandent aujourd’hui : y a-t-il quelque chose de qualité ou d’exception que la “présence !” turco-ottomane nous a léguée en matière de culture, de littérature, de langue, et même d’architecture hors quelques grandes cités ?

Citez-moi un seul poète, en arabe, en tamazight ou en turc qui a marqué cette époque ? Citez-moi un seul grand savant dans une des trois langues témoin de cette Histoire ? Un historien ? Un féqih moderne ? Un littérateur ?

Certes, les Turcs-Ottomans nous ont légué des souvenirs sur la pauvreté et les stigmates de l’analphabétisation. Ils ont ramassé les impôts (al-kharaj) en argent, en or, mais aussi en chèvres, en mulets, les caisses de blé, d’orges, des figues sèches… et des petites filles enlevées pour garnir les harems du palais du sultan !  Pour les Algériens, les fellahs et les artisans et commerçants de cette époque turco-ottomane, leur vie n’était pas en rose. Les historiens ont rapporté quelque chose sur les massacres turcs en Algérie : “Suite au refus de payer injustement les impôts imposés et l’accessibilité à la forêt de Mizrana pour l’extraction du bois et du liège, le pouvoir turc a organisé, le 29 mai 1825, une expédition punitive contre le village Aït Saïd… qui a provoqué la mort de plus de 300 citoyens du village.

L’expédition a été menée par Yahia Agha à la tête de plus de 600 janissaires… Certaines têtes des chefs du village ont été prises par les turques pour les exposer à Bab Aoun devant les chefs turcs”. D’autres témoignent : “Entre 1805 et 1813, plusieurs insurrections prirent place, dont celles de 1816 et 1823. Il en fût ainsi également dans les Aurès où les Chaouis avaient interdit toute présence effective du pouvoir ottoman. En 1520, un certain Sidi Ahmed ou El-Kadhi se démarqua des autres Kabyles en résistant à la colonisation turque. Il avait même réussi à s’emparer d’Alger, forçant le chef de bande, Kheir Eddine Barberousse à se replier à Jijel. Le 20 juillet 1535, Kheir Eddine Barberousse lance un raid sur l’île de Minorque, dans les Baléares ; il enleva des centaines de captifs et les fit vendre au marché des esclaves, à Alger”.

Dans ses romans, l’écrivain turc Orhan Pamuk, lauréat du prix Nobel en 2006, a hautement décrit le danger que représente la culture nostalgique ottomane sur la pensée politique dans la société moderne turque. Le passé de la piraterie et des razzias, qui a longtemps marqué l’histoire turco-ottomane, est de retour. Aujourd’hui, le populisme conjugué à l’islamisme cuisiné dans une sauce de nostalgie ottomane passéiste est la plateforme capitale des islamistes, à leur tête les frères musulmans, parti au pouvoir en Turquie, et qui petit à petit, tirent la société vers des pratiques de la période ottomane, l’époque de Harem sultan ! Loin de l’occidentalisation et de la raison.

http://www.liberte-algerie.com/chronique/harem-du-sultan-entre-orhan-pamuk-et-les-nouveaux-ottomans-351

11 comments for “Presence ottomane en Algérie: une colonisation “halal”

  1. Rabah Chabane
    July 24, 2016 at 10:32

    Merci à Amin Zaoui de crever cet abcès que constitue la nature de la période turque en Algérie. Plutôt que d’appeler les choses par leur nom, nos historiens, politicards et pseudo intellectuels sont allés jusqu’à reconnaitre l’Algérianité aux représentants du beylicat qui exploitait les algériens et leurs ressources. Combien d’autochtones participaient à l’administration de leur pays ? Pas grand monde que je sache. L’indigène était bon à payer les impôts et courber l’échine, jusqu’au jour où on livra son pays aux nouveaux occupants. Il n’y a pas de bon et de mauvais colonialisme…

    • Anonymous
      July 26, 2016 at 16:56

      Et les arabes c t quoi pour l algerie le nirvana?

  2. KHEBAB SIDALI
    July 25, 2016 at 09:12

    J’ai bon essayé de comprendre l’étendue de cet article, de part le sens d’incrimination envers les turcs, et aussi l’auteur qui mettait l’index sur les historiens ayant escamoté la vérité sur l’ogre ottoman, il demeure bien entendu l’absence d’une source ou plusieurs que l’auteur n’a pas jugé utile de nous l’a communiqué, ou simplement n’a pas jugé utile de conforter ses arguments d’événements historiques. Alors prière !!!!! ayez la gentillesse de mettre ou de poser les sources d’information historiques; il ne s’agit pas d’une oeuvre littéraire romanesque, ce n’est pas qalila ou dimna, ou qais oua leila! si les historiens n’ont pas dénoncé les affres turques, c’est que, ce sont des accusations non fondées et mensongères!

  3. samoundji
    July 25, 2016 at 09:25

    D’origine turque par mes ancêtres , quatre frères celibataires venus s’installer en Algerie , timoniers de metier à bord de navires , l’un s’installant a Alger , les autres dans le constantinois épousèrent des Algériennes et y restèrent à Alger, Constantine,Batna et Oum El Bouaghi et devenus fonctionnaires .J’ignore tout de l’histoire des turcs en Algerie. Je sais une chose c’est qu’il y eut un parfait brassage avec les autochtones .

  4. Nadir
    July 25, 2016 at 21:05

    Merci M. Amine pour cette explication. Je vous demande si c’est possible de nous expliquer aussi de meme les invasions et colonisation arabe ver le sixieme siecle. Meme leur presence etait par l’epe. Ils ont viole et pri par force tout ce qui leur est utile. puis apres essayer d’efface l’identite de l’Afrique du nord, tout en la nommant arabo musulmane. Personne n’est venu chez nous pour nous offrire des bonbons, ou par amour. tous sans exception aucune sont venus pour nous depouiller, que soient: Francais, Ottoman, Arabes ou autres. La terre un jour doit retourner a son proprietaire. Les guerres sanguinaires n’ont pas suffit pour pourchasser tous les ennemies, mais une seule choses est sure, un jour ce peuple sans memoire, doit revivre son histoire. A bas les violeurs les voleurs les renards…etc.

  5. YCHENACHER
    July 26, 2016 at 10:11

    C’est très bien Mr amine zaoui, mais faites encore l’effort de reculer un petit peu dans notre histoire et de nous parler de la présence arabe était elle halal celle là ????????????

  6. Mohammed MADJOUR
    July 26, 2016 at 10:43

    http://kabyleuniversel.com/2016/07/24/presence-ottomane-en-algerie-une-colonisation-halal/
    CE QUE VOUS DITES EST ENTIÈREMENT ET TOTALEMENT FAUX ! J’ai déjà corrigé d’autres idées que vous aviez avancées antérieurement sur d’autres sujet d’histoire.
    POUR VOUS, POUR TOUT LE MONDE L’HISTOIRE EST CELLE-CI Il est vrai que les pirates, Barberousse et son frère avaient chassé les Espagnols qui occupaient l’îlot en face de la Baie d’Alger pour ensuite investir le village et s’installer durablement. Cela s’est passé sans l’aval et même pas la connaissance des lointains Ottomans.
    C’est par la suite, plus tard qu’il y a eu collusion d’intérêts entre Istanbul et les pirates du village d’Alger où chaque coté voulait l’appui de l’autre mais cela restait loin d’une vassalité. La piraterie d’Alger était apatride et totalement libre de ses agissements et ne se conformait à aucune relation établie avec aucune autre nation de l’époque.
    On ne peut peut pas dire que les Ottomans avaient colonisé l'”Algérie ” pour deux raisons fondamentales : Premièrement “l’Algérie” en tant que pays n’existait pas à cette époque et on ne peut pas dire qu’il y avait un peuple, une nation, et un pays administré par “Alger” dont l’influence n’allait pas au delà du fleuve d’El Harrach ! Deuxièmement les Ottomans n’ont jamais revendiqué leur passé de pirates de la Méditerranée. Istanbul avait juste assuré la soldatesque à la piraterie occidentale en lui envoyant les prisonniers et les indisciplinés avec un chapelet de conditions strictes à observer quant à leur déplacement vers Alger, leur séjour et leur retour : Nous avons une forte colonie de Kourouglis…

  7. thirga
    July 26, 2016 at 10:52

    Amine Zaoui renvoie turcs et francais à leur statut de colonisateur de l’Algerie. Or la presence turcottomane est venue après la débâcle des musulmans en Espagne et la fuite des survivants vers les cotes nord africaines. Les Chrétiens ne se sont pas limités à nettoyer l’Espagne de la presence musulmane mais ont commencé à s’installer sur les cotes. Les Musulmans du nord de l’Afrique avaient fait appel au Calife ottoman au nom de la solidarité religieuse et de guerre sainte entre chrétiens et musulmans, l’autre face des croisades. Le Califat ottman, auquel les orientaux dénient ce statut puisque n’ayant pas été créé par des qoreichites, race du prophète, a répondu à l’appel de musulmans ne peut etre qualifié de colonisateurs. Si on doit qualifier les ottomans de colonisateurs en Afrique du Nord, comment peut-on qualifier ceux qui les ont précédé et au nom de l’Islam et de Dieu ont pendant des siècles massacré, brûlé, détruit, pillé, soumis à l’esclavage des centaines de milliers de jeunes nord africains pour les vendre en Orient ? Notre Histoire est a refaire, à réécrire par celles, ceux qui ne sont pas déjà un produit de ces colonisations…

  8. guella
    July 26, 2016 at 14:00

    On n’en attendait pas moins de la part de M. Zaoui ,qui est un grand monsieur et qui a démystifié ce malheureux épisode turc .Les prédateurs turcs espèrent toujours recréer leur empire fantoche (shawarma ! bien dit !) merci!

  9. :Mohamed Jemal
    August 9, 2016 at 12:06

    La colonisation par les arabes a commencé plus tôt, mais celle-là est appelée avec bienveillance ‘ فتوحات اسلامية ‘

Leave a Reply

Your email address will not be published.