La discrimination systémique au Québec serait une discrimination systémique!

Avec  le gouvernement libéral, la science se mêle à la politique et l’approche systémique devient malgré elle une pensée politique libérale, voire une opinion partisane qui a des visées électoralistes bien déterminées. Bref, s’il y a une augmentation significative de la discrimination et du racisme ces quinze dernières années, les approches analytiques pourraient nous démontrer le degré de responsabilité de nos gouvernants et dans ce cas la responsabilité des politiques des libéraux ne peut être que significative…  

    

            Épistémologiquement parlant, l’approche systémique s’est développée pour combler la lacune laissée par l’approche analytique qui nous invite à chercher la cause d’une façon linière, allant dans une seule direction, c’est-à-dire de la cause à l’effet sans jamais supposer la possibilité d’interactions entre les éléments qui vont dans plusieurs sens sans respecter l’ordre causal.

On est loin de ces débats constructifs d’ordre philosophique et épistémologique. Au Québec, l’approche systémique est conviée aujourd’hui pour régler des comptes idéologiques, partisans et sectaires entre des acteurs aspirant à acquérir plus de pouvoir.

            Le mot systémique est un concept très confus, de plus en plus galvaudé de nos jours, notamment dans les médias traditionnels et les réseaux sociaux au Québec, et ce, à cause du débat déclenché par le gouvernement libéral depuis qu’il a exprimé sa volonté de tenir une consultation au lieu de subventionner une recherche sur la discrimination et le racisme. Comme si ce dernier n’était pas une forme de discrimination.  

            Le gouvernement a confié la tâche d’encadrer cette consultation politique non pas à un centre de recherche, mais à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, un organisme politique qui justifie son existence par l’existence de la discrimination et des atteintes aux droits fondamentaux de la personne. Il n’y a pas de posture plus partiale que celle-ci pour aborder un sujet aussi complexe que le racisme systémique. Ainsi, il va y avoir certainement des témoignages de personnes qui ont subi ou étaient témoins d’actes discriminatoires ou racistes. En principe, c’est par la suite que les experts chercheront les éléments et les rapports qui feront de ces actes des conséquences d’une discrimination systémique et non pas les qualifier d’emblée de systémique ensuite lui associer aux faits. Avec cette posture, le discours de cette consultation sera une simple tautologie stérile qui va nous informer que la discrimination systémique au Québec est une discrimination systémique!       

            Ce qui rend par ailleurs cette  consultation problématique c’est le choix du huis clos. Elle ne prend pas forme d’un débat ouvert, mais d’un réquisitoire qui se tiendra loin du public, avec de surcroit des acteurs choisis minutieusement pour leur proximité idéologique avec le gouvernement et qui partagent l’idée que la discrimination est systémique. En fait, cette consultation sera une rencontre de militants qui vont échanger leurs opinions.

             En réalité, cette consultation pose plus la problématique du savant et du politique que celle de la discrimination et du racisme. Car l’objectif de la consultation est purement politique; il est une pure instrumentalisation des problèmes sociaux à des fins électoralistes.

         Le mot systémique est une notion qui est déjà confuse et problématique dans le champ académique et scientifique, c’est-à-dire dans son univers scientifique. Son utilisation dans les champs politique et médiatique la rendra encore plus confuse. Elle est transposée du champ des hypothèses, d’arguments et de la recherche de la vérité à celui de l’agora, le champ de la confrontation des certitudes, des convictions et des opinions tranchées qui cherchent des alliés pour acquérir le pouvoir et contrôler les rapports de force. En fait, ce qui est une simple approche et une hypothèse parmi tant d’autres devient par la magie de la politique quelque chose d’indiscutable, une affirmation qu’il faut meubler et consolider par des exemples sélectionnés et triés sur le volet.

           Le but de cette consultation n’est pas donc de prouver que la discrimination systémique existe au Québec, car ceux qui la mènent savent d’emblée qu’elle existe. Son but est ailleurs, il est d’ordre idéologique et politique. Il ne peut être autrement parce l’initiative vient du champ politique; elle répond certainement à un agenda et une visée politique. Or un tel problème, vu sa complexité, mérite une réflexion apaisée et affranchie des idées et vérités préconçues que les scientifiques peuvent mener dans leurs disciplines dans un cadre organisé par des normes qui tendent à réduire l’influence de l’idéologie sur les orientations et résultats des recherches.

          Laissez cette recherche au chercheurs et scientifiques loin des considérations politiciennes et électoralistes serait un geste de bon sens louable. Le métier et vocation du savant est si différent du métier et de la vocation d’homme politique. Leur posture et intérêt sont différents. Le scientifique doit s’en tenir à la neutralité axiologique sans  laquelle il ne pourra pas comprendre les faits dans leur intégralité, pendant que l’acteur politique a une vision limitée et qu’il agit selon ses croyances et ses valeurs.

           Cependant, à cause de l’intervention du politique, cette approche s’impose dans le débat public comme étant la seule réponse méthodologique, voire idéologique, au problème de discrimination au Québec, faisant ainsi table rase des autres approches possibles.

Les autoproclamés représentants des musulmans du Québec avec monsieur Couillard, premier ministre du Québec

          Certes, l’approche systémique est une approche interdisciplinaire et transversale qui a prouvé son efficacité, mais elle n’est en aucun cas la seule approche possible des phénomènes sociaux comme la discrimination; elle peut être complémentaire aux autres.

            Avec  le gouvernement libéral, la science se mêle à la politique et l’approche systémique devient malgré elle une pensée politique libérale, voire une opinion partisane qui a des visées électoralistes bien déterminées. Bref, s’il y a une augmentation significative de la discrimination et du racisme ces quinze dernières années, les approches analytiques pourraient nous démontrer le degré de responsabilité de nos gouvernants et dans ce cas la responsabilité des politiques des libéraux ne peut être que significative.  

          D’un autre côté, l’approche systémique par définition n’est pas capable d’identifier la responsabilité des acteurs politiques. Par son holisme qui tend à appréhender un phénomène ou un système complexe comme une totalité, l’approche systémique noie la  responsabilité des uns et des autres dans l’idée de l’interaction et de la complexité qu’elle postule. De plus, rien ne nous garantit que les éléments qui vont être identifiés comme faisant partie du système engendrant la discrimination au Québec ne seraient pas triés et sélectionnés selon des calculs politiques partisans. Ce doute à lui seul, à notre sens, disqualifie d’emblée les résultats de cette consultation.

         En fin de compte,  il s’avère que le but politique inavoué de cette consultation est de construire un argument pour justifier les propositions minimalistes traditionnelles des libéraux concernant le débat sur la laïcité et le projet de loi sur la neutralité de l’État.    

 

 

Ali Kaidi (Docteur en philosophie politique) 

3 comments for “La discrimination systémique au Québec serait une discrimination systémique!

  1. Kaci
    September 24, 2017 at 06:18

    La communaute Kabyle du Quebec doit jouer grand jeu et ne pas se faire mouler dans la farine, Soyez vigilants sur tous les plans. merci pour l’article.

  2. September 29, 2017 at 17:01

    @ Ali, de bons arguments qui font la démonstration que les libéraux ont perdu leur repères idéologiques.
    En choisissnt6 d’écouter seulement des islamistes ils ont commis le dérapage de plus qui fait la preuve de leur collusion avec l’idéologie et la philosophie islamistes : Je ne suis coupable de rien, je suis la victime expiatoire et les autres sont ceux qui m’agressent…

  3. September 30, 2017 at 06:49

    Une societé a le droit de refuser une pratique theologique; surtout si la pratique a come phylosofie de s’imposer. La societé quebecoise ne discrime pas les gens qui viens des pays islamistes. Le quebec considere que l’islam n’est pas bonne pour sa societé.

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