Donald Trump Président des ÉUA : le changement est-il de l’ordre du possible ou bien une simple utopie séduisante et mobilisatrice conduisant au pouvoir ?

Les sondeurs d’opinion et les commentateurs n’ont rien vu venir, ils ont sous-estimé la vague de fond qui travaillait la société américaine depuis des années. C’est cette vague qui a ramené Trump au pouvoir. Ils se sont mis à fabriquer des prédictions qui donnaient Hillary Clinton vainqueur et à annoncer sa victoire avec une assurance démesurée. Le résultat nous le connaissons : une douche froide et une leçon d’humilité pour les pseudo-scientifiques, qu’ils n’oublieront pas de sitôt.

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Donald Trump: le quarante cinquième président des États-Unis d’Amérique

     Notre propos dans cet article est de rechercher à donner du sens à l’élection du Donald Trump loin des jugements de valeurs et des considérations morales.

     Ce qui est certain aujourd’hui est que la majorité des grands électeurs (289 électeurs pour Trump et 218 électeurs pour Hillary) ont décidé de mettre fin à deux mandats de règne des démocrates qui ne jouissaient pas d’un pouvoir absolu, car le congrès, lors des deux mandats, était contrôlé par les républicains. Par ailleurs, les menaces et les pires conséquences brandies par les institutions financières et les médias, comme ils l’ont déjà fait contre le gouvernement grec et les défenseurs de la sortie de l’Angleterre de l’Union européenne (brexit), ont servi enfin de compte le candidat républicain. En effet, contre toute attente, ces menaces ont démontré à la population américaine que le candidat républicain n’est pas celui des institutions financières, mais leur ennemi. Il est un outsider. Il est le candidat qui incarne le mieux le changement et le rejet du système. Il marche à contre sens de ce que le discours des privilégiés et les alliés du système économico-politique en place défendent.  Il ne parle pas le langage de la minorité dominante. Il ne respecte pas les codes des habitués du pouvoir, et des hommes et des femmes politiques carriéristes. Il agit à l’extérieur du champ politique traditionnel. Il représente la possibilité de défier le dogme du libre échange qui a toujours été présenté comme un déterminisme inébranlable et une fatalité historique. Il est représenté comme une menace à l’ordre établi, il est contre un ordre politique et social qui suscite de la colère chez la majorité des citoyennes et citoyens. Il est représenté comme un ennemi de ce qu’ils considèrent comme la source du mal qu’ils vivent au quotidien. Ainsi, le système en voulant faire du Trump le candidat un monstre répugnant qu’il faut fuir, ils lui ont construit un éthos particulier, une manière d’être et de paraitre qui le distingue des professionnels de la politique et qui suscite de la curiosité, de l’intérêt et de l’attirance chez les citoyennes et citoyens mécontents de la politique du Président Obama. Ainsi, cet ennemi est devenu en dépit de la volonté des faiseurs d’opinion, un allié auquel il faut croire et s’accrocher pour changer leur situation. Car à leurs yeux, il est capable d’engendrer des réponses différentes à des problèmes extrêmement récurrents.  Ces faiseurs d’opinion lui ont collé des indices identifiant un caractère qui le rapproche du peuple et les invite à s’identifier à lui. Ils l’ont aidé à construire un éthos capable de convaincre les électeurs et de gagner leur confiance. Ainsi, il a réussi à mobiliser l’affectivité des électeurs par son ton, ses gestes et autres signes illocutoires et oratoires, vestimentaires et symboliques. Il s’impose comme étant l’autre du système par lequel le changement est possible. Il persuade par l’image qu’il dégage. La force de ses arguments réside essentiellement dans l’éthos que ses adversaires lui ont fabriqué. Il n’avait pas besoin de dire pour convaincre, il lui a suffi de se montrer. Ses contradictions, ses excès, sa violence verbale et parfois son ignorance ne dissuadent pas ses destinataires, parce que ces faiblesses que ses adversaires mettent en évidence dans leur discours se sont transformées en éléments constituant son éthos particulier. Tout tourne autour de cette image d’outsider qu’il dégage et qui a justifié tous ses paroles et gestes.                 

     Par ailleurs, la candidate démocrate s’est fait représenter par les faiseurs d’opinion comme une femme politique incarnant la continuité, la stabilité comme si le souhait de la majorité des Américains est le statu quo. Elle doit convaincre par ses paroles en développant un discours rationnel qui ne sort pas de la logique interne du champ politique auquel elle appartient. Elle a parlé tout en long de sa campagne électorale le langage d’un professionnel de la politique, un langage récurrent qui a perdu sa force de persuasion.     

    Entre les deux options, les Américains ont choisi l’aventure, ils ont préféré l’incertitude aux politiques récurrentes et inefficaces qu’ils subissent depuis des années. La majorité des Américains ont choisi entre deux maux dont l’un est certain et l’autre incertain. En fait, il se sont dit qu’il vaut mieux pour eux d’expérimenter autre chose, une nouveauté que d’expérimenter quelque chose qui leur a prouvé plus d’une fois son impertinence.  Ils n’ont pas choisi un programme bien structuré qui prend en considération tous les enjeux, mais une volonté défiante et révoltée d’un homme qui aspire à enlever les obstacles qui l’empêchent de s’exprimer. 

    Son élection suscite de nombreuses interrogations.  Cette volonté, sera-t-elle à la hauteur des attentes de ceux et celles qui croient à sa capacité de changer la réalité sociopolitique en faveur de la majorité des citoyennes et citoyens américains ? Gardera-t-elle intacte l’énergie qui l’a menée au pouvoir, ou bien elle sera absorbée par le système et les traditions de l’exercice du pouvoir ? Assistons-nous à une nouvelle façon de faire de la politique qui annonce une nouvelle façon d’exercer le pouvoir ? Sommes-nous seulement en face d’une volonté pragmatique, voire machiavélique prête à utiliser tous les moyens pour arriver au pouvoir, autrement dit sa fin ultime ? Cette volonté, fera-t-elle ce qu’elle a promis ou bien elle sera contrainte à s’adapter à la réalité qu’elle rejette et à la rectitude politique qu’elle dénonce ?  

     Le nouveau président est contraint de satisfaire les attentes des citoyennes et citoyens qui l’ont élu ou d’inventer une nouvelle rhétorique politique pour les convaincre de nouveau de sa bonne volonté. Le défi n’est pas celui d’un président dont on a l’habitude de constater son incapacité à ne pas tenir les engagements qu’il a tenus pendant la campagne électorale, mais celui d’une volonté qui a exprimé sa capacité à changer son monde.            

     En choisissant Trump, les Américains optent pour le changement et pour une nouvelle façon de faire la politique. Ils en ont assez des politiques qui justifient la misère, le chômage, la précarité et la vulnérabilité. Ils veulent des politiques qui s’appuient sur des contextes locaux et qui se décident par des hommes et femmes qu’ils ont élus et non pas des forces occultes qui argumentent leurs actions et inactions impopulaires par des chiffres et le tempérament instable de la bourse. 

    Loin des constats alarmistes et des souhaits idéologiques, ce qu’il faut retenir de cette élection et que la démocratie est capable de changer le court de l’histoire. En effet, Trump vient de nous prouver que c’est possible d’aspirer à sortir du contrôle du système économico-politique dominant en s’appuyant sur le peuple. Une démarche que beaucoup d’observateurs et de spécialistes qualifient à tort ou à raison de populisme. Or, la frontière entre le populisme et l’opinion du peuple dans une démocratie est très mince. Aujourd’hui, la droite conservatrice a réussi là où la gauche progressiste subit des échecs et des revers significatifs. Bref, la gauche, malgré son opposition à la mondialisation et son combat contre les inégalités peine à mobiliser les victimes de cette mondialisation libérale et catalyser la colère et mécontentement de ses laissés pour compte. 

   Pour quand le changement? Certes, personne n’est capable de le prédire, mais cette expérience étasunienne montre que l’esprit de la démocratie contient des éléments qui font de cette aspiration, loin du fatalisme ambiant, une possibilité parmi d’autres.   

Par Ali Kaidi

2 comments for “Donald Trump Président des ÉUA : le changement est-il de l’ordre du possible ou bien une simple utopie séduisante et mobilisatrice conduisant au pouvoir ?

  1. lefennec
    November 11, 2016 at 02:56

    En politique rien ne se fait au hasard. Tout est calculé comme prévu. Et comme toujours, les mass-média, complices, nous ont bassiné et continueront de le faire si efficacement.

    La venue de Trump à la tete des USA est l’aboutissement logique du long processus historique des USA, même de l’humanité, depuis leur “séparation” (ils appellent ça l’indépendance) vis à vis de la couronne d’Angleterre et après le génocide presque parfait des autochtones de l’Amérique du nord. Un long processus de la finance mondiale qui se nourrit de l’esclavage des peuples du monde.

    L’élection de Trump par les banquiers sont un signe très fort: Les nations de planète Terre n’ont pas besoin de “chefs d’états” “élus” par la plèbe mais de managers qui seront jugés par la finance mondiale sur le résultat immédiat obtenu. Meme le FMI changera d’orientation et adaptera sa “constitution” (qui sera celle des autres états) à la nouvelle phase.
    On ne dira plus un Chef d’État mais un Manager. Et les peuples du monde, pour se sentir libre, auront la démocratie pour s’exprimer, mais, en contre partie, ils auront la faim pour leur rappeler que leur démocratie est un leurre.

    Cet aboutissement a mis beaucoup de temps pour porter wall street à la Maison Blanche américaine. La finance mondiale, donc Dieu Argent, vient de balayer toutes les idéologies en cours et à venir pour s’imposer dans le nouvel ordre divin. Trump en est l’incarnation humaine de ce système. Désormais, les peuples du monde sont sommés de consommer et de ne pas réfléchir car Dieu Argent le fait à leur place. Un prélude à la fin des religions monothéistes.

    Les descendants des Arabes Quoreishites rêvaient d’un khalifa mondiale géré par le système coranique mais les USA, en avance sur leur époque, les ont devancé en substituant le Dieu Agent au Dieu Allah.

  2. alhif-n-wen.
    November 11, 2016 at 05:26

    Une énième leçon de démocratie donnée par les peuples occidentaux aux pays et aux peuples dit « KHARABE » qui n’ont jamais connus l’ALTERNANCE, ils possèdent les 7 dernières monarchies absolues de la planète, le reste sont des dictatures nationalo-islamo-baathistes.

    D’ailleurs excepté les pays « KHARABE », la Corée du nord, la Chine et quelques pays d’Afrique subsaharienne, les peuples du reste du monde se dirigent tous vers plus de liberté et de démocratie et les arabes vers plus de fascisme religieux et de négation de toute liberté, et la fabrication des monstres à l’image de DAESH et compagnie.

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