Algérie Médiévale: Qui était Mourad Raïs?

Par Rachid C

La chanson Haouz Malta de l’illustre chanteur El Hachemi Guerrouabi, empruntée probablement au terroir, serait-elle un hymne à la gloire de Mourad Raïs, ainsi que de tous nos pirates et corsaires qui nous revenaient, chantait-il, avec des bateaux pleins de biens et de vierges? Nous vous la proposons à la fin de l’article.

L’époque médiévale de l’Afrique du nord est probablement la plus mouvementée et la plus épique de cette partie du continent africain, et ce, depuis l’époque où la Numidie fut le théâtre d’une guerre longue et féroce entre Rome et Carthage. Cet épisode de notre histoire nous a été tellement mal raconté que jusqu’à une certaine époque j’avais pris Mourad Raïs et Rais Hamidou pour des héros nationaux de la révolution algérienne, tombés au champ d’honneur. Ces illustres personnages ne sont présents dans la mémoire des algériens qu’à travers les noms des villes de Bir Mourad Raïs, située à 4 km au sud d’Alger, et de Raïs Hamidou, ex Pointe-Pescade, située à une quinzaine de km au nord-ouest d’Alger, avec son Mers Ed Debban (port aux mouches) où se trouve un fort avec 2 constructions ayant appartenu, l’une à Barberousse, l’autre à Abdy Pacha.

En prenant le train Alger-Boumerdès, la gare d’Agha et la ville de Hussein-Dey sonnaient à mes oreilles l’héritage turc, mais la gare de Corso, près de Boumerdès, était pour moi un nom propre, rien à voir, à mon niveau, avec l’histoire et la géographie. J’apprendrais plus tard grâce à la révolution internet que corso avec une minuscule est un terme italien qui désigne les activités de déprédations maritimes réciproques entre chrétiens et musulmans en méditerranée, écrit en majuscule, il fait référence à Sampiedro Corso qui fait partie, avec Napoléon Ier et Pascal Paoli, des Corses les plus célèbres, et est actuellement considéré par le nationalisme corse comme son plus ancien représentant, en tant que combattant contre la domination génoise sur l’île de Beauté.

Henri II avait envoyé Corso le corse pour négocier avec le Dey d’Alger et Soliman le Magnifique, les algériens l’avaient considéré comme d’une âme élevée d’où sans doute l’immortalisation de sa mémoire. Plus loin, que Boumerdès, vers l’Est, on trouve dans la Wilaya de Bouira (Tuviret), la gare Aomar, plus succinctement nommée après Omar Agha  qui a perdu pendant ses 2 ans de règne (1815-1817) la guerre contre les américains, plutôt qu’après un de nos héros de la guerre d’Algérie comme il m’est arrivé de le penser. Curieux me suis-je dit pour nos pirates  qui ont passé leurs vies à sillonner les mers plutôt que nos chemins de fer, qui ont des gares, mais point de port à leurs noms, que l’hommage leur soit rendu par les cheminots plutôt que par les matelots.

En 1492 l’inquisition catholique espagnole, sous le règne de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle de la Castille, chasse les musulmans et les juifs de l’Andalousie vers l’Afrique du nord. La même année l’Espagne finance l’expédition de Christophe Colomb à la conquête des indes par l’ouest, qui aboutit accidentellement à la découverte d’une nouvelle terre complètement inconnue aux européens et qu’on finira par nommer Amérique, en l’honneur de l’un des lieutenants de Christophe Colomb, Americo Vespucci.

L’appétit de conquête espagnol grandissant, ces anciens conquis des maures vont venir conquérir certaines villes nord africaines dans le but de faire reculer les frontières de l’Islam au maximum pour que le croissant ne vienne plus jamais menacer la croix. Ainsi, de 1505 à 1510 les villes d’Oran, de Mers El Kebir et de Bougie furent annexées. Ferdinand le catholique avait avec beaucoup d’insistance mis ces nouvelles croisades sur le compte de son bon vouloir à servir Dieu. Les algériens impréparés à faire face à la puissance mondiale de l’époque, font appel aux turcs à la rescousse. Colon pour colon, autant se coller à celui qui respecterait notre foi. C’est ainsi que se sont fondées les régences d’Alger, de Tripoli et de Tunis. Sous la dynastie saadienne et alaouite le Maroc était, quant à lui, un royaume autonome comme il l’a toujours été depuis 789, et la république de Salé (Rabat) composée principalement de maures expatriés par les espagnols pratiquait son propre système de piraterie au large des côtes atlantiques marocaines. Ces pirates de Salé sont plus connus sous le nom de pirates de Bouregreg et, en Grande Bretagne, sous le nom de Sallee Rovers (écumeurs des mers), et la littérature classique les immortalisera dans les aventures de Robinson Crusoé, ce dernier ayant été leur captif tout comme l’a été Cervantès, l’auteur de Don Quichotte de la manche, par les pirates d’Alger. L’alliance entre les pirates de Salé et ceux d’Alger a permis d’étendre le brigandage commercial nord-africain jusqu’à Terre-Neuve, en Amérique du Nord.

Avec les Barberousse, il s’est installé un impitoyable système de piraterie où l’on attaque sur toute la Méditerranée occidentale toute sorte de navire qui circule dans les parages. Ensuite, les expéditions barbaresques vont jusqu’en Islande, l’Irlande et la Scandinavie d’où ils reviennent avec des navires pleins de citoyens qu’ils détiendront à titre d’esclaves après les avoir préalablement dépouillés de tous leurs biens. Les éléments de tout équipage capturé sont soit, forcés à la conversion à l’Islam, soit réduits à l’esclavage, soit libérés moyennant une rançon.  

Fort de son succès de la conquête de Tunis en 1535, Charles Quint décide d’attaquer Alger. Accompagné de son conseiller de guerre, Hernan Cortès, connu pour sa cruauté et sa violence lors de la conquête espagnole du pays des aztèques, l’expédition de Charles Quint attaque Alger, le 25 octobre 1541. L’armée composée d’Algériens et de turcs allait normalement fléchir sous le bombardement de l’invincible armada, mais une mer soudainement très agitée désarçonna les navires espagnols par la force de ses vagues. Le roi ainsi que le conquistador Hernan Cortès allaient être capturés, mais ils seront sauvés in extremis par les chevaliers de Malte qui les achemineront vers le port de Saldae (Bougie). Les algérois attribueront cette victoire au saint de la ville, le soufi Kabyle, Sidi Mhammed Bouqabrine (le saint au 2 tombeaux) qui, selon leur croyance, a provoqué la colère de la mer.

En 1815 on devient le deuxième état après Tripoli à avoir fait une guerre à la jeune Amérique. La première guerre de l’Amérique contre Tripoli et sa deuxième contre Alger rentreront dans l’histoire sous les noms respectifs de première et deuxième guerres barbaresques. En revanche, le Maroc sera reconnu comme le premier pays au monde à avoir reconnu officiellement l’indépendance américaine.

Dans une sorte d’apologie à la piraterie le chanteur El Hachemi Guerrouabi, l’un des artistes les plus aimés de toute l’Algérie, avait chanté une chanson intitulée Malta, probablement empruntée au terroir, en éloge, paraît-il, au corsaire Mourad Rais et à tous ces pirates qui nous revenaient avec des bateaux, disait-il, pleins de biens et de vierges. Mais qui était, donc, Mourad Raïs ? 

 

mourad-raisJan Janszoon, ou Jan Janssen de Haarlem, Jan Janz, John Barber, capitaine John, également connu en Afrique du Nord sous le nom de Mourad Rais ou Murad Reis, né vers 1570 à Haarlem (Hollande) et mort vers 1641, est un Hollandais qui, après sa capture par des corsaires barbaresques en 1618, s’est converti à l’islam et est devenu corsaire à Alger, puis à Salé ; de 1624 à 1627, il est « Grand Amiral », c’est-à-dire dirigeant suprême, de la République de Salé, prés de Rabat (ou « République des pirates du Bouregreg »).
Biographie
Premières années
On en sait peu de choses, en dehors du fait qu’il s’est marié jeune et qu’il a eu un enfant, Lysbeth Janszoon van Haarlem.
Capture et conversion
Jan Janszoon est capturé par des corsaires barbaresques en 1618, à Lanzarote (îles Canaries) et emmené comme captif à Alger, capitale de la régence d’Alger, dépendance de l’Empire ottoman. Il se fait « turc » en se convertissant à l’Islam, devenant ainsi, aux yeux des chrétiens, un « renégat ». La conversion a peut-être été forcée, comme c’était alors fréquent.
Après sa conversion, il navigue avec le corsaire Suleyman Raïs, lui aussi renégat d’origine hollandaise (Salomo de Veenboer), que Janszoon connaissait dès avant sa capture.
Alger ayant entre temps fait la paix avec de nombreuses nations européennes, la ville ne peut plus servir de base d’opération à Jan Janszoon, qui, après la mort de Suleyman Rais en 1619 émigre vers la côte de Barbarie et le port de Salé pour y devenir corsaire pour son propre compte.
L’activité corsaire à Salé est une conséquence lointaine de la Reconquista espagnole, lorsque Philippe III d’Espagne décide en 1609 d’expulser définitivement d’Espagne les musulmans qui y résident encore. Aux Hornacheros déjà partis s’installer à la Kasbah des Oudaïas, près de Salé, se joignent alors de nombreux Morisques andalous ; ces musulmans émigrés d’Espagne utilisent les richesses qu’ils ont pu emporter pour armer en course quelques navires et s’en prendre aux navires et aux côtes européennes bordant l’Atlantique.
À la fois capitaine et armateur, Jan Janszoon fait rapidement fortune dans cette ville où l’espagnol est la langue véhiculaire, et où les renégats européens de toutes origines fournissent les spécialistes (pilotes, canonniers, calfats, maîtres de manœuvre, chirurgiens…).
Ses talents lui valent d’être nommé en 1624 au poste suprême de « Grand Amiral » de Salé, qu’il dirige jusqu’en 1627, date à laquelle il part de nouveau pour Alger.
Expéditions lointaines
Oluf Eigilsson, islandais enlevé par Jan Janszoon en 1627 ; après sa libération, de retour en Islande, il écrit un livre sur sa vie chez les corsaires.
Pendant sa carrière de corsaire de Salé, puis après son départ en 1627, Jan Janszoon met sur pied plusieurs expéditions lointaines particulièrement audacieuses :
Raid sur Grindavik de 1627
Jan Janszoon effectue en 1627 un raid particulièrement audacieux sur Grindavik, Islande. L’expédition permet de ramener des peaux, du poisson fumé, mais surtout, 400 Islandais, parmi lesquels Guðríður Símonardóttir dite Tyrkja-Gudda (Gudda la Turque) ; elle témoigne de l’emprise des corsaires de Salé sur l’Atlantique, pendant que les Barbaresques d’Alger ont la mainmise sur la piraterie en Méditerranée.
Sac de Baltimore en 1631
Lors d’une expédition peu fructueuse, Janszoon a recours à un captif pris au cours de l’expédition, un catholique nommé John Hackett, pour obtenir des informations sur les cibles potentielles qui pourraient s’avérer intéressantes. Or, les catholiques irlandais nourrissent alors quelques griefs contre les habitants de Baltimore, dans le comté de Cork, au sud de l’Irlande, car ceux-ci sont protestants, et Hackett désigne donc la ville comme une proie de choix. Le 20 juin 1631, Jan Janszoon, à la tête de corsaires salétins, effectue un coup de main contre Baltimore, qu’il met à sac en enlevant 108 personnes selon certains, mais 237 selon le Père Dan, libérant les Irlandais celtes pour ne conserver que des Anglais qu’il revendra comme esclaves sur les marchés d’Afrique du Nord. Hackett sera ensuite arrêté et pendu ; dans l’histoire de l’Irlande, il est considéré comme un patriote, alors qu’il est vu comme un traître par l’histoire de l’Angleterre.
Fin de sa vie
En 1635, lui et beaucoup de ses hommes sont capturés par surprise près de Tunis par les Chevaliers de Malte. Enfermé dans les sombres cachots de l’île de Malte, il y est victime de mauvais traitements et de tortures, qui affectent sa santé. Il est libéré en 1640 par une attaque corsaire massive, orchestrée par leDey de Tunis. Il retourne alors au Maroc, où il est nommé gouverneur de la forteresse de Oualidia, près de Safi.
Là, à l’occasion de l’arrivée du nouveau consul néerlandais, il reçoit la visite de sa fille Lysbeth Janszoon, venue tout exprès des Pays-Bas. Il l’accueille en grande pompe, et elle reste auprès de lui jusqu’en août 1641, où elle retourne aux Pays-Bas. Il est alors devenu un vieil homme affaibli, qui se retire tant de la vie politique que de la piraterie, et dont on ignore ensuite le sort.
Hommage
En 1793 Hassan Pacha baptise un puits du nom de Mourad Raïs a l’endroit ou se trouve La commune algérienne de Bir Mourad Raïs (anciennement Birmandreis), faisant partie de la ville d’Alger.
Sur son territoire se trouvait le village kabyle de Tixeraine, village fondé par des kabyles à l’époque ottomane, il a une architecture typique de la région d’origine de ses habitants avec des ruelles escarpées difficilement carrossables. Le quartier formé autour du village porte le même nom même si il fait partie de la commune de Birkhadem.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bir_Mourad_Ra%C3%AFs

 

 

5 comments for “Algérie Médiévale: Qui était Mourad Raïs?

  1. lefennec
    October 22, 2016 at 04:35

    Cette époque n’est pas celle des “algériens” mais celle des mercenaires, tous étrangers (turcs, maltais, Italiens etc… de majorité européennes convertis de forces à la religion des Qureichites) organisés en bandes de pirates. En bons criminels, ils écumaient la mer méditerranée et se foutaient bien de ce que vous appelez “l’Algérie” que les colons français ont créé, grande et immense, de toutes pièces (un jour, on devrait peut être les remercier pour ce leg post-colonial). Meme mon père qui a combattu les paras de Bigeard dans la vallée de la Soummam en 54-62 l’a admis par honnêteté.

    Les “algériens” de l’époque (le mot “algérien” n’existait pas encore à l’époque) étaient isolés les uns des autres soit dans leurs montagnes en confédérations, soit dans leurs haut plateaux en tribus soit ailleurs dans des contés inaccessibles et inutiles aux étrangers.

    Aussi, qu’en cette époque, ce qu’on appelles aujourd’hui “les algériens” c’étaient des indigènes de secondes zones (même musulmans, aux yeux des Turcs, musulmans et sunnite de surcroit) qui n’avaient aucun droit devant les turcs. Le mariage des hommes indigènes, nos arrières grand-pères, avec des femmes turques était interdit par contre pour les mercenaires turques ils pouvaient prendre autant de femmes qu’ils veulent parmi les femmes indigènes, c’est à dire nos nos arrières grand-mères. L’exemple des Kouroughlis l’illustre bien.
    Arrêter donc cette histoire bidon à la noix qui fait de ” la marine algérienne” de époque la plus puissante de l’époque ou bien que l’empire Ottoman était un khalifat comme le prétendent certains.

    Pour terminer, en 1962, lors du vote des nations unies pour l’auto-détermination de l’Algérie “arabe et musulmane” les turques musulmans, ont voté NON à l’indépendance de l’Algérie. Nous devons exiger des excuses de la Turquie actuelles par ses “citoyens” les frères Othmanes pour la souillure de notre “Algérie”.

  2. Kaci
    October 22, 2016 at 23:21

    Ls Turques tous comme les Arabes et Francais etaient des colonisateurs. Faire des Turques des gens a celebrer releve d’une misere incroyable d’eternel colonise. Pauvre peuple !

  3. Kaci
    October 22, 2016 at 23:23

    Hachemi Gerroiuabi etait un Kabyle qui detestait sa langue d’origine. Pauvre type.

    • lefennec
      October 23, 2016 at 03:31

      El Hachemi Guerouabi, qu’il repose en paix, était d’abord un muezzin dans une mosquée avant de devenir un grand chanteur chaabi, grâce à sa voix au timbre exceptionnel, d’origine Chenoui (Cherchel). De son vivant, il avait même encouragé un chanteur chenoui à chanter en chenoui. Ne lui faisons pas un procès à titre posthume. Ce serait malhonnête.
      Meme les chanteurs chaabi, en général, sont victimes de cet “effacement de la mémoire collective” au profit du religieux subversif, car ils sont porteurs de la culture autochtone. Le reproche va à ses pseudo historiens qui nous écrivent une histoire officielle, taillée sur mesure,dans un seul but d’attenter à l’estime de soit de tout les nord-africains. C’est l’heure façon de nous humilier pour mieux nous désorienter.
      Nous sommes des africains même si notre peau est blanche ou parfois blonde. En tout, moi, je me revendique comme tel.

  4. EN-NEKWA
    October 27, 2016 at 05:39

    EXPLICATION HISTORIQUE DU PHÉNOMÈNE DES JANISSAIRES

    Ce qui se passe actuellement en Algérie, à travers les actes de piraterie et autres détournements des biens publics, fait partie de la culture léguée par les Ottomans aux Français que ces derniers ont restitué aux Janissaires d’Alger, avant leur départ en 1962. En effet après 1962 la France à remis en scelle cette culture janisairiénne en représailles contre les peuples d’Algérie qui l’ont combattue.

    ALORS QUI SONT-ILS LES JANISSAIRES ?

    Ce sont des (Enfants ramenés de l’Europe centrale par les Ottomans) et élevés dans les casernes des villes côtières, de l’Afrique du Nord, leur métier la piraterie, (ni foi, ni loi) Vers la fin de l’empire Ottoman ils ont pris le pouvoir à Alger et depuis ils ne l’on plus lâché, le plus célèbre le traître « DEY HUSSEIN » bizarrement un quartier à Alger, porte son nom ! Il n’a jamais combattu les envahisseurs français au contraire il a remis les clés de la ville d’Alger à l’armée d’occupation, puis escorté jusqu’à Marseille par celle ci.

    En effet les Janissaires d’Alger se sont alliés avec l’armée française, ils utilisent des méthodes violentes pour se maintenir au pouvoir, leur devise « la loi du plus fort est toujours la meilleure », ils se sont toujours opposé à l’idée d’une deuxième capitale à l’intérieur du pays, ils ne croient pas aux valeurs morales et philosophique telles que : la démocratie, la justice, les libertés, les droits de l’homme…..etc.…

    L’arabisation de masse qui a produit des zombies en grande quantité, à favorisé l’émergence de cette culture janissairiènne.

Leave a Reply

Your email address will not be published.