Ma berbèrité face aux saoudiens de ma rencontre

Par Rachid C

saudi-students-usaEn Algérie, il ne m’est jamais arrivé de rencontrer un citoyen de l’Arabie Saoudite ou des pays arabes de souche environnants. Faute de documentation sur eux ou de contact avec eux, on les a toujours considérés dans tous les milieux ou j’ai vécu comme un peuple de bédouins radicalement renfermé sur ses dogmes, qui n’a pas besoin de se casser la tête pour vivre, étant donné que le pétrole le fait à sa place ; à quoi sert de se creuser les méninges quand ça rapporte plus de se faire creuser le sol par une technologie, une main d’œuvre et un think tank importés. Dans notre subconscient, leur image est associée à un pétrodollar sans effort, Boumediene, lui-même n’a-t-il pas qualifié l’Arabie Saoudite, dans l’un de ses discours, d’une espèce de tonneau de pétrole.

Tout baigne dans l’huile de la roche, on ne cherche pas de solutions quand tout est solutionné. Le cerveau se met en mode veilleuse et les neurones s’endorment dans le calme des solutions apportées par les autres. De ce pétrole noir tiré des ténèbres des profondeurs, cette matière qui scintille nous permet à la longue de nous rendre compte que dans les royaumes où l’on est disposé à user de toutes les ressources à l’exception des ressources humaines, tout ce qui brille n’est pas or. La seule machine de fabrication locale s’appelle le wahhabisme, elle fabrique des citoyens qui détournent et qui tuent en se tuant. Ils sont allergiques à toute forme de changement, à croire que c’est là-bas que se trouve la constante de l’équation temporelle du monde, elle s’annule dès qu’on la soumet à une dérivation par rapport au temps. Enfin je me suis dit que ce problème nous concerne aussi mais pas autant qu’eux. Avec une économie basée à 98% sur les hydrocarbures, qui dit pire ? Boumediene a tout fait pour détourner tout regard sur notre propre bosse et éliminer tout bon citoyen qui aurait aimé ou tenté de nous la faire connaitre. Comme ça, sans n’avoir rien prouvé, on nous a appris à se comporter avec le zèle de meilleur peuple de la planète ayant à sa tête les meilleurs dirigeants du monde tout comme on nous a fait croire que nous sommes des arabes alors qu’on ne l’a jamais été. Le concept de l’Algérie arabe n’a rien à envier dans son mensonge historique à celui de l’Algérie Française. Dans la nuit ténébreuse de la colonisation tous les colons sont noirs de dessein.

Mais, à l’étranger j’ai eu l’occasion de rencontrer du monde venu de cette région du monde et j’ai eu à changer mon opinion sur certains points. J’ai eu à rencontrer des groupes d’étudiants ou de cadres issus de la classe moyenne saoudienne, ou plus, en les voyant pour la première fois, j’ai vu la Mecque et, psychologiquement, senti el mesk wa el 3ambar ou, comme disait la chanson, « bin Mecca wal Madina, riht el djaoui »  (entre la Mecque et Médine, l’odeur du benjoin).  Je me suis préparé à d’ennuyants salamalecks ponctués de noms d’Allah et de prophète, servis dans un bouillon de fraternité arabe que je n’étais aucunement disposé à cautionner. Façon de dire, nous pouvons être frères, mais toi dans ta race et moi dans la mienne.  Finalement, je découvre, surpris, qu’il n’en était rien de tout ça. Ce qui m’a agréablement surpris chez eux, c’est qu’en leur faisant savoir que je suis algérien, ils m’ont tout de suite parlé en arabe tout en me considérant amazigh. Et moi, de mon côté, j’ai senti cette fierté de pouvoir communiquer avec une langue qui ne m’agresse plus dans mon identité, pour eux j’étais un berbère par évidence indépendamment de ma langue d’expression, je ne me veux pas forcement définissable, mais si on me l’ exige, je suis défini par la région d’où je suis, et ma définition par-dessus celle officielle énoncée à coups de discours de dictateurs   est celle vraie forgée par des siècles d’histoire,  je n’avais pas besoin de débattre avec eux pour prouver mon identité, je n’en revenais pas quand je me souviens avoir eu souvent du mal à la prouver aux arabophones algériens de mon pays, de mon sang et de ma race. Les arabes de souche m’admettent et les nôtres non, si bon sang ne peut mentir, ceux des nôtres a été faussé par des idéologues rêveurs d’empire. Mon Dieu me suis-je dit, un allemand qui habite l’Amérique depuis un siècle oublie qu’il est allemand, un arabe qui habite l’Afrique du Nord depuis 14 siècles n’arrive pas à oublier qu’il est arabe. Je me suis tout de suite réconcilié avec la langue des saoudiens qui, en cessant de m’agresser, devient aussi la mienne, et j’ai compris que cette agression portée contre mon identité depuis des siècles n’était pas une question de langue ou de religion, mais une question d’hommes. Des hommes qui agressent et des hommes qui se soumettent à l’agresseur. Des hommes chauvins de leur race face à des hommes qui ont honte de la leur.

A mon corps défendant, je me suis trouvé le plus souvent à défendre une identité quasi perdue, coincée entre 2 agressions croisées, l’une orientale et l’autre occidentale. Le repère orthonormé qu’elles forment n’a rien de cartésien, la courbe qui s’y dessine montre la continuité de la fonction de haine antiberbère depuis les romains jusqu’ à la composante baathiste du parti FLN. Un monstre qui s’appelle l’arabo islamisme bien huilé dans l’huile de la roche est entrain de la dévorer vivante, nos héros berbères qui pataugent pour la plupart dans le bourbier pétrolier de la rente sont-ils vraiment de taille à la défendre ? La Tamazgha, terre de l’homme libre et des grands espaces, est devenue terre des identités englouties et des libertés réduites, elle n’arrête pas jusqu’à ce jour de sombrer dans la pensée uniforme des rêveurs d’empire, après s’être débarrassée bravement par les armes de la colonisation occidentale, elle se doit, pour devenir bravement africaine, de se défaire  idéologiquement  de la composante orientale de la colonisation.

Conformément au plan de Napoléon III, une idéologie baathiste copiée sur le jacobinisme français sera née dans les années 40, elle devait réaliser un empire arabe en remplacement de l’empire ottoman. Si la devise de son grand-père, Napoléon premier, « diviser pour régner », n’avait pas marché, le neveu rêvait, en inversant la devise de son grand-père, en « unir pour mieux contrôler », de réaliser un empire qui s’étendra du Maroc à l’Irak, uni sous la même race et la même langue pour répondre comme un troupeau de moutons au même son de cloche, et à qui Il suffirait pour bien fonctionner de designer de bons bergers qui travailleront pour la cause. Sous De Gaulle, ces bergers s’appelleront Nasser, Assad, Ben Bella et Boumediene que rejoindront plus tard Saddam et Kadhafi. De Gaulle et ses dictateurs disparaitront tous, l’un après l’autre, laissant derrière eux un empire fichu, les pièces du puzzle dessiné par de lointains faiseurs de cartes dans le cadre de l’agrément Sykes-Picot auront du mal à se coller par ce qu’elles ont violé les normes définies par le hasard, la géographie et l’histoire.

Cette reconnaissance des saoudiens, de mon identité, m’a donné un certain confort psychologique comme elle m’a révélé la bassesse de nos dirigeants successifs à vouloir se prostituer à eux en s’acharnant à détourner nos fleuves naturels du courant normal de leur histoire. Aucun dirigeant au monde ne peut construire un pays sur des bases solides s’il se fait une idée trop basse de son peuple, de sa culture et de son histoire. J’apprends, en revanche, que ces saoudiens considèrent que les arabes de l’Afrique du nord sont des amazighs qui parlent la langue arabe à la manière d’un brésilien qui parle le portugais ou d’un mexicain qui parle l’espagnol. Les pays sud-américains refusent aujourd’hui l’appellation coloniale de latine et, dans certains pays de ce continent, on déboulonne les statues de Christophe Colomb, l’homme de triste mémoire pour les aztèques et les incas. Les carnages causés par les conquistadors espagnols comme Francisco Pizarro et Hernan Cortés au nom du christianisme n’ont rien à envier en termes de violence à ceux causés par Okba ibn Nafaa et Moussa Ibn Noussair en Afrique du nord au nom de l’Islam. Si ces hommes-là sont des héros d’un point de vue conquérant, par respect pour la mémoire de leurs victimes, ils ne doivent avoir aucun honneur sur les terres conquises. Sinon c’est de la provocation éternelle. Comment, en effet, un peuple peut-il honorer les artisans de son propre massacre si quelque part il n’était pas forcé de le faire ?

 Je découvre aussi que ces saoudiens sont des gens comme nous, et à bien des égards, dans certains domaines comme le business, plus réalistes que nous. Ils travaillent ou vont à l’école durant les jours de semaine et qui se déchargent durant les week-ends, qui, à base de marijuana, qui, à base d’alcool, sur des airs de musique typiquement de chez eux, nostalgie oblige. Refusant de se faire coincer par une quelconque fidélité dans le monosex d’une girlfriend, ils optent pour la plupart, comme pour se dédommager du passé, pour un menu sexuel varié aussi intensément que le leur permet ce « bordel occidental » qui transforme par une « morale à la dérive » les jardins sataniques en terrain permis dans le cadre d’un « deal with the devil » (un deal avec le diable). On se gave de péchés et, de rentrée au pays, on se les lave dans la maison de Dieu. Avec tous ces millions de pécheurs qui se rendent chaque année à la Mecque pour se purifier on a tendance à croire que l’eau purificatrice de l’Arabie Saoudite atteindrait un jour en termes de péchés son point de saturation. Pour certains de ces amateurs de « menus malsains » qui ne ratent pas la prière du vendredi, un algérien dira d’eux qu’ils sont coincés entre el qari3a (la sourate) wal qar3a (la bouteille).

Mes discussions avec les saoudiens de ma rencontre se portent bien, elles sont le plus souvent en arabe, et le respect identitaire s’en est toujours imposé. Pour la majorité d’entre-eux, ce qui intéresse le régime saoudien c’est la propagation de l’Islam à travers la planète pour des raisons avant tout économiques. Le Hadjj, à lui seul, sans compter les Omra, rapporte 35 milliards d’euros par an, l’Indonésie, le pays le plus peuplé dans le monde musulman, et qui est un pays non arabe, est le pays qui nous fournit le plus de hadji, par conséquent le plus de revenus, du fait que le quota de Hadji pour chaque pays s’effectue au prorata de sa population. L’arabe comme l’arabité ne sont pas des facteurs économiquement importants, certains politiciens par chauvinisme y jouent là-dessus, mais sans grands effets.  Le bathisme que tu accuses à juste titre, nous le combattons aussi, car il préconise un progressisme marxiste-léniniste qui favorise l’athéisme ou repousse la fois à l’arrière-plan des affaires publiques. Nous préférons une Afrique du Nord amazighe et pieuse qu’arabe et communiste. Nous pouvons, en optimisant les ressources du hajj, multiplier les rentrées actuelles en devises par 2 ou 3, et s’en passer des ressources pétrolières tout en ayant le meilleur PNB dans le monde musulman.
Une révolution qui porterait un sacré coup à la foi musulmane, porterait un sacré coup à la stabilité du régime. C’est ce que nous, ou du moins, la famille Al Saoud, craignons le plus, du fait comme vous devez le savoir, que les 2 familles rivales, en l’occurrence la Famille Al Rashid et celle des hachémites auxquelles la famille des Saoud  a « volé » le pouvoir dans les années 20 avec la complicité de la Grande Bretagne, l’attendent patiemment au tournant ; sinon votre amazighité vous pouvez la garder tant qu’elle nous assure votre quota de fidèles, pour votre arabisation qui vous vole votre identité nord-africaine, il faut regarder du côté de vos dirigeants et élire ceux susceptibles de cultiver votre fierté amazigh dans une sorte de panberberism revival.

 L’Arabie Saoudite est une terre bénie et cela grâce à notre prophète Mohammed, que le salut soit sur lui, qui nous a ramené l’islam ; nous le considérons aujourd’hui, non seulement comme le dernier et le plus grand des prophètes, mais aussi comme le plus grand businessman de tous les temps. Le commerce est la fonction qu’il avait brillamment exercée lui-même pour le compte de Khadija, celle qui deviendra sa première femme. Son lieu de naissance, la Mecque, et sa tombe à Médine, rapportent à l’Arabie Saoudite via les Hadjj et les Omra beaucoup plus que ce que rapportent les firmes de Bill Gates et de Steve Jobs à l’Amérique. Une véritable bénédiction pour laquelle nous ne cesserons jamais de remercier Allah pour avoir choisi son prophète de notre terre, parmi les nôtres. Contrairement aux peuples qui fuient massivement leurs terres fertiles pour d’autres contrées, nous, nous avons toujours été fidèles via notre foi à notre désert, et le désert nous le rend bien.

Je me souviens, ma première rencontre avec ce petit groupe de saoudiens, c’était à Starbucks. En me quittant, le dernier d’entre-eux me salue en arabe dans une formule typiquement orientale, « allah ya3tik el afia », une phrase qui veut dire quelque chose comme « que Dieu te donne grâce ». Je l’ai salué à mon tour, puis quelques pas plus loin, il me revient. -Je m’excuse mon frère amazigh, m’a -t-il dit. -Pour quelle raison ? -Parce que, une fois, j’ai dit la même expression à un marocain, il m’a regardé à la manière d’un agressé qui n’a rien compris à son agression. Quand j’ai été raconter ça a mes frères marocains, ils m’ont fait savoir que le terme ‘’al 3afia’’, chez eux signifie ‘’ le feu’’. Mon Dieu, me suis-dit, j’ai mis les pieds dans le plat. J’espère que t’as saisi mon salut dans le contexte saoudien.

Rachid c

8 comments for “Ma berbèrité face aux saoudiens de ma rencontre

  1. WISSEN
    September 18, 2016 at 07:55

    Une jour un groupe d’Algériens, en se promenant dans une rue du Caire pas loin de la place TAHRIR a été approché par un universitaire Égyptien en leur disant “ANTUM ARAB DARADJA TANIA” (vous des Arabes de seconde zone)

  2. Rabah Chabane
    September 18, 2016 at 16:44

    Un sujet grave dit avec la bonne humeur et l’humour qu’on te connait, Rachid.
    Comme tu as eu l’opportunité de découvrir les saoudiens hors de leur pays, il m’est arrivé de les chercher désespérément chez eux sans les trouver. C’était en Novembre 1994, j’effectuais par la grâce de Dieu une Omra offerte par mon employeur. Pendant 15 jours je ne suis pas parvenu à approcher un autochtone si l’on excepte les employés des institutions de l’État. J’y ai côtoyé des personnes de toutes nationalités, de toutes cultures, mais de saoudiens point ! D’ailleurs, la langue arabe est la moins utilisée à la Mecque et à Médine, que vous soyez dans la rue, à l’hôtel, au restaurant, dans les transports publics, dans les lieux de culte, dans les magasins…
    À en juger par la rareté des saoudiens dans les lieux saints, ma première réflexion etait et demeure que l’islam n’est pas le leur même s’il est révélé chez eux. Cela rejoint quelque part ton observation à propos de l’aspect économique de ces activités cultuelles.
    Quant à leurs moeurs en dehors de leurs bases, diamétralement opposés aux préceptes officiellement prônés, c’est devenu, à tort ou à raison, proverbial.
    Au sujet de la prétendue arabité de l’Afrique du nord, en complément à ce que tu as brillamment expliqué, je pense qu’il y’a glissement de sens progressif de l’arabophonie vers l’arabisme. Par ailleurs, dans l’inconscient collectif, l’islam est resté associé à la langue du Coran, donc l’arabe et par extension l’arabisme. Les politiques et certains intellectuels ont trouvé dans ce mythe un bon refuge, commode pour le confort intellectuel et la passification des peuples. Dans le langage moderne cela s’appelle la manipulation des masses. Je trouve tes déductions pertinentes concernant le fait que les arabes ne sont pas responsables de ce qui nous arrive et que nos dirigeants (jajouterais notre élite intellectuelle) sont seuls à blâmer si nous n’arrivons pas à assumer pleinement notre identité. Merci et bravo, Rachid, pour ce texte dense et instructif.

  3. Nanita
    September 19, 2016 at 15:57

    Un charabia qui se veut plein d’esprit mais indique simplement que ce brave Rachid n’est pas resté insensible aux pétro dollars sonnants et trébuchants dont ne sont pas avares ces dégénérés qui ne savent plus eux-mêmes ce qu’ils sont .

  4. Anonymous
    September 19, 2016 at 22:02

    el afia veut tout simplement dire la paix .dans les hauts plateaux el afia veut dire un petit feu avec ce que cela implique de sécurité, de réconfort ,de chaleureux .peut-etre qu’en amazigh aussi…

    .ne dit-on pas ,toujours dans les hauts-plateaux à quelqu’un qui part “rouh bel afia ” ce qui veut dire va en paix .

  5. EN-NEKWA
    September 20, 2016 at 07:15

    Pour légitimer leur sale guerre au YEMEN, les AL-SAOUD ont versé des sommes colossales aux alliés occidentaux pour acheter leur silence et surtout aux RUSSES qui bizarrement n’ont pas opposé leur véto lors du vote de légitimation de cette guerre au Conseil de Sécurité…………….. !!!

    “LES ARABES PORTENT DES TURBANS MAGNIFIQUES QUI PROTÈGENT LEURS TÈTES DÉSERTIQUES DES INVASIONS SCIENTIFIQUES.”

  6. mohammed
    September 21, 2016 at 16:47

    Je trouve cet article vient d une personne ignorante qui n a rien avec l histiore ce petit ecrivain de rien . .il ne sait pas que se sont les arabes lqui conquis le nordde l afrique se sont les arabes de la syrie et non de l arabie l ecrivain est un raciste qui haï les arabes

    • nounour
      October 6, 2016 at 10:13

      @mohamed Ca change quoi, que vos ancetres des chaanba, viennent se syrie ou de l’Arabie????? Que les arabes de syrie soient originiaires de la Papouasie, peut etre?Qu’ils viennent du Roubaa el khali ou d’Alep ne change rien a notre dilemmme

  7. Laid Hellal
    September 24, 2016 at 15:26

    merci Mohammed pour m’avoir fait autant ……… rire.

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