En sport comme en tout…

Tout comme l’hirondelle Makhloufi ne fait pas le printemps, le sport national, dont l’exploitation politique est lui-même un sport très pratiqué, ne pourra jamais être que le miroir qui renvoie l’image même de nos déliquescences et, donc, les piètres prestations politiques de nos dirigeants.

dilem jeux olympiques

    Le ministre de la Jeunesse et des Sports l’a promis : il va faire le bilan de la participation algérienne aux jeux Olympiques “sereinement et en temps opportun” et des “correctifs” seront apportés à “la stratégie d’accompagnement de notre élite”. Bien sûr, cette incantation est censée nous rassurer et, pourquoi pas pendant qu’on y est, nous faire rêver à une pluie de médailles d’or à Tokyo, en 2020. Sauf que cette promesse du ministre reste, tout de même, à l’image de la moisson de la délégation verte à Rio : décevante car, elle aussi, en deçà du minimum que l’on est en droit d’attendre d’un ministre des Sports après un tel fiasco. Et, surtout, après les accusations de ce champion nommé Makhloufi qui, le premier, a exprimé crûment un énorme désappointement, malgré ses deux médailles d’argent, les seules que l’Algérie aura récoltées dans cette édition des jeux Olympiques. Quand l’hirondelle elle-même admet qu’elle ne fait pas le printemps, il est à tout le moins de mauvais aloi que d’autres espèces d’oiseaux s’échinent à nous convaincre qu’il y a encore de quoi… gazouiller.

    Le bilan ? Il est fait de lui-même et il est loin d’être honorable. Et, avec cela, il semble que l’on avait toute “une stratégie d’accompagnement” de nos athlètes. Une stratégie qu’il s’agit simplement de “corriger” pour que, dans quatre ans, l’hymne national retentisse chaque jour, un mois durant, au pays du Soleil-Levant ! Mais qu’avait donc besoin le ministre en charge des Sports de se débiner de la sorte, alors que les contre-performances de son secteur ne sont, après tout, que le reflet d’une gouvernance nationale au rabais qui n’en épargne aucun autre ? Pourquoi voudrait-on “condamner” les athlètes algériens à faire des prouesses et à battre des records mondiaux, pendant que dans l’ensemble des autres domaines, leur pays est à la traîne ? Pourquoi voudrait-on que les cadres et gestionnaires du Sport soient plus vertueux, plus patriotes et moins véreux que leurs homologues des Travaux publics, de l’Énergie ou de l’Industrie ?
     Car enfin, il faut bien convenir qu’en Algérie, l’effondrement moral est aujourd’hui une réalité. Tout comme l’hirondelle Makhloufi ne fait pas le printemps, le sport national, dont l’exploitation politique est lui-même un sport très pratiqué, ne pourra jamais être que le miroir qui renvoie l’image même de nos déliquescences et, donc, les piètres prestations politiques de nos dirigeants.

Par Said Chekri Dans Liberté du 22.08.2016

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Autre lien intéressant: Makhloufi accuse 

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