Recueil de nouvelles de Hamid Ait Slimane, “Jusqu’au bout du voyage : à la quête de son MOI”

 

voyage« Lui-même ne savait pas pour quelle raison il était parti. C’était plus sur un coup de tête qu’autre chose. La veille de son départ, rien ne présageait qu’il allait quitter (peut-être définitivement) son village situé au milieu de cette forêt dense que rien ne troublait jusqu’alors. Il se souvint que, comme d’habitude ce matin-là, il s’était levé tôt pour profiter, à l’instar de tous les villageois et comme le voulait la coutume en vigueur chez les siens, de la fraîcheur matinale. Il avait vu de ses yeux, l’apparition du soleil aux premiers frémissements de l’aube naissante. Il savait que bientôt ce soleil implacable allait darder ses rayons surchauffés, obligeant ainsi tout le monde à se cloîtrer dans sa demeure, et ce jusqu’à ce que l’astre brûlant daigne enfin transporter sa géhenne vers cet ailleurs que personne, parmi les siens, ne connaissait. » Ainsi donc débute un voyage dans les arcanes du Moi !

Chemin difficile que nous arpentons tantôt avec passion, tantôt avec crainte mais toujours avec la même motivation : découvrir ce « JE » qui se joue de nos croyances, nos convictions, nos coutumes, nos cultures tant il sait que tout est éphémère et tout est futile en l’absence de l’amour. L’amour religion, l’amour quête, l’amour découverte, l’amour du vrai, de ce qui est ineffable et qui fait notre raison de vivre quoi qu’en dise les faux dévots.

De nouvelle, en nouvelle l’auteur nous mène à travers des dédales parfois magiques, parfois dramatiques vers l’assise de notre vérité par le truchement d’une simple question : qui-suis-je et pourquoi suis-je ? Ainsi donc voilà des héros communs, qui n’ont rien à voir avec ceux des légendes, confrontés à ce dilemme : partir à la découverte de soi ou se contenter de ce que maintes charlatans enseignent aux peuples crédules ? L’hésitation n’étant pas de mise, le voyage s’impose de lui-même. Tantôt vers cette ville fantomatique qui renvoie l’image de la mort absurde de l’humanité, tantôt vers ce corridor où les anciens, via le truchement de hiéroglyphes compliqués, semblent vouloir nous avertir des dangers qui nous guettent dans nos quêtes de la démesure.

Il arrive aussi que, parfois, on nargue la pesanteur de la peur pour affronter seul les us bizarres de certaines tribus qui vouent l’enfance à la soumission de ce qu’ils croient être une volonté divine. Souvent la délivrance vient de l’association quasi parfaite entre la femme et l’homme. Quand cela advienne les forces du mal reculent et la bonté ainsi que la joie de vivre s’imposent à tous et à toutes. Hors des frontières de l’utopie, l’auteur nous conduit vers ce sanctuaire de la nostalgie en déroulant pour nous les affres de l’amour mais aussi le bonheur de le vivre même dans la douleur. La limite entre un chat, une femme et un homme dès lors s’estompe quand les odes d’hier alimentent ceux à venir pour une ivresse totale dans le giron de l’être aimé. C’est alors qu’apprait le rôle vital de la femme dans la sauvegarde de ce « JE » précieux, qui permet au Moi de se fondre dans une symbiose parfaite avec l’autre, donnant ainsi toute sa saveur à l’acte d’aimer et partant de vivre.

Telle est en gros la thématique du nouveau recueil de nouvelles de Monsieur Ait Slimane Hamid et qui vient de paraître récemment aux éditions edilivre en France.

A. Fayza —

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