Congrès des Kabyles de Canada : une dynamique citoyenne dans un contexte multiculturaliste boudée par les médias et les responsables politiques du Canada!                 

Les Kabyles sont conscients que le multiculturalisme auquel ils ont affaire est une idéologie qui priorise la communauté sur l’individu, la religion sur la culture et la langue, et le croyant sur le citoyen. Ce qui implique deux interrogations qui restent encore suspendues à propos de la démarche des acteurs de ce projet ambitieux : comment réconcilier l’aspiration à agir en communauté avec la citoyenneté ?  Comment éviter les dérives communautaristes et sectaires?…  

 

 

           Après une année de travail de terrain et de consultation de la communauté des Kabyles au Canada, le Comité provisoire  pour la création d’une instance représentative des Kabyles du Canada nommé Congrès des  Kabyles de  Canada, a rendu public le 10 mars 2018 un rapport  intitulé Construire ensemble, Afus deg ufus (main dans la main), riche en informations sur le désir des Kabyles de s’organiser. Ce rapport a été rendu public lors d’une conférence de presse. Des journalistes, représentants d’associations kabyles et  des citoyens et citoyennes ont été invités pour y assister. En effet, les Kabyles présents à cet évènement ont  exprimé explicitement  l’intérêt qu’ils accordent  à ce projet. Ce qui ressort de cette conférence et du continu du rapport est que « la communauté  kabyle du Canada a besoin d’une instance représentative qui défendra ses intérêts dans le respect des lois canadiennes et des libertés individuelles »[1].  La majorité des intervenants lors de cette conférence ont exprimé la volonté de devenir « une communauté reconnue, écoutée et influente ». Une tâche que beaucoup d’observateurs savent qu’elle est difficile à atteindre dans un Canada multiculturaliste qui semble avoir une idée fixe sur les Canadiens et Canadiennes provenant de l’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient. En fait, pour nos gouvernants  ils sont tous musulmans et la religion est le seul référent qui les désigne avec précision. Ce discours exclusif marginalise une grande tranche de de Canadiens et de Canadiennes qui refusent d’être identifiés par leur appartenance religieuse, par conséquent  les Kabyles par leur tendance au rejet du référent religieux  souffrent beaucoup de cette exclusion. Leur laïcité pour ainsi dire les a rendus invisibles et inaudibles.

          Ni les hommes politiques ni les médias n’accordent de l’importance aux Kabyles. Leur absence remarquée à cette conférence ne fut pas une surprise, elle est suffisante pour se rendre compte qu’ici au Canada, sans manifester votre appartenance religieuse d’une façon ostentatoire, vous êtes invisible et inaudible, voire inexistant. Beaucoup de Kabyles présents à cette conférence savent si bien que si c’était un rassemblement de personnes qui mettent en avant leur religion, nos hommes et femmes politiques et nos journalistes auraient couru de partout pour y assister. Ils sont plus attirés par les voiles et les mosquées que par des citoyens et citoyennes qui ne cherchent qu’à être entendus en tant que tel.  C’est contre ce discours dominant  que les Kabyles qui adhérent à ce projet doivent  lutter pour trouver leur place dans l’échiquier politique du Canada et devenir influents. En effet, les Kabyles du Canada savent cela, d’autant plus que le projet de s’organiser en instance représentative est né d’un sentiment de marginalisation et d’humiliation que la communauté kabyle a ressenti lors de l’organisation des funérailles des victimes de la fusillade du 29 janvier 2017 à la mosquée du Québec dont deux victimes sont Kabyles. Ils ont vu la récupération politique de ce tragique évènement s’opérer devant leurs yeux sans qu’ils puissent faire quelque chose. Les rédacteurs du rapport  qualifient les auteurs de cette récupération politique  d’ « organisations ayant des desseins éloignés des intérêts des familles endeuillées et de la communauté kabyle au Canada »[2] et que tout le monde sait qu’il s’agit au juste  d’organisations exploitant la religion à des fins politiques.  Ainsi, un large mouvement d’indignation au sein de la communauté kabyle au Canada s’est exprimé au lendemain des cérémonies funéraires; d’abord dans les réseaux sociaux, le seul espace auquel les Kabyles ont accès individuellement, pour ensuite se développer en action collective par l’organisation d’une assemblée le 18 février 2017.   

        Les Kabyles reprochent aux organisations qui se sont occupées des cérémonies funéraires des Kabyles victimes de l’attentat d’avoir empêché quelques proches des victimes « de prononcer  une partie de l’oraison funèbre en kabyle »[3]. Pour une des proches d’une des victimes kabyles, son proche Abdelkrim Hassane  a été tué deux fois. La première c’était par les balles assassines de l’assaillant et la deuxième par son enterrement dans une culture autre que la sienne. Il est enterré, selon elle, comme un arabe du Moyen-Orient et non pas comme un Kabyle. Le rapport de consultation souligne à ce propos que  « tout être humain devrait évoluer et mourir dans la culture maternelle qui est sienne, par choix ou par héritage »[4].

 

        À partir de cette interprétation de l’évènement et l’identification d’une situation problématique devant être changée est née la volonté d’agir en groupe et de solliciter l’adhésion d’autres personnes chez quelques Kabyles conscients de l’importance de la communauté dans un contexte politique favorisant le multiculturalisme. Les auteurs du rapport disent à ce propos  que « De ces constats et du désir des membres de la communauté d’agir ensemble pour un avenir meilleur est née la volonté de mettre en place une organisation pancanadienne qui soit à la hauteur de nos besoins et de nos aspirations pour aujourd’hui et pour les générations futures »[5].

         Les Kabyles sont conscients que le multiculturalisme auquel ils ont affaire est une idéologie qui priorise la communauté sur l’individu, la religion sur la culture et la langue, et le croyant sur le citoyen. Ce qui implique deux interrogations qui restent encore suspendues à propos de la démarche des acteurs de ce projet ambitieux : comment réconcilier l’aspiration à agir en communauté avec la citoyenneté ?  Comment éviter les dérives communautaristes et sectaires? 

           Certes, la tâche est difficile et de longue haleine, elle se projette sur le long terme, mais il semble que les assises de ce projet sont bien posées par une équipe dynamique qui a su capter le désir et la volonté des Kabyles de s’organiser au bon moment. La conférence du 10 mars 2018 s’est terminée dans une ambiance positive et optimiste. Les organisateurs ont annoncé la fin de la première étape, l’étape de la consultation, et le début d’une nouvelle étape, l’étape de la construction qui commencera par l’organisation d’un congrès  qui se tiendra le 13 mai 2018.  La dynamique s’est enclenchée, il ne reste que la constitution d’une structure pour la maintenir dans la durée.        

 

Par Ali Kaidi (Docteur en philosophie politique) 

 

 

……………………………………………….

[1] Congrès des Kabyles du Canada, Rapport de consultions publique, Construire ensemble, Afus deg ufus,  

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

4 comments for “Congrès des Kabyles de Canada : une dynamique citoyenne dans un contexte multiculturaliste boudée par les médias et les responsables politiques du Canada!                 

  1. Izem
    March 16, 2018 at 11:04

    Bravo mille fois bravo! Enfin une communaute Kabyle qui veut se distinguer comme toutes celles qui sont respectees!!!

  2. alhif-n-wen
    March 18, 2018 at 09:27

    TAMAZIGHT : LANGUE officielle au MAROC et en ALGERIE, DITES-VOUS……..!!!

    Il suffit de faire un tour au niveau des institutions, infrastructures et services publics des deux Etats, (Aéroports, Gares et Ports….) pour s’en convaincre, vous n’entendrez aucune annonce au public « écrite ou orale » dans cette langue, soit à bord des avions, trains, tramways et bateaux et autre moyens de transport, alors que les langues : Arabe et Française sont largement présentes. Quel mépris envers les peuples AMAZIGHS.
    Les BAATHISTES sont encore plus nuisibles qu’avant l’officialisation de cette langue millénaire, Ils ont détruit l’IRAK, la SYRIE et la LIBYE, bientôt l’ALGERIE et le MAROC…..à bon entendeur salut……!!!

    • March 21, 2018 at 04:54

      PEUPLES AMAZIGHS DITES VOUS ???Depuis quand messieurs???
      Depuis les Romains? les Vandales, ? Les Francais ?,Les Espagnols ?les Turcs ou depuis les arabes que vous considerez comme envahisseurs et a leur tete OKBA Le sanguinaire ?.
      AMAZIGH ? ??? HOMMES LIBRES ???? Etes vous sûr que vous n etes pas encore entrain de
      rever????

      • Azro
        April 2, 2018 at 14:11

        Bien dis arabi,tout est faux

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