Un ventre creux n’est pas un bon conseiller politique (Albert Einstein)

Par Rachid C

parvenuVous ont-ils convaincus à troquer vos héros pour des fantômes? Un froid confort contre le changement? (Did they get you to trade Your heroes for ghosts? Cold comfort for change?) Pink Floyd,Wish you were here.

Nos élus sont corrompus jusqu’aux bouts des chromosomes, quand on compte avec eux, on ne sait ni par où commencer ni par où finir. La kabylie n’est plus ce qu’elle parait être, le plus simple baathiste nous y tient lieu de maitre, une mémoire nue apporte des ennuis, c’est dans cette fable parodiée que se résume le destin de la Kabylie d’aujourd’hui, au carrefour des revendications identitaires. Ceci est le constat d’un ami, de la haut, disait-il, nos élus nous pètent dans l’ultra-violet alors qu’on a perdu la protection de la couche d’ozone. A la longue, l’ADN s’en trouve affecté, et c’est un problème générationnel. Seule une révolution d’une grandeur proportionnelle à l’importance du problème peut inverser l’ordre, désormais, génétique des choses. Quand un système qui n’en fait qu’à sa tête fait semblant de laisser au peuple la responsabilité de choisir ses propres élus, c’est-à-dire ses meilleurs citoyens, et que ces derniers soient invités à se comporter en de véritables chasseurs de primes, consentent et s’y plaisent, il y’a lieu, dans le meilleur sentiment possible, d’avoir envie de leur donner un dinar symbolique et de leur faire quitter la ville. Mais, même  ce dinar symbolique,   ces gens-là,  peuvent trouver, du bas fond de leurs scrupules, un moyen de le rentabiliser pour s’en acheter la plus belle villa de la ville. La boite noire du système est ainsi faite,il y’a quelque chose de terriblement faux dans sa fonction de transfert qui fait qu’ on rentre honnête et l’on resort malhonnête. De l’autre côté, le système  a trouvé un bon moyen pour humilier ses bons cadres: les sous-payer à ne rien faire. C’est la stérélisation  des compétences.

Nos élus peuvent démissionner mais ne veulent pas, ils n’ont pas assez de dignité pour le faire, et comme leur départ est vivement souhaité, les hauts punissent une communauté par leur départ et les bas par leur insistance à rester. Mesmar Djeha, bien rouillé, comme on dit. Ces derniers ont dans leur tête ce proverbe: ça ne sert à rien de vouloir quitter la scene quand on ne vous retient pas.

Nos élus en Kabylie: la sublimation politique

Ayant manqué de tout, de la tête jusqu’aux pieds, ces évadés de la pauvreté plongent dans l’abondance que leur offre le pouvoir à la manière d’un assoiffé qui  plonge lui et ses habits dans une   flaque d’eau qu’il rencontre miraculeusement dans le désert. Leurs principes et leur engagement qui reposent sur des frustrations d’ordre typiquement matériel disparaissent avec celles-ci. Devant les offres démesurées  du pouvoir baathiste, leur manque flagrant de profondeur et d’authenticité ne leur donne pas cette aptitude à résister à vendre, via le confort corrupteur, leurs âmes au diable. Ayant grandi dans l’étroit et les chaumières ils se vident dans des espaces luxurieux qu’ils n’arrivent pas à remplir.Dans un palais on pense autrement que dans une chaumière, disait Ludwig Feuerbach. Ne pouvant briller de l’intérieur  ils se dotent d’une brillance externe pour  aveugler ceux qui refusent de les observer derrière leurs luxurieux accessoires. N’ayant pu grandir sous l’effet d’une responsabilité assumée, ils grossissent sous l’effet de la nourriture abondante et disponible, leurs cravates qui relient leur œsophage à leur bas-ventre via leur ventre, se courbent au relief de leur colline abdominale.N’ayant pas  de profondeur qui les maintient  solidaires de leurs principes, ils  se retrouvent dans l’obligation de s’évaporer pour pouvoir occuper le nouvel espace qui leur est offert, perdant ainsi cet état solide qui d’apparence était le leur dans leur milieu de pauvreté naturel.  Tout devient volatile en eux, leurs principes s’évaporent et leurs discours répugnants sentent le souffre. Ce passage direct d’un corps  de l’état solide à l’état gazeux, est connu  en thermodynamique sous le nom de  sublimation. Ce changement d’état que subissent nos élus à travers la sublimation politique appelle le peuple qui les a élus à les traiter avec d’autres égards. Quand le courant entre les élus et les électeurs ne passe pas, c’est toute une société qui se bloque.

Nos élus grandissent bassement sur le fumier de la corruption, et comme ils sont de la pire espèce, une fois élevés, ils se dotent d’une terrible envie de nous pisser dessus . Et le peuple a tendance à se demander d’où vient le mal, pourquoi ça ne marche pas, il se rendra compte avec la chute du baril que   la relative prospérité dont il avait joui à une certaine époque ne lui vient pas de la tête de ses élites, mais  tout juste de sous ses pieds. Un baril qui chute est un baril qui permet aux dirigeants qui ont la tête dans les nuages de remettre les pieds sur terre et au peuple de se rendre compte de la vraie valeur de ses dirigeants.

Le système à l’instar de son pétrole, est ainsi fait, il projette ses éléments les plus pollués vers le haut, qu’ils étouffent le peuple et la nation par leur rôle à provoquer l’effet de serre. Entre un vide sous nos pieds et une atmosphère polluée chimiquement et politiquement, les cages d’escaliers qui souffrent de comparaison devant ces luxurieuses villas qui puent l’arrogance et la corruption,  et qui subissent au niveau de l’administration une loi de distribution chaotique, auront du mal à tenir debout. Ces logés-pour-compte, étouffés par une distribution aléatoire ou biaisée, vont finir par se révolter contre le système fauché qui n’avait que l’argent du pétrole à leur offrir. Les citoyens des royaumes et républiques qui ne fonctionnent qu’au pétrole sont comme  payés pour remplir une mission, celle de rester “sages” et d’applaudir les autorités éternelles, ils se rendront compte, à leur insu, s’être  fait recruter par le système pour jouer les guignols dans leur propre pays.

Rachid C

1 comment for “Un ventre creux n’est pas un bon conseiller politique (Albert Einstein)

  1. Rabah Chabane
    October 13, 2016 at 17:50

    Sublimation… Un mot magique, un peu comme le phénomène physique qu’il désigne : le passage de l’État solide à l’État gazeux, en brûlant l’étape intermédiaire, l’État liquide. J’aime bien cette image qui illustre la folle ascension de notre personnel politique, élu peut-être, ailé certainement, parce qu’il faut des ailes pour s’élever et planer au-dessus de nos têtes, au dessus de la loi, au-dessus de l’entendement…
    Mais sublimation peut aussi signifier autre chose. Dans le jargon psychanalytique la sublimation d’une pulsion culpabilisante consiste à l’exprimer artistiquement. Ainsi un tableau devant lequel on reste admiratif est parfois la sublimation d’un sentiment refoulé car inavouable ou difficile à assumer en l’État.

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