Le projet de loi 62 du Parti Libéral du Québec: encore une autre arme chargée à blanc contre la radicalisation islamiste

Ce projet de loi traite superficiellement les problèmes qu’il est censé résoudre. Il ne leur apporte aucune solution, au contraire, il les structure pour enfin leur donner une assise juridique qui ouvre la voie aux revendications idéologiques sectaires et communautaires très recherchées par les islamistes ainsi que d’autres intégrismes religieux. Le paradoxe inhérent à ce projet est que la neutralité devient avec les libéraux une situation exceptionnelle. Le projet de loi nous informe que l’État ne sera pas neutre en  toutes circonstances et que sa neutralité ne dépend pas de la volonté générale, mais de la volonté de quelques personnes qui la rejettent
voile-ecole     Après le fiasco du projet de loi liberticide conçu pour lutter contre les discours haineux, voilà le gouvernement libéral qui nous revient comme prévu, nous sortir de son chapeau une autre arme pour faire face à la radicalisation. Il nous propose le projet de loi 62 intitulé «Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’accommodements religieux dans certains organismes».   Qu’en est-il de ce projet de loi ? En quoi réside sa force de frappe ? 
   Les premières impressions que nos avons eues à la lecture de ce document nous laissent  sceptique. Ce projet de loi est bien en deçà des attentes des citoyens et citoyennes. On est loin non seulement des propositions de la Charte des valeurs du gouvernement du  PQ, mais aussi  des propositions de la commission Bouchard-Taylor. Ce projet nous ramène au moins à 30 années en arrière, plus précisément à la période où les islamistes étaient persécutés dans les pays à majorité musulmane par des régimes autoritaires à tendance nationaliste et laïcs. Tout en inscrivant ce projet dans la perspective de lutte contre la radicalisation, il semble que le législateur ignore la réalité du fait religieux que l’islamisme a engendrée et imposée dans les sociétés occidentales depuis le 11 septembre 2001. 
        Force est de constater que ce n’est pas anodin que l’auteur de ce document justifie d’une manière dogmatique la neutralité religieuse de l’État par des éléments qui n’ont rien à voir avec la question du rapport de la religion à l’État. Son raisonnement nous conduit à cette  conclusion  absurde : d’une part, il démontre que l’État a le droit de manifester une appartenance religieuse si son action ne provoque pas des problèmes de sécurité, et de l’autre que la neutralité de l’État doit cesser si elle se contredit avec les convictions religieuses d’une personne ou d’un groupe. Autrement dit, la neutralité religieuse n’est pas quelque chose d’essentiel pour l’État mais d’accidentel.      
     En plus, on ne peut pas échapper au goût d’inachevé et de la confusion. L’auteur du document utilise sciemment des termes que la sociologie n’arrive pas à déterminer d’une façon claire et distincte. Tout est confus, il nous parle de traditions, de religions, de croyances,  de cultures, de coutumes et de fêtes religieuses. Tous ces mots ont des significations proches. Dans certains contextes on peut même les utiliser comme synonymes. Certains de ces termes englobent le sens des autres. La définition de culture par exemple à elle seule englobe le sens de tous les autres. Ce projet de loi nous met devant une inflation du langage qui complique encore plus le problème qu’il est censé résoudre.  
       Nous sommes convaincus que l’auteur de ce document n’ait pas la volonté de régler les problèmes liés à la question du rapport de l’État à la religion telle qu’elle est perçue par la majorité de la population. Aucun mot sur la place que devrait prendre la religion. L‘auteur a extirpé le problème de la neutralité de l’État et des accommodements religieux de la problématique de la laïcité, leur cadre théorique naturel. Il n’y a rien dans ce document qui nous montre si son auteur défend l’idée que la religion doit s’exprimer dans la sphère privée ou alors qu’il est, au contraire, pour qu’elle envahisse la sphère publique. Tout est confus sur le plan théorique. On ne sait pas de quelle théorie de la laïcité les auteurs du document s’inspirent et quel genre de laïcité ils défendent.
     Il semble que le législateur recule et complique la situation. En fait, il réduit le débat sur la laïcité à de simples mesures techniques sans effets qui tracent des limites à respecter pour ensuite les réviser et nous donner les moyens légaux pour les contourner. Ce cercle vicieux dans lequel le législateur nous met est la conséquence d’une mauvaise problématisation de l’objet.
     Ce projet de loi traite superficiellement les problèmes qu’il est censé résoudre. Il ne leur apporte aucune solution, au contraire, il les structure pour enfin leur donner une assise juridique qui ouvre la voie aux revendications idéologiques sectaires et communautaires très recherchées par les islamistes ainsi que d’autres intégrismes religieux. Le paradoxe inhérent à ce projet est que la neutralité devient avec les libéraux une situation exceptionnelle. Le projet de loi nous informe que l’État ne sera pas neutre en  toutes circonstances et que sa neutralité ne dépend pas de la volonté générale, mais de la volonté de quelques personnes qui la rejettent. En fait, lorsque ces personnes décident de mettre en veilleuse leur droit à des accommodements religieux pour une raison ou une autre, c’est à ce moment là seulement que l’État récupère sa neutralité religieuse. Le  Chapitre V  du projet de loi traitant de la loi sur les services de garde éducatifs à l’enfance illustre bien cette tendance à fragiliser la neutralité religieuse de l’État et à faire d’elle un élément secondaire. Après avoir affirmé l’exigence de la neutralité, le législateur nous propose une liste d’exception pour la détourner. Il nous précise que le premier alinéa de la loi sur les services de garde éducatifs à l’enfance qui dit « que l’admission des enfants n’est pas liée à l’apprentissage d’une croyance, d’un dogme ou de la pratique d’une religion spécifique», ne vise pas à empêcher ces quatre réalités ou exigences :
1° une manifestation culturelle particulière liée à une fête à connotation religieuse ou qui tire son origine d’une tradition religieuse;
2° un régime alimentaire fondé sur un précepte religieux ou une tradition;
3° l’établissement d’un programme d’activités visant à refléter la diversité des réalités culturelles et religieuses;
4° la participation à une activité dont le thème est inspiré d’une coutume
  D’une façon incompréhensive, avec l’affirmation de ces exceptions, le législateur enlève à l’interdiction sa raison d’être. Le législateur semble ignorer que l’endoctrinement ne se fait pas explicitement et que l’apprentissage se fait de multiples façons. Souvent, l’endoctrinement est subtil et agit sournoisement. Ces agents exploitent au maximum les rites, fêtes et coutumes qui ont des connotations religieuses pour faire passer leurs messages et justifier l’enfermement communautaire.
      Pratiquement, on peut dire que l’État jouira de la neutralité religieuse seulement lorsqu’il n’y a pas de demandes d’accommodement. Comment peut-on parler de loi favorisant la neutralité religieuse de l’État ? En fait, ce projet encourage le retour du religieux dans la sphère publique. Bref, ce projet est une  menace à la neutralité. Encore une occasion ratée pour réduire les tensions liées à la question de la laïcité au Québec. La majorité des citoyens et citoyennes provenant de l’Afrique du Nord sont fatigués de subir l’inaction calculée des gouvernements et la montée vertigineuse de l’intégrisme religieux. Cette  complicité de circonstances entre les deux se fait au détriment des valeurs citoyennes qu’ils revendiquent. Car nous sommes convaincus que notre intégration politique et sociale au contexte historique québécois passe nécessairement par l’affirmation de notre citoyenneté et non pas par des accommodements religieux et communautaires qui nous stigmatisent et nous enfoncent de plus en plus dans le communautarisme.
        La situation telle qu’elle est aujourd’hui semble être  meilleure que ce que ce projet de loi nous propose. Encore, une autre épée du gouvernement libérale dans l’eau de l’océan de la laïcité. Ce n’est pas pour demain la solution. La question de la laïcité demeure un fond de commerce et une carte électorale dont les politiciens ne veulent pas se débarrasser.
     De plus, aujourd’hui on constate l’émergence de quelques pseudo-spécialistes de la déradicalisation, un mot diffusé  par la sphère politico-médiatique pour répondre au phénomène de violence islamiste , qui, sans scrupules, non seulement n’hésite pas à se remplir les poches de l’argent public, mais produit des discours qui encouragent l’inaction des gouvernements qui les emploient face à la montée de l’islam politique et d’autres idéologies extrémistes afin de justifier leur raison d’exister et de garantir leur continuité. Ces trois acteurs sont complémentaires; l’islam politique fait pression sur la société, cette dernière à son tour exige du gouvernement des actions, celui-ci fuit ses responsabilités et les délègue à de pseudo-spécialistes. Enfin ces derniers,  pour justifier leur travail, rémunération, statut social et pouvoir politique, ils prescrivent des remèdes qui ne traitent pas le mal dans la racine pour réduire de son effet. Cette façon de faire, à notre sens,  ne limite pas la propagation de l’islam politique, au contraire le discours de ces pseudo-spécialistes donne une certaine légitimité scientifique aux revendications et actions islamistes. Bref, la pression sur la société et le gouvernement est maintenue en faveur d’un nouveau business.
     En effet, tout le monde trouve son compte sauf la société qui subit les actions des islamistes. Avec ces pas en arrière et ces petites mesures techniques, il semble que le gouvernement est loin de vouloir nous faire sortir de l’auberge et, une chose est sûre, le chômage technique de ces soi-disant théoriciens de la déradicalisation n’est pas pour demain.
Par Ali Kaidi (docteur en philosophie)

1 comment for “Le projet de loi 62 du Parti Libéral du Québec: encore une autre arme chargée à blanc contre la radicalisation islamiste

  1. Pierre Cloutier
    October 24, 2016 at 11:29

    Mon commentaire est simple : pas de signes ostentatoires religieux dans l’espace civique et pas de voile intégral dans l’espace public. Respect absolu de l’égalité homme-femme et laïcité ferme de l’État. Pas de privilèges fiscaux pour toutes les religions. et modifications en profondeur du cours Éthique et religion, pour qu’on y enseigne certes l’histoire des croyances depuis l’animisme, le polythéisme, le monothéisme, le théisme, le déisme, la fidéisme, le panthéisme, mais aussi l’histoire de la non croyance avec l’athéisme de Jean Meslier, de Fueurbach, du baron d’Hollack et de Nietzszhe. Lire à ce sujet : Contre-histoire de la philosophie de Michel Onfray en 9 tomes – livres de poche. Le communautarisme lié au libéralisme va finir pour provoquer le chaos. Il suffit de regarder ce qui se passe en Europe.

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