L’Algérie ou la répression désormais au su et au vu du monde

À mi-chemin donc entre notre vie et notre mort, s’est installé le rapace de nos inquiétudes comme une sentinelle qui nous dissuade au moindre doigt, au plus fluet de nos aplombs, à la plus infime de nos bravoures; et comme le sursaut est rare et tardif, dès qu’une main se lève, qu’une parole est sonore, qu’un pas est osé, qu’une plume encre un morceau d’oasis dans le désert de l’amnésie blanche et endémique, elle est coupée, vouée à toutes les gémonies, qualifiée de traîtresse suprême de la nation.

 

C’est l’article du journaliste algérien Abou Semmar, partagé par un ami, qui m’a interpellé : soyez prêts pur exploiter ma mort pour continuer mon combat ! Ce sont les paroles du militant des droits de l’homme, Kamel-Eddine Fekhar, au lit de son énième jour de grève de la faim. Terrible. Et le silence, la gadoue du silence, l’indifférence dont vasouillent le tyran et ses sbires, ce comestible hautement inflammable pour asseoir des pays assis, agenouillés, asservis, sortis de l’espace-temps historique. Les militants, les croyants en l’homme, ceux et celles qui pensent que l’homme n’a pas seulement besoin de pain et d’eau, mais aussi de liberté, de culture, de dignité et d’amour… ce pain essentiel, cette eau irrigatrice de la quintessence en chaque cerveau; ceux pour qui le vivre-ensemble est une altérité de l’expérimentation, une réalisation de la quotidienneté. Où va le pays à la tête duquel un président comateux, une pègre qui au lieu de se donner l’ambition de faire du bien à la partie, s’octroie l’audace de privatiser ses deniers publics et ses biens ?

Aux cachots les poètes au nom de l’oraison et de la vérité incontestée! Atteinte à l’entité divine, a décrété un juge téléporté par le tapis à contre-courant du psaume anachronique du Moyen-Âge le plus ténébreux. Younes Adli empêché de parler d’un livre autorisé par toutes les autorités compétentes; un peuple pour qui on rationne la parole comme jadis la semoule et l’huile de table; des blogueurs qui rendent l’âme derrière les barreaux dans le silence assourdissant taillé dans l’argile des cimetières du sentiment et les tombes du renoncement pour avoir osé dire. Ah! Quand la bouche sur la corde funambulesque du Dit ose une parole comme une fleur dans le sable pandémique et la raréfaction caractéristique; quand la parole est île dans le naufrage insubmersible du silence. Des blogueurs, des poètes, de simples gens, des militants de toutes les causes, des idéalistes, tous les croyants au possible; à un possible sans le despote, sans le détourneur de ses fleuves vernaculaires, sans tous ces vautours du doute qui orbitent autour de lui pour lui donner l’apathie du dernier souffle au même titre que l’ultime velléité de la peur indéboulonnable du rapace. 

À mi-chemin donc entre notre vie et notre mort, s’est installé le rapace de nos inquiétudes comme une sentinelle qui nous dissuade au moindre doigt, au plus fluet de nos aplombs, à la plus infime de nos bravoures; et comme le sursaut est rare et tardif, dès qu’une main se lève, qu’une parole est sonore, qu’un pas est osé, qu’une plume encre un morceau d’oasis dans le désert de l’amnésie  endémique, elle est coupée, vouée à toutes les gémonies, qualifiée de traîtresse suprême de la nation.

On est désormais dans le célèbre 1984, le roman de fiction pourtant anticipateur de Georges Orwell, et dans le modèle du Big Brother pour ériger une société où tout le monde est potentiellement coupable, où tout le monde surveille tout le monde; où être humain, seulement humain, c’est-à-dire aimer ou détester, jalouser ou préférer, avancer ou reculer, lire ou non, parler ou se taire, etc., est un acte extraordinaire, un pied de nez contre le regard uniformisateur du vivant. 

Un autre grand militant des libertés démocratiques qui risque de mourir derrière les barreaux de la répression

Il y a par les temps qui courent une rumeur d’impunité; un potin qui exhale un peu de l’écho  féodal du droit seigneurial de cuissage. Le brigand qui pense que l’Algérie est son potager n’a plus cure de ce monde qui naguère importait dans le bagage de ses marchandises un peu de droit. Qui peut dissuader désormais le tortionnaire de Kamel-Eddine Fekhar? L’ONU? Les organisations des droits de l’homme internationales? Les démocraties occidentales?  Les USA ne peuvent plus donner la leçon à quiconque, encore moins depuis la presque dictature de Trump. Les démocraties européennes? Elles sont submergées par les eaux boueuses du populisme et les théorèmes abracadabrantesques de la faute de l’Autre? Au reste, que valent nos charlots devant les dictateurs sanguinaires à l’instar de Bachar Al-Assad ou du nord-coréen Kim-Jong-un? Sur l’échelle du crime et de la déshumanisation des peuples, nos gredins passeraient pour des angelots!  

Alors quoi? Eh bien, rien n’est plus puissant comme charbon pour allumer l’âme des hommes que leur envie; leur rêve de changer le monde; leur idéal de grandir en s’affranchissant des servitudes passées et futures. Rien ne change les hommes comme leur quotidienneté; les petits gestes qu’ils sèment dans la terre jachère de notre vivre-ensemble; les débats et les discussions dans les estaminets ou ailleurs comme le blé pour la semence du forment d’or de notre acceptation de l’Autre.

Que chacun d’entre nous vulgarise et diffuse déjà l’information des gens détenus, que chacun d’entre nous parle à son voisin, à son ami, à ses parents! Que chacun d’entre nous marche et manifeste dans la rue pour notre droit d’être, de respirer, d’aimer, d’être ce que l’on veut!   

Pourquoi? Parce que l’État, n’importe quel État, ne puise pas dans la chimère, mais dans les hommes. Une bagarre normalisée sur la rue, donne une macro-bagarre sur une échelle d’État, et donc une incapacité à gouverner. Parler avec tout le monde, c’est parler avec le policier, le gendarme, l’officier, le ministre… c’est rendre l’acte démocratique synergique, complémentaire, pratique, expérimental. Parce que, comme disait Lessing: « Tant que deux hommes continueront à échanger, on ne pourra pas totalement désespérer de l’humanité.» 

Kamel-Eddine Fekhar dit à sa 75e journée de grève de la faim, à son ami Me Salah Debouz :  « Soyez prêt pour exploiter ma mort pour continuer le combat! ». Autrement dit, le chemin est encore long, très long, avant de retrouver un peu d’humanité chez la pègre qui a privatisé même les éléments. C’est une honte que l’on mette en prison des gens qui luttent pacifiquement pour un minimum de droits et que les plus grands voleurs de la richesse nationale sont honorés de doctorat honoris causa. 

Si l’Algérie de Bouteflika et de ses flagorneurs tient un tant soit peu à ce que l’histoire se souvienne d’eux comme d’êtres humains qui ont un peu de cœur en eux, il faut qu’elle libère le plus tôt possible tous ces détenus qui sont en prison pour la simple raison qu’ils ont dit. Ce n’est pas pas possible que nous ayons un tel État policier dans une terre aussi belle. 

Pour le reste « Le rendez-vous avec nous-même a sonné», disait Césaire. La démocratie vient de peuples vivant ensemble et dont la majorité croit à la démocratie et à la citoyenneté, et la dictature, pareillement, vient des peuples dont la majorité des gens a un dictateur au fond, tapi dans ses sables profonds comme un gardien du temple indéboulonnable de son passé. Toutes les dictatures du monde ne seraient plus des dictatures si leurs majorités pensaient que vivre ensemble dans la différence, le respect et le partage est la meilleure façon d’habiter l’espace-temps.  Alors commençons par être une majorité de gens qui croient en la démocratie et au vivre-ensemble!  

 

Par Louenas Hassani

4 comments for “L’Algérie ou la répression désormais au su et au vu du monde

  1. Amokrane
    March 28, 2017 at 07:01

    CAS du Dr FEKHAR : LES MAITRES ‘ GESTAPISTES ‘ de la SM-DRS JOUENT LE POURRISSEMENT, COMME DANS LE CAS du JOURNALISTE M. TAMALT :

    La stratègie du Régime militaro-mafieux est maintenant claire : les criminels et diaboliques de la SM-DRS veulent laisser Fekhar mourir petit à petit, à petit feu, par l’aggravation de sa santé, vue l’allongement de sa grêve de la faim, et les sévisses physiques et la torture psychologiques qu’ils lui ont fait subir ….
    .

    LE ‘ MEURTRE POUR L’EXEMPLE ‘ :

    Ce sera un énième ‘ meurtre pour l’exemple ‘, pour signifier, que ce sera rebelotte, la même chose pour qui veut contester ou protester ….

    Ce jeu maccabre était hérité des tortionnaires et barbares de l’Arméée coloniale française, les Godard, Aussaresses, Bigeard, Massu, Le Pen, Tinquier ….., immités par Boumediene, Merbah, Ait Mesbah, Benhamza, Haddad ‘ El Djenn ‘, Lamari, Seba, Abderrahmane, Vespa, et autres sanguinaires de ladite Police politique secrète …..

    RESISISTONS CONTRE CE REGIME MILITARO-MAFIEUX QUI ASPHYXIE ET BLOQUE LE PAYS

    … qui accapare et pille les richesses, embrigade et réprime la population, tient et muselle toutes les institutions (Armée, Police, Médias, etc.), hypohtèque l’avenir du pays pour longtemps encore…

    A bas la répression et l’oppression !

    A bas le Régime militaro-mafieux et ses alliés et valets !

    Soutenons Fekhar et tous les militants victimes de la répression !

  2. Amokrane
    March 28, 2017 at 10:35

    Le ” dégel ” n’a pas eu lieu : la répression et l’autoritarisme demeurent prépondérants.
    LE RÉGIME MILITARO-MAFIEUX DEMEURE FORT, ET RÉPRIME À SA GUISE, COMME / QUAND / Où IL VEUT, FAIT TOUT POUR PERDURER, NE CÉDERA PAS TANT QUE :

    – Il dispose du ‘ nerf de la guerre ‘ , en l’occurrence les milliards des hydrocarbures qu’il pille et accapare, à son profit, et au bénéfice de ses soutiens et complices, nationaux et étrangers …

    – Il a le soutien stratégique et diplomatique de Grand Gendarme Américain, qui a pris son Grand morceau au Sahara ….

    – Il a la ‘ caution politique ‘ de la France qui détermine la politique algérienne de l’Europe, en échange les Généraux payent partis politiques, fondations, associations, médias, personnalités influentes, lobbyistes de France te de Navarre ….

    – L’opposition est neutralisée (émiettée, atomisée), et battue par KO par la SM-DRS……

    – Prolifération du ‘ discours identitaire d’agitation ‘ versus ‘ discours politique d’opposition ‘ …..

    – La population traumatisée par la ” guerre interne ” = ” stratégie de la tension ” (1991-2017) qui continue, la misère indicible et effroyable, l’épuisement et la lassitude, l’usure de tout …..

    – Le délitement du lien national et des liens communautaires, la division totale …..

    – Les Maitres ” gestapistes ” de la Police politique secrète musellent et contrôlent toutes les institutions (L’Armée, la Police, etc.), et tiennent les ” appareils de répression ” , les ” organes de propagande ” , les ‘ Escadrons de la mort ‘, les Milices armées, les Groupes terroristes créés et manipulées par la SM-DRS-CSS ……

    – L’écartement des positions (vers les extrêmes) ou l’extrémisation du champ politique, + les faux-opposants, + les pseudo-démocrates (qui soutiennent les Généraux) ….

    – Le champ politique est façonné artificiellement = Poker menteur (partis-officines, associations-relais, institutions-alibis, médias-propagandistes) …..

    Fort et puissant, ce Pouvoir militaro-mafieux fait diversion, manœuvre, réprime, intoxique, frappe, tue, massacre, joue le pourrissement de la situation et l’exacerbation des problèmes, déplace l’axe de la violence là où il veut, en Kabylie, au Mzab, ou ailleurs, réprime les Syndicats autonomes, les militants des droits de l’homme….

    Le Pouvoir militaro-mafieux demeure, hélas, la seule ” force politique organisée ” , et frappe comme il veut,, là / quand / où il veut. Les Généraux se considèrent comme les propriétaires uniques et exclusifs de ce malheureux pays, font ce qu’ils veulent, et ne sont pas prêts à se résoudre à lâcher du lest, surtout qu’ils ont volé des centaines de milliards, et tué des centaines de milliers, et savent bien coupables et responsables, donc passibles devant les Tribunaux internationaux …..

    Et la Dictature continue

  3. Amokrane
    March 29, 2017 at 12:00

    .
    Le Pouvoir militaro-mafieux souffle et déplace la violence là où il veut
    ” L’AXE D’AFFRONTEMENT ” DÉPLACÉ VERS LE MZAB
    .
    Les observateurs avertis savaient dès le début que le cycle de la violence au Mzab était la suite de manipulations fomentées par les criminels et machiavéliques Maitres ” gestapistes ” de la SM-DRS-DSS. Plusieurs témoignages et révélations d’officiels, d’opposants politiques et de militants associatifs ont désigné directement Le Général Mediène et ses adjoints.
    .
    C’est ce que ces criminels de Généraux avaient fait en Kabylie en 2001, et me^me avant et après.
    .
    La Kabylie et le Mzab sont des ” Laboratoires politiques ” pour le Régime militaro-mafieux. On peut dire autrement que ces deux régions sont des endroits à ” enjeux politiques “, théâtres de répressions, de disparitions forcées, de manipulations et provocations permanentes, tandis que certains terres fertiles (Mitidja, Tiaret, etc.) et autres lieux de richesses (plages, littoraux, etc.) ont été accaparés et spoliés à coups de massacres et tueries de masses au cours des années 90 ….
    .
    Tant que le Pouvoir militaro-mafieux est là, préside aux destinées du pays, le parcours de la violence est encore long, très long ….
    Et la Dictature continue !

  4. April 6, 2017 at 04:32

    Azul,

    “La médiocrité refuse toujours d’admirer et souvent d’approuver.”

    Joseph de Maistre De Joseph de Maistre / Lettres et opuscules

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