Lounis Aït MENGUELLET au Zénith de Paris : Un moment historique

Par Racid At Ali uQasi

De loin, d’outre atlantique, et en attendant le 28 avril 2017 à Montréal, nous avons suivi via le trésor Berbère TV quelques moments forts de la première fête inauguratrice de l’année 2017 qui sera consacrée à la célébration du cinquantenaire de la carrière artistique du grand poète, le sage Lounis Aït Menguellet.
C’est en effet à partir de Paris, deux jours après le nouvel an 2967 et deux jours avant l’anniversaire du poète, que commencera son long périple qui le mènera à plusieurs stations dans le monde.

Le Zénith Paris, cette immense salle de concert parisienne, située dans le parc de la Villette, dans le XIXe arrondissement, sur le bord du canal de l’Ourcq, était pleine à craquer avec ses 6 238 places. Toutes étaient prises quelques jours auparavant. Nombreux étaient les malchanceux qui ont suivi le gala de l’extérieur.
Cette communion entre le public et son idole valide les paroles du grand écrivain Kateb Yacine qui a écrit ces mots, plus que jamais d’actualité.
« Incontestablement, Lounis Aït Menguellet est aujourd’hui notre plus grand poète. Lorsqu’il chante, que ce soit en Algérie ou dans l’émigration, c’est lui qui rassemble le plus large public; des foules frémissantes»
et de poursuivre :
« Lounis Aït Menguellet va droit au cœur, il touche, il bouleverse, il fustige les indifférents.».

Qui, plus que Lounis Ait Menguellet puisse rassembler autant de monde, venant de divers milieux; des patrons d’industrie et opérateurs économiques comme Issad Rebrab et acteurs audiovisuels comme Kamal Tarwiht et Nacer Ketan, aux politiques, nombreux parmi les maires, les députés et les sénateurs pour les citer tous, en passant par des intellectuels, des étudiants, de simples citoyens mais aussi des artistes comme Idir, Mohamed Allaoua, Ali Amrane, Akli Yahiaten, Kamel Hamadi et Akli D.

Toutes les générations, bercées par les métaphores philosophiques et les vers d’amour de Lounis, étaient présentes en les entonnant en chœur. Le fils d’Ibudraren n’a pas seulement fredonné ses propres chansons puisqu’il a rendu aussi un vibrant hommage aux «maîtres» de la chanson kabyle de Slimane Azem avec «Amek ara nili ṣusṭa» à Taleb Rabah avec «Ay aɣrib» en passant par Chérif Kheddam avec «Lukan mazal ttɣeniɣ, fell-akent a tulawin» , Akli Yahiyaten avec «Jaḥeɣ bezzaf d amezyan» et Kamel Hamadi avec «Ma ɣaben wid i zewren».

Il a ensuite enchainé avec une sélection de chansons tirées de son immense répertoire qu’il avait entamé à l’âge de 17 ans. Aussi bien de ses années d’or comme «Telt yam di lɛemr-iw», «Sliɣ u ṭaksi», «Uriɣ-as tabrat i wul», «Anida ddiɣ», «Uɣal-d a yaɣrib», que de ses nombreuses chansons engagées qui dénoncent toutes sortes d’atteintes aux libertés. Des chansons qu’on trouve dans ses albums Amjahed (1977) jusqu’au Isefra (2014) en passant par Aεṭar (1978), Ay agu (1979), A lmus-iw (1981), Ṭṭes ṭṭes (1982), A mmi (1983), Ǧğet-iyi (1984), Asefru (1986), Acimi (1989), Tirga n temẓi (1990), A kken-ixḍeε Rebbi (1992), Awal (1993), Iminig n yiḍ (1996), Siwel-iyi-d tamacahut (1997), Inagan-Tiregwa (1999), Inn-asen (2001), Yenna-d wemγar (2005). Tawriqt tacebḥant (2010).

Cerise sur le gâteau était justement cette dernière chanson « Keččeni ruḥ, nekk ad qqimeɣ », ou contre toute attente on voyait venir, vers sa fin, un immense gâteau d’anniversaire, aux couleurs du drapeau amazigh, et sur lequel est inscrit 50 ans.
Il a été amené et suivi sur scène par tous les noms susmentionnés dont Issad Rebrab qui s’est incliné devant le chantre en guise de reconnaissance de la grandeur de Lounis, qui a bercé des générations et des générations.

Une mention spéciale à la dynamique maison de production ALLICHE PROD gérée par son charismatique jeune président Aomar ALLICHE qui a été au fur et au moulin, et que Lounis n’a pas omis de mentionner dans son discours qu’il avait donné au début du spectacle,et dans lequel il a tenu à remercier le public, Issad Rebrab, Aomar ALLICHE et Farid Ouahmed, son propre manager.         

Vivement le vendredi 28 avril 2017 à l’Olympia de Montréal,
sis 1004 Ste Catherine Est H2L 2G2, Montréal.

Racid At Ali uQasi
17 janvier 2017. Canada

4 comments for “Lounis Aït MENGUELLET au Zénith de Paris : Un moment historique

  1. Rabah Chabane
    January 18, 2017 at 15:07

    Nous étions en sixième quand madame Domengeot, notre prof de français, nous réservait une séance par semaine pour des activités culturelles diverses. Un jour, elle nous offrit une séance d’écoute de Lounis AÏT MENGUELLET sur un tourne-disque. Lounis était à ses débuts, et madame ne comprenait que deux ou trois mots de kabyle. Ce qui ne l’empêcha pas d’écouter Lounis avec autant d’intérêt que nous. À la fin de chaque chanson, et pendant qu’elle s’affairait à remplacer le 45 tours, elle ne cachait pas son émerveillement et demandait à connaître le sujet de la chanson… C’est que Lounis vous captive à la première note, au premier istikhbar, que vous compreniez les paroles ou pas, il s’adresse à l’âme avant d’interpeler l’esprit. La sincérité du ton, l’émotion de la voix ne se trompent jamais de chemin pour atteindre le coeur !
    Plus tard, un ami camerounais me confia qu’il appréciait beaucoup la guitare kabyle sans pouvoir me citer un nom précis. Je lui fis écouter Lounis. Mon ami bondit de son siège dès qu’il le reconnut .
    Lounis, cet enfant du peuple, grand par sa modestie et son talent, pétri de sagesse et de mesure, généreux par son oeuvre, n’est pas seulement un poète visionnaire mais aussi le porte drapeau d’une cause identitaire et culturelle, tamazight, l’authentique tamazight. Salut l’artiste !

  2. Lefennec
    January 19, 2017 at 07:03

    Lounis est un grand artiste. J’aime l’écouter dans les moments de mélancolie. Ses poèmes ont une apesanteur magique qui vous élève et vous met en transe pour calmer cette ardeur, porté comme un repli parfois comme un fardeau, de notre kabylité profonde que nous portant tous en nous durant nos voyages et notre exil comme une valise lourde et encombrante. Aussi, c’est une charge émotionnelle qui nous permet d’espérer pour survivre avant de nous éteindre définitivement.
    Lounis est un défouloir comme dirait l’autre mais aussi c’est l’expression de notre désespoir. Un pansement dérisoire sur une plaie qui reste tout le temps ouverte.

    Lounis, félicitations et que Dieu, auquel je n’y crois pas tellement, vous garde pour nous, pour nos villages, nos montagnes et enfin les tiens.

  3. Dermeche
    January 19, 2017 at 14:41

    ZÉNITH 15.01.17
    Mr AIT MENGUELET Lounis;
    En préambule du grand show qui allait suivre;une chanson du dernier opus de TAM.
    Ensuite Le Poète-Artiste entre en scène pour assurer au Zénith comme le chef qu’il a toujours été lors de son gala célèbrant sa cinquantième année de vie artistique.
    À côté de son fils Djef,comme chef d’orchestre,le Maitre a commencé par rendre hommage pendant une bonne demi-heure à ses aînés artistes qui l’ont vu grandir pour devenir un des plus grands de sa génération.
    Après ce vibrant hommage aux aînés,le Maitre nous a gratifié pour la première partie du concert des pépites de son début de carrière avec une manière originale en compilant des morceaux de plusieurs chansons et en chantant des chansons entières et ce pendant 90 minutes.
    Puis la troupe s’est accordée une demi-heure de répit.
    À la reprise,Lounis a rendu un hommage à son compère Maatoub, avant d’enchaîner sur une bonne heure d’enchantement absolu que le public a partagé avec un plaisir incommensurable.
    La fin du show été marqué par un rassemblement de l’ensemble des amis de l’artiste autour d’un gigantesque gâteau d’anniversaire aux couleurs de la Kabylie.
    Merci Tonton pour ce moment de grande volée artistique.
    Et joyeux Anniversaire et longue vie.
    SD

  4. January 29, 2017 at 05:02

    Azul
    quand même, il faut être réaliste,( sans diffamations,haine ni jalousie) ses prises de positions dans ses chansons envers le pouvoir et celles sur le terrain ne concordent pas du tout. Incohérence totale, il se présente en premier invité chez lesquels il critique et par dessus tout ce sont les ennemis n°1 de notre pays kabyle.La Kabylie a besoin des fils et filles qui ne cherchent pas à s’enrichir sur son dos dans ces temps charnières de colonisation arabo-islamiques en se dissimulant derrière de,je ne sais quelle notoriété supposée.Mais, après tout ,il est libre de ses actes, qu’il assume simplement,car il ne doit rien à personne si ce n’est peut-être à lui même. Je suis désolé j’aurais bien aimé le complimenter pour sa poésie, mais, comme le dit le proverbe kabyle et repris par lui même (accarig yugar tafawett) tanmirt ar tufat.

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