Kabylie 2001: Le printemps noir

Massinissa Guermah: de ces hommes par qui les révolutions arrivent.

De simples personnes sont rentrées dans l’histoire pour s’être tout simplement retrouvées au moment opportun ou inopportun au bon ou mauvais endroit, c’est selon. Le hasard a voulu qu’elles servent de déclencheur pour des révolutions déjà prêtes à se déclencher. L’exemple de Rosa Park du Civil Right Movement, dans l’Amérique ségrégationniste des années 50 en est une parfaite illustration. Une simple citoyenne noire qui rentre comme d’ordinaire dans un bus vers chez elle, fatiguée, après une journée de travail pénible et honnête comme toutes les autres. Après quelques arrêts, un blanc monte dans le bus, lui ordonne de se lever du siège et de le lui céder, conformément à la loi. Elle refuse. Voulant la forcer, une bagarre éclate dans le bus entre noirs et blancs, gagne en intensité et se poursuit au dehors jusqu’à se transformer en révolution sociale qui conduira une cinquantaine d’années plus tard à l’élection d’un noir à la maison blanche. Nos revendications qui ont commencé avec la création du FFS en 1963, pour aboutir à celles du RCD en 1988 et du Mak en 2001 en souffrent de comparaison par la maigreur des résultats obtenus. Comme quoi, selon des pays et des hommes, un rêve d’esclave à devenir président est plus réalisable qu’un rêve de berbère à devenir lui-même.

Massinissa Guermah (1983, à Ait Douala, – 20 avril 2001) était un lycéen kabyle de 18 ans , arrêté par des gendarmes algériens le 18 avril 2001. Dans des circonstances encore pas claires, il a reçu des blessures par balle à l’intérieur de la gendarmerie. Massinissa mourut plus tard de ses blessures dans l’hôpital de Mustapha,à Alger le 20 avril 2001.

Le Printemps noir (en kabyle Tafsut taberkant ) est le nom donné aux violentes émeutes qui ont éclaté en Kabylie, région berbérophone du nord de l’Algérie, et leur répression par la Gendarmerie entre avril 2001 et avril 2002. Le nombre de morts parmi les manifestants s’élève à 126 et le nombre de blessés à plus de 5000.

Chronologie

Avril 2001

Le 18 avril 2001, Massinissa Guermah, un jeune lycéen âgé de 18 ans, est tué d’une rafale d’arme automatique par les gendarmes dans les locaux de la gendarmerie de Beni Douala (Ath Dwala) en Kabylie. Cet événement — qui s’inscrit dans une série de manifestations hostiles à la jeunesse de la part des forces de l’ordre — est l’élément déclencheur de l’insurrection kabyle. Des manifestations sont observées dans la région du drame, mais les sages continuent d’appeler au calme afin d’éviter un bain de sang.

Le 21 avril 2001 vers 11h du matin, la gendarmerie d’Amizour interpelle 3 élèves alors qu’ils sont en route pour le stade municipal en compagnie de leur professeur de sport et de leurs camarades de classe. L’information fait le tour de la wilaya et des professeurs se mobilisent afin qu’un tel événement ne puisse plus se reproduire.

Le 22 avril 2001, à l’appel de leurs syndicats, les représentants des professeurs de tous les établissements d’Amizour se réunissent au Collège d’enseignement moyen 600/200. Ils appellent à un rassemblement massif pour le lendemain. Des escarmouches sont observées sans aucune gravité. Le soir de la même journée, le ministre de l’Intérieur, reprenant les informations du communiqué rendu public par le commandement de la gendarmerie nationale sur la mort de Guermah, déclare que ce dernier était « un délinquant de 26 ans ». À la suite de cette déclaration, la presse publie le bulletin de naissance de la victime, prouvant qu’il s’agit en réalité d’un lycéen de 18 ans.

Le 23 avril, des milliers de citoyens affluent vers Amizour, qui ne tarde pas à s’embraser. De violentes émeutes ont lieu pour dénoncer les injustices et les abus d’autorité. De nombreux bâtiments officiels sont détruits par le feu ou pris d’assaut par les jeunes émeutiers. Ces manifestations sont réprimées par les forces de l’ordre (notamment la gendarmerie nationale) qui tirent à balles réelles sur les manifestants ; pour la plupart, des collégiens ou des lycéens. On décompte plus d’une quarantaine de morts et des centaines de blessés, rien que pour les journées du 25 au 28 avril 2001.

Mai 2001

Durant le mois de mai, et en l’absence d’une réaction politique rapide et réfléchie pour ramener le calme, les affrontements se font d’une rare intensité et la répression est tout aussi violente, émaillée par le pillage de magasins et de domiciles en représailles.

Les gendarmes font 15 nouvelles victimes et des dizaines de blessés. Le mouvement s’organise et crée la Coordination des âarchs, daïras et communes (CADC).

Juin 2001

Le 14 juin, une imposante marche converge vers Alger pour remettre au président Abdelaziz Bouteflika un texte de revendication, la Plate-forme d’El Kseur, qui sert de base au Mouvement citoyen des Aarchs. Les manifestants ne sont pas reçus et sont stoppés par les forces de l’ordre. La répression fait 8 victimes, et 130 personnes sont portées disparues — elles seront soit retrouvées mortes, soit hospitalisées dans les alentours, soit mises en garde à vue. De nombreux affrontements vont succéder à cette manifestation, entraînant des dizaines de morts, des centaines de blessés et de multiples arrestations. Le premier ministre Ali Benflis tente d’ouvrir le dialogue avec les âarchs, mais sans succès. Au cours de cette manifestation, plusieurs bâtiments publics et privés sont détruits par les manifestants.

Aussi les forces de l’ordre vont-elles piller des maisons et des magasins, et organiser des raids nocturnes dans les villages, à la recherche des émeutiers, notamment ceux identifiés comme étant les meneurs du mouvement.

Mars 2002

Au cours du mois de mars 2002, les attaques répétées organisées par de jeunes émeutiers sont souvent suivies d’incendies volontaires, touchant les institutions : mairies, daïras, centres des impôts, tribunaux, brigades de gendarmerie et commissariats de police, voire les structures appartenant à des partis politiques.

En réaction à cette violence inédite, des arrestations musclées suivies de tortures et de brimades humiliantes, sont perpétrées par les forces de l’ordre. Le 12 mars, le Président de la République annonce de nouvelles mesures allant dans le sens de l’apaisement — dont le statut de « langue nationale », accordé au tamazight. Mais les affrontements ne cessent pas entre les forces de l’ordre et les manifestants. Des villes, comme Azazga, sont assiégées par les gendarmes pour y mener des expéditions punitives. De simples passants sont passés à tabac, des opposants politiques et des journalistes sont maltraités et des dizaines de responsables de comités de villages (délégués des âarchs) sont arrêtés.

Octobre 2003

L’arrivée de Ahmed Ouyahia au poste de premier ministre permet la reprise du dialogue : en octobre 2003, le chef du gouvernement rouvre les discussions avec les âarchs. Une grande partie des revendications de la Plate-forme d’El Kseur sont accordées.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Printemps_noir_(Kabylie)

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