Le pragmatisme de la gauche et le combat pour la laïcité en Occident      

La gauche veut intégrer le rejet de l’Occident exprimé par les islamistes un peu partout dans le monde à son idéologie, car elle voit en leur résistance à l’Occidentalisation une résistance à la globalisation capitaliste du moment que pour elle le monde occidental est dominé par le néolibéralisme qu’elle combat. Ainsi, aux yeux de la gauche, la globalisation du capitalisme et sa tendance à l’homogénéité sont contrecarrées par le particularisme culturel de l’islam politique. Dans un article intitulé «McJihad: Islam in The U.S. Global Order» Mitchell Timothy a démontré en se basant sur des faits historiques que le Wahhabisme, la religion sur laquelle repose la monarchie de l’Arabie travaillent pour une certaine forme d’économie pétrolière globale… 

Timothy Mitchel

              Beaucoup d’observateurs, malheureusement, sont arrivés à une conviction que non seulement la laïcité est le dernier des soucis des partis de gauche, mais qu’ils sont  en train de développer une idéologie qui s’appuie sur l’islamisme pour la dénigrer et la rejeter. En fait, on assiste à un deal conjoncturel entre la gauche et les islamistes, entre les hommes et femmes de gauche et leurs ex-ennemis, qui ressemblent étrangement au même deal que les forces capitalistes avaient contracté avec eux lors de la guerre froide et parfois chaude dans certains endroits du monde contre les intérêts économiques et stratégiques de l’ex-URSS. Un deal entre deux idéologies contradictoires, une idéologie matérialiste qui met l’humain au centre de l’histoire et une idéologie qui travaille non seulement pour l’exclusion de l’humain de l’histoire pour le remplacer par dieu, mais aussi pour une mondialisation capitaliste qui fait passer la marchandise et l’argent avant l’humain. Y a-t-il quelque chose à attendre des partis de gauche sur la question de la laïcité?

            Qui a oublié la fin des années 1980 et les années 1990 lorsque les capitales des pays occidentaux étaient les bases arrière des islamistes? Qui a oublié que c’est à partir de ces capitales que les islamistes revendiquaient leurs attentats et diffusaient leurs propagandes meurtrières et sectaires? Que s’est-il passé depuis pour assister à ce revirement? Par miracle, comment l’ennemi idéologique d’hier est devenu l’allié stratégique d’aujourd’hui? Le 11 septembre 2001 est-il  pour quelque chose? Comment se fait-il que le réactionnaire d’hier devient aujourd’hui l’allié des progressistes? Où le changement s’est-il produit?

       Autant d’interrogations qui ne trouvent  pas de réponses claires et définitives. Mais on peut développer quelques pistes de réflexion en se basant sur quelques faits. 

        L’Occident capitaliste a compris que l’islamisme est une idéologie souhaitable sur le plan cultuel et culturel aux musulmans et non pas à tout le monde. L’Occident capitaliste a compris qu’il n’est pas à l’abri de la violence islamiste et que la guerre qu’il finançait à coup de milliards de dollars et aidait militairement dans des pays et des continents lointains peuvent l’atteindre et le menacer chez lui. Le sentiment de l’insécurité est généralisé.   

              Au nord, les régimes socialistes et communistes de l’Europe de l’Est sont tombés l’un après l’autre avec la chute du mur de Berlin. Au sud, le nationalisme d’obédience socialiste a échoué dans presque tous les pays dits arabes auxquels le Printemps arabe a donné le coup de grâce.

En effet, historiquement, les pays anticommunistes à leur tête les ÉUA (USA) ont aidé les mouvements islamistes dans leur opposition aux régimes nationalistes dans le monde arabe qu’ils qualifient d’impies à cause de leurs orientations laïques et de leurs politiques progressistes, voire de très occidentales. Oui, sur le plan social, les islamistes ont toujours été contre les réformes progressistes visant par exemple l’émancipation des femmes et la promotion des droits humains que les différents gouvernements entreprennent timidement. Pour eux, ces valeurs sont loin d’être universelles; elles sont occidentales, c’est de l’invasion culturelle, elles ont des racines judéo-chrétiennes.

            Pour beaucoup d’islamistes, lors de la guerre froide, l’idéologie socialiste était plus occidentale que l’idéologie capitaliste. Ils savent bien que c’était au nom du socialisme et de l’idée du progrès sur laquelle il est fondé que les mouvements islamistes ont été empêchés de contrôler l’espace public, voire d’être persécutés dans beaucoup de cas par les régimes autoritaires des États-nations. Dans les années 1970 les islamistes étaient considérés comme des alliés des ÉUA. C’est la magie des intérêts qui fait en sorte qu’après le 11 septembre 2001, ces mêmes ÉUA justifient leur attaque de l’Afghanistan dominé par des islamistes talibans en prétendant que c’est une offensive contre le mal qui menace les valeurs de l’Occident ; alors que ce même mal était leur allié contre l’idéologie matérialiste de l’ex-URSS.

         Ce n’est pas fortuit que certains courants islamistes estiment que l’islamisation des institutions de l’État et le pouvoir politique est une façon de poursuive le processus d’indépendance enclenché par les mouvements nationalistes. Pour eux, ces derniers ont réussi à réaliser l’indépendance sur le plan politique; il leur appartient aujourd’hui de réaliser l’indépendance culturelle qui passe selon eux, nécessairement, par l’abandon du fondement laïc de l’État-nation qui renvoie à la modernité au profit d’un État qui se laisse gérer selon les principes de la religion dominante.  

         Il semble que la gauche est en pleine métamorphose, plutôt en mutation idéologique. Son amnésie l’empêche d’agir dans la continuité; elle la contraint à agir dans l’incohérence et en opposition avec ses fondements idéologiques. La gauche perd de plus en plus du terrain chez les classes les plus diminuées de la société; elle ressent la nécessité d’être pragmatique, voire machiavélique, pour résister à la domination du néolibéralisme. En fait, elle est contrainte par la réalité à trouver un nouveau porteur social de son idéologie. Le néolibéralisme a neutralisé la lutte des classes en banalisant les inégalités et fragmentant la société en clans et lobbys très corporatistes qui visent des intérêts moins politiques et très individuels. Il n’a y a plus de solidarité de classe. La société que le libéralisme a façonnée impose aujourd’hui aux individus des rôles multiples et en perpétuel changement qui l’empêchent de nouer des relations qui s’inscrivent dans la durée avec d’autres individus et de se consacrer à une cause. L’individu est multiple, il est d’abord un consommateur, un client, un électeur, un père ou mère de famille, un étudiant ou étudiante, un chômeur ou chômeuse. Son temps et ses efforts sont divisés entre les formes actuelles de la vie en société.

           Cette fragmentation sociale additionnée à l’idée de l’autonomie que l’esprit de la modernité a fait développer contraint l’individu moderne  à appartenir à une multitude et non pas à un peuple. La catégorie du peuple impliquant l’unité a explosé avec la crise de la démocratie représentative. Cette crise montre que le peuple n’est enfin du compte qu’une illusion parmi d’autres sur lequel la modernité a conçu l’idée de l’État-nation. De plus, contrairement à ce qu’implique l’esprit de la démocratie, le peuple n’a jamais gouverné dans aucun pays du monde, quoique des gouvernements décident et agissent en son nom. Dans ce contexte la gauche a compris qu’elle a besoin de faire des alliances avec des forces de pressions que de développer une approche de classe basée sur une lecture économico-politique des inégalités. Le culturel a pris le dessus sur l’économique dans leur vision des inégalités dans la société.     

              À vrai dire la gauche a besoin d’un nouveau prolétaire. Son ancien prolétaire l’a déçu, il ne répond plus à ses appels. Le prolétaire a changé de camp; en Occident, il est laissé à l’idéologie de l’extrême droite, et dans les pays à majorité musulmane, il a rejoint les islamistes qui excellent dans l’exploitation de la misère sociale pour des fins théologico-politiques. Le discours des islamistes et de l’extrême droite sont plus séduisants que ceux de la gauche; il permet à ses destinataires de rêver d’une autre façon de vivre; il leur propose un changement radical, un bouleversement susceptible de leur donner un autre statut et d’imposer un nouveau rapport de forces.  

          La gauche veut intégrer le rejet de l’Occident exprimé par les islamistes un peu partout dans le monde à son idéologie, car elle voit en leur résistance à l’Occidentalisation une résistance à la globalisation capitaliste du moment que pour elle le monde occidental est dominé par le néolibéralisme qu’elle combat. Ainsi, aux yeux de la gauche, la globalisation du capitalisme et sa tendance à l’homogénéité sont contrecarrées par le particularisme culturel de l’islam politique. Dans un article intitulé «McJihad: Islam in The U.S. Global Order» Mitchell Timothy a démontré en se basant sur des faits historiques que le Wahhabisme, la religion sur laquelle repose la monarchie de l’Arabie travaillent pour une certaine forme d’économie pétrolière globale. Ainsi contrairement à ce que pensent certains partis et mouvements de gauche, l’islam politique joue un grand rôle dans la fabrication du capitalisme global et non pas dans la résistance à son hégémonie.

                La gauche sait depuis la chute du mur de Berlin que le laissé-pour-compte, le travailleur et l’exploité en l’occurrence, a changé de camp. Il est incontestable que le discours de gauche ne séduise plus comme avant; elle qui luttait pour des principes et des valeurs humaines, aujourd’hui se trouve dans beaucoup de situations dans une impasse qui l’oblige à vendre son âme, troquer l’idée du progrès, dans l’espoir d’élargir sa démographie.  

            QS ne fait pas exception ici au Québec, il est comme tous les  partis  de gauche de l’Occident; il a  abandonné l’héritage marxiste sur la question du rapport de la religion à la politique. Il a préféré se ressourcer des approches postmodernistes pour critiquer le néolibéralisme  tout en restant fidèle à l’esprit de la modernité.  Un paradoxe qui met à mal son matérialisme et sa vision du progrès issus de la pensée moderne. Bref, la gauche d’aujourd’hui ne nie plus la religion que les marxistes qualifient de bonheur illusoire du peuple, au contraire, elle cherche à exploiter cette illusion pour agir sur le réel. Or l’acceptation de cette illusion est une façon d’appeler l’immigrant par exemple à ne pas construire une illusion de son vrai état. Le déterminer à partir de la catégorie de la religion et de la culture c’est lui imposer une illusion au préalable, un statut socioculturel permanent et figé dans le temps qui l’enchaine à une catégorie qui ne laisse pas beaucoup de place à l’émergence d’autres catégories pour parler de sa condition.

          Enfin, il semble que la gauche est aujourd’hui dans une situation qui l’oblige à plus de pragmatisme pour récupérer les occasions ratées et rendre par conséquent son discours audible, et s’approcher des franges de la société victimes des crises économiques et financières de ces trente dernières années.    

 

Par Ali Kaidi (docteur en philosophie) 

2 comments for “Le pragmatisme de la gauche et le combat pour la laïcité en Occident      

  1. alhif-n-wen.
    June 13, 2017 at 07:17

    Il reste à travers le monde 8 Monarchies ABSOLUES, elles sont toutes ARABES….!!!
    A travers les 4 continents la tendance vers plus de liberté et de démocratie, commence à ce généraliser, sauf chez les ARABES, ils sont à la traîne….. !!!

    Cette tension entre ces monarchies absolues est le résultat des instructions données par Mr TRUMP, lors de sa dernière visite à RIAD, Ce Trump se trompe, lourdement, car parmi les terroristes qui ont exécuté les attentats du 11 Septembre 18 sont des Saoudiens, le chèque de 360 MDS de $$ que lui à remis KHADIM-EL-HARAMYN était destiné à acheter le silence des Américains dont les ayants droits des victimes voulaient ester les WAHABBITES devant les tribunaux pour dédommagement.

    En matière de financement du terrorisme les deux se valent (Qataris et Wahhabites).

    Cette nouvelle pièce de théâtre à la MUAWIYA, prendra fin lorsque les QATARI auront décidé de remettre à leur tour un chèque de 360 MDS de $$ au Maître des lieux, son excellence DONALD TRUMP.

    Ces attaques de DAESH à TEHERAN orchestrées depuis une capitale occidentale et exécutées par les Moudjahidines « KHELQ » sont les prémices à une deuxième guerre ARABO-PERSE,
    le problème pour les Monarchies du Golfe, SADDAM – HUSSEIN n’est plus là pour faire la guerre à leur place…!!!
    Peut être cette fois ci, ils vont essayer avec l’Egypte qui à la plus grande armée dans la région…!!! Qui vivra verra…!!

    80 % des pays dits (ARABES) sont des pays exportateurs du terrorisme…..!!!
    l’intégrisme islamiste est un produit idéologique totalitaire, avec une coloration religieuse qu’on distillent chaque vendredi dans les mosquées des Etats Arabo-baathistes, avec la bénédiction des tyrans qui les gouvernent, c’est ceux là qu’il faudra combattre, Or paradoxalement ils sont considérés par les pays occidentaux comme des alliés, ils possèdent des fortunes en Europe, des clubs de football, et plusieurs chaines de télévisions toutes basées a LONDRES qui font quotidiennement l’apologie de l’intégrisme islamiste.
    La Grande Bretagne est devenue un refuge pour tous les intégristes du Monde dit Arabo-islamique, ils agissent à ciel ouvert, quand est ce que Mme Theresa M. va nettoyer devant sa porte?

  2. June 14, 2017 at 16:01

    “80 % des pays dits (ARABES) sont des pays exportateurs du terrorisme…..!!!
    l’intégrisme islamiste est un produit idéologique totalitaire, avec une coloration religieuse qu’on distillent chaque vendredi dans les mosquées des Etats Arabo-baathistes, avec la bénédiction des tyrans qui les gouvernent, c’est ceux là qu’il faudra combattre, Or paradoxalement ils sont considérés par les pays occidentaux comme des alliés, ils possèdent des fortunes en Europe, des clubs de football, et plusieurs chaines de télévisions toutes basées a LONDRES qui font quotidiennement l’apologie de l’intégrisme islamiste” Le Qatar et l’Arabie Saoudite ne sont pas des arbo- baathistes.

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