Être Touareg: marcher libre, en chevauchant le vent

Le roman va au-delà des préjugés qui enflamment les sociétés musulmanes et les minorités menacées de disparition en Afrique centrale, au Maghreb et au Moyen-Orient. La coureuse des vents est une belle métaphore de la liberté de pensée, d’expression et de mouvement, où l’adroite diversité des genres abordés (roman, poésie, essai) fait ressortir l’unité et l’originalité du peuple touareg : « Être homme et femme libres. Marcher en chevauchant le vent en direction de demain. »

 

Par le Dr Adina Balint, professeure de littérature à l’université de Winnipeg. 

 

  Le dessin sur la couverture annonce l’hybridité du texte : l’étendue du désert, une colombe blanche en guise de paix et l’ombre d’une roquette, symbole

Louenas Hassani, La coureuse des vents, roman, Ottawa, Les Éditions L'Interligne, 2016, 266 pages

Louenas Hassani, La coureuse des vents, roman, Ottawa, Les Éditions L’Interligne, 2016, 266 pages

de la guerre – trois leitmotive qui s’entrecroisent dans La coureuse des vents, premier roman de Louenas Hassani, auteur algéro-canadien d’origine kabyle.

  Nous suivons le chemin initiatique d’Évangeline, devenue Addis, une poétesse et historienne franco-africaine issue des hommes bleus du Sahara, en quête de ses origines touarègues : « – Addis était une femme libre; elle était originaire du vent […]» (p.37) Il s’agit d’un roman hybride en 10 parties, composé de descriptions, de chroniques sur l’histoire de l’islam, de poèmes, de digressions philosophiques et de fragments de lettres, qui tournent autour d’une question simple et complexe : « […] l’identité est-elle changeante ou non? » (p. 262) D’une écriture sobre, tintée de sonorités orales, tant pour établir les faits – le printemps berbère de Mars et avril 1980– que pour évoquer des souvenirs, le chœur déploie un chœur polyphonique. Il évoque la force l’héritage ancestral et la grandeur et la misère de la condition humaine.

    D’entrée de jeu, le huit vers de la dédicace revèlent le désir de partage et d’inclusion du roman : À ma grande et à ma petite famille […]; aux hommes et aux femmes qui ont le courage […]; À tous ceux et celles dont les rêves sont plus grands que les peurs[…]. Plus loin, les mots en exergue de chaque partie livrent une galerie d’auteurs ouverts sur le « Tout-monde», dont parle Edouard Glissant : Aimé Césaire, Tahar ben Jelloun, Kateb yacine, Federico Garcia Lorca, Mano Dayak, etc.

   Hors du monde, puisque dans le royaume des contes et des poèmes, le lecteur embarque allègrement dans une arche d’histoires qui le mènent en Éthiopie, au Soudan, dans les régions montagneuses du Sahara central, en France e tau maroc, dans une sorte de rêve éveillé qui louvoie sur la ligne fluctuante de la violence et du vivre ensemble, du doute et du questionnement sur l’histoire de l’humanité et les valeurs des monothéismes. Car « Dieu est une question» (p.85), ou encore : « Le voile est-il vraiment neutre?»(p.120)

   Si le parcours d’Addis est le fil conducteur du récit, on y croise aussi de nombreux personnages narrateurs (amis, parents, maitres à penser) dont l’itinéraire singulier révèle divers niveau d’une identité plurielle, enrichie par des rencontres et des voyages : « Je suis animiste, je suis musulman; je suis un peu juif et chrétien, un peu français d’Addis. Je suis un peu de chacune de mes rencontres, de mes lectures, de mes expériences, de mes voyages. » (p.61)

   En effet, le roman va au-delà des préjugés qui enflamment les sociétés musulmanes et les minorités menacées de disparition en Afrique centrale, au Maghreb et au Moyen-Orient. La coureuse des vents est une belle métaphore de la liberté de pensée, d’expression et de mouvement, où l’adroite diversité des genres abordés (roman, poésie, essai) fait ressortir l’unité et l’originalité du peuple touareg : « Être homme et femme libres. Marcher en chevauchant le vent en direction de demain. » (p.165)

Par le Dr Adina Balint (professeure de littérature à l’université de Winnipeg) article paru Dans Liaison, la revue des arts Accadie/Ontario/ Ouest, N˚172, Été 2016, page 57. 

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