Aokas: culture sous état de siège…, et la Pensée kabyle n’aura pas lieu

A Aokas, le peuple kabyle est, encore, une fois, comme des dizaines d’autres  fois , de nouveau frappé de l’interdiction de penser sa culture.

Notre maison (de la culture) est de vert. Vert comme gendarme. Aussi transparente que les criquets. Aussi politiquement fragile que le verre dont parlait le président , aussi indésirable qu’un ver dans le fruit. Mais un ver vert qui va vers le verre, que va-t-il faire?disait-on dans la vieille école. Et bien, il va rendre la transparence opaque, si opaque qu’elle donne au gendarme le droit de tolérer une conférence ou de la réprimer.

L’inconsidération délibérée des autorités à l’égard d’une communauté trouve sa preuve dans le président qu’elle a élu au niveau de sa commune et qu’elles n’ont même pas pris la peine de consulter dans les affaires qui concernent en premier lieu lui et le peuple, c’est la violation de domicile par la violation descendante de la hiérarchie.

Mais quelle est la relation entre les criquets et les gendarmes, se demandait l’assistance? La réponse, c’est l’artiste local, Amara Ahcene, qui nous la fournira dans un humour controversé derrière lequel s’affirme une attitude résolument  anticulture.

A l’arrivée des criquets, en Algérie, au tout début des années 90,  Ahcene, commentait l’arrivée de ces insectes grégaires dans notre société hilalisée où le béton avait pris la place du gazon; les briques, la place des cellules végétales; les murs, la place des arbres; les complexes très peu touristiques, les bandes harmonieusement boisées; dans une anarchie et une arrogance qui avaient refoulé à l’arrière plan toute forme d’expression artistique ou civique , une contre-révolution du  béton armé, bien assortie avec une mise de la culture sous baïonnette; dans une société à ressource humaine nulle où l’ on construisit à tout bout de champ avec comme seule valeur, la valeur du baril. Le vert végétal, symbole du paradis céleste, est remplacé par celui de l’enfer terrestre des casquettes et des uniformes.

Ils arrivent, les criquets! s’écria l’artiste; ils arrivent du Soudan. On les a repérés à Sétif, on dit qu’ils s’attaquent  à tout ce qui est vert, y compris les gendarmes. Ainsi soit-il, répondit l’assistance. Les criquets qui mangeraient les gendarmes, faute de vert, fut ainsi la réponse psychédélique à cette même assistance. Le gendarme et le criquet, l’un est dévastateur de la culture et l’autre de l’agriculture.Ensemble, ils sont les 2 composantes d’un pouvoir qui dévaste les deux.

Akal aggi dhaglaw a Si Cherif (cette terre m’appartient, monsieur Cherif), était le slogan pacifique d’un peuple qui crie sa terre de laquelle on veut l’effacer. Ailleurs, pour largement moins que ça, on devient nettement plus agressif : “I shot the sheriff”, était la chanson qui a fait cours chez les foules de l’autre côté de l’Atlantique. Comparaison n’est pas raison, notre slogan  dénué de toute forme  de violence, contrairement à là-bas, était tout juste un rappel, une mise au point. Et, on nous tire dessus, nous accusant de violence!

La Pensée Kabyle, est  le titre du livre de Younes Adli, autour duquel sa conférence est interdite dans le centre culturel d’Aokas par les policiers ou les gendarmes ou les 2 à la fois, qui poussent l’outrecuidance jusqu’ à se dire détenir le pouvoir de décider de nos marches et de nos façons de marcher, alors que dans le livre des rôles à jouer l’homme du livre et le gendarme ne sont jamais à la même page.  Le peuple kabyle, sous la contrainte identitaire qui le voit se réduire de jour en jour, et prédisposé aux fractures comme un os frappé d’ostéoporose, aura du mal à penser utile tant qu’il n’aura pas arrêté de panser ses blessures aussi bien affectives que corporelles. Alors, comment faire pour se libérer d’un pouvoir obsédé à l’empêcher de mener paisiblement son existence dans les critères identitaires que Dieu lui a affectés?

 La réponse, ou la contribution à la réponse, on l’espère, est dans votre livre, monsieur Adli, en attendant de meilleurs jours pour votre conférence. A quelque chose de bon, les  calculs perfides des autorités aboutissent, autant faire, contre ce regrettable événement,  bon coeur, et trouver un moyen de transformer le poison du serpent en antidote, comme elles (les autorités) ont le plus involontairement du monde transformé leur haine spontanée  à votre expression en une publicité gratuite à votre livre.

RC

5 comments for “Aokas: culture sous état de siège…, et la Pensée kabyle n’aura pas lieu

  1. lefennec
    March 6, 2017 at 10:45

    Mas Younes Adli

    L’Algérie vous interdit de vous exprimer. Souriez et soyez en fier car vous témoignez de votre temps.

  2. Asalas
    March 7, 2017 at 10:06

    La pensée kabyle kabyle interdite sur son territoire.Quoi de plus humiliant et révoltant pour le peuple kabyle.Et avec ça il se trouve des kabyles bornés pour défendre l’Algérie “terre arabe” et insulter les patriotes kabyles qui veulent mettre fin à l’ethnocide du peuple kabyle.
    A vava weten-agh a mmi âqeln-agh !

  3. Youssef
    March 8, 2017 at 11:16

    LE RÉGIME MILITARO-MAFIEUX DEMEURE FORT, ET RÉPRIME À SA GUISE, COMME ET QUAND IL VEUT, TANT QUE :

    – Il dispose du ‘ nerf de la guerre ‘ , en l’occurrence les milliards des hydrocarbures qu’il pille et accapare, à son profit, et au bénéfice de ses soutiens et complices ….

    – il a le soutien stratégique et diplomatique de Grand Gendarme Américain, qui a pris son Grand morceau au Sahara ….

    – il a la ‘ caution politique ‘ de la France qui détermine la politique algérienne de l’Europe, en échange les Généraux payent partis politiques, fondations, associations, médias, personnalités influentes, lobbyistes de France te de Navarre ….

    – l’opposition est neutralisée (émiettée, atomisée, neutralisée, et battue par KO par le DRS)……

    – prolifération du ‘ discours identitaire d’agitation ‘ versus ‘ discours politique d’opposition ‘ …..

    – la population traumatisée par la ” guerre interne ” (1991-2014)…. qui continue, la misère indicible et effroyable …..

    – le délitement du lien national et des liens communautaires, la division totale …..

    – les Généraux musellent et contrôlent les ” appareils de répression ” et les ” organes de propagande ” , les ‘ Escadrons de la mort ‘, les Milices armées, les Groupes terroristes créés et manipulées par les Maitres de la Police politique secrète ‘ gestapiste ‘ ……

    – l’extrémisation du champ politique, les faux-opposants, les pseudo-démocrates ….

    – le champ politique est façonné artificiellement = Poker menteur (partis-officines, associations-relais, institutions-alibis, médias-propagandistes …..
    .
    Fort et puissant, ce Pouvoir militaro-mafieux fait diversion, manœuvre, réprime, intoxique, frappe, tue, massacre, joue le pourrissement de la situation et l’exacerbation des problèmes, déplace l’axe de la violence là où il veut, en Kabylie, au Mzab, ou ailleurs, réprime les Syndicats autonomes, les militants des droits de l’homme….

    Le Pouvoir militaro-mafieux demeure la seule force politique organisée, et frappe comme il veut,, là où il veut….

    Et la Dictature continue !

  4. alhif-n-wen.
    March 12, 2017 at 08:09

    Il nous reste nos yeux pour pleurer, à chaque fois on se fait humilier par les représentants du pouvoir centrale au milieu de la Kabylie profonde sans que personne ne soulève le petit doigt….!!!

    Il faut se mettre à la place de ce Monsieur qui est une lumière pour la réécriture de l’histoire de la Kabylie dans toutes ces dimensions.

    Les kabyles de service sont devenues maître en territoire kabyle, nous devons apprendre les leçons des autres peuples dominés par la faute de leur propres progénitures, et trouver une sortie honorable, en se mettant tous derrière le M.A.K.

    Ce qui s’est produit à AOKAS nous rappel un certain 11 Mars 1980, ironie de l’histoire au même moment ou l’on interdit la conférence de Da Younes, les valets des Janissaires d’Alger célèbrent à TIZI l’anniversaire de la naissance de Da LMULUD.

  5. April 4, 2017 at 09:47

    Azul,

    Qu’on le veuille ou pas,la Kabylie fut et est sous protectorat islamo-arabo-baathiste,les kabyles sont des esclaves dans leur propre terre ancestrale,comme leurs frères amazighs en Afrique du nord. À mon sens ,Il nous ne reste plus malheureusement que deux solutions ,soit la désobéissance civile jusqu’au nouvel ordre,sinon au pire des cas prendre les armes, quitte même à rentrer dans le jeu du pouvoir,lequel croit en sortir vainqueur de la guerre civile on attisant son éclatement ! Grosse erreur !La Syrie en est un bon exemple !Parce que le pacifisme kabyle a atteint son apogée en ayant épuisés toutes ses réserves ,d’espoir,d’attente,de laxisme,de tergiversations,d’expectatives etc,il en est devenu de la traîtrise par apport à ce que subis la Kabylie d’humiliation quotidienne,de déshonneur etc. .Réveillez-vous vous êtes assommés. merci

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